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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 19:24

http://www.namesash.com/wp-content/uploads/2010/05/king-of-the-ants.jpg

 

Attaquons nous aujourd’hui au film charnière du génie Stuart Gordon (génie, c’est peut être un peu exagéré, mais sa filmographie est sacrément sympathique),  à savoir King of the ants. Jusqu’à lors, Gordon nous livrait régulièrement des adaptations de nouvelles de H.P. Lovecraft (ce qui l’a beaucoup rapproché de Brian Yuzna), versant dans un fantastique plus ou moins ambitieux, à quelques exceptions près (un Castle freak par ci, un space truckers par là…). Ici, plus de gros monstres, juste des névroses psychologiques d’une bonne puissance, et un malsain cheap plutôt efficace qui font de King of the ants une série B qui se tient, mais aussi un discours subversif sur l’émergence d’un psychopathe.

L’histoire : Un type est embauché par des personnes louches pour filer un avocat. Un soir, son commanditaire lui ordonne de tuer l’avocat en question. Mais une fois la tâche accomplie, le commanditaire et ses hommes de main décident de faire taire définitivement le gêneur.

 

kingoftheants_pic2.jpg

 

Si King of the ants commence comme un petit thriller sans le sou (la mise en scène va à l’essentiel, le budget est dérisoire), il diverge bien vite de ses bases mafieuses connues pour s’engager dans une voie bien moins sage. En effet, tout commençait sobrement par une filature qui permettait à notre personnage principal, Sean Crawley, d’étudier sa cible et aussi son épouse, une Kari Whurer plutôt sexy dans le rôle de la ménagère. Mais un soir de cuite, le commanditaire pète un câble et demande à notre personnage de tuer l’avocat contre rétribution. Une fois le taf accompli, l’entrepreneur ne veut plus vraiment payer pour une connerie pareille (qui lui attire d’ailleurs des ennuis, la presse commençant à s’emparer de l’affaire) et veut juste voir l’importun disparaître. C’est ici que commence la philosophie nihiliste du psychopathe : ses bourreaux voient les citoyens comme des êtres insignifiants, dont l’importance est carrément négligeable. Ils traitent carrément notre héros comme un indésirable dès qu’ils sont contrariés, et font tout pour qu’il déménage. Mais le héros commence lui aussi à jouer aux durs en amorçant une tentative de chantage. Commence alors la partie malsaine de l’histoire, où notre personnage est séquestré dans une maison isolée et où ses bourreaux tentent de faire de lui un handicapé mental à coup de club de golf appliqués à la base du crâne. Ainsi, ils éviteraient de se salir les mains avec sa mort, et plus personne ne serait capable d’établir de lien entre eux et lui, qui ne serait plus en état de se souvenir de quoi que ce soit. Un postulat monstrueux et le départ du suivi psychologique de notre héros qui va passer par différents stades de folie avant d’en venir au sévère pétage de câble qu’on attendait, qui l’entraînera dans les plus sombres aspects de sa personnalité. Car ici, il applique la philosophie de ses bourreaux (qui l’avaient comparé à une fourmi insignifiante) à l’ensemble du monde, en inhibant ses peurs et en ne craignant plus personne. Le script fait preuve de quelques idées originales, comme par exemple de donner une chance à Sean de fréquenter la femme de sa première victime, amorçant une tentative de reconstruction fragile qui n’aura pour effet que de repropulser Sean dans sa philosophie nihiliste. Le dernier acte est quant à lui vraiment impressionnant, tenant presque de la boucherie, où notre personnage élimine ses bourreaux l’un après l’autre, et qui maquille les lieux de sa « transformation » pour éliminer toute trace de ce qu’il est devenu. La mort des bourreaux apparaît presque secondaire, le psychopathe n’ayant clairement rien à foutre de leur existence, mais voyant en eux des témoins pouvant être gênant. Le film traite toujours de son sujet au premier degré, et est soutenu par des interprètes plutôt impliqués (formidable Daniel Baldwin dans le rôle de l’avocat) même si on peut un peu regretter la sobriété du jeu de l’acteur principal Chris McKenna. Pour un projet fauché, le résultat dépasse nos espérances, et Stuart réussit brillamment sa conversion à un nouveau mode de film qui se révèle tout simplement meilleur que ses productions passées. Maousse.

 

4.5/6

 

2003
de Stuart Gordon
avec Chris McKenna, Kari Wuhrer

 

http://www.beyondhollywood.com/posterx/kingoftheants.jpg

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commentaires

alice in oliver 01/12/2011 08:27

surtout re-animator.

alice in oliver 30/11/2011 13:55

ce n'est pas le film que je préfère de ce réalisateur en tout cas

voracinephile 30/11/2011 20:45



De Stuart, je suppose que ton préféré reste Re-Animator ou Stuck... En attendant, découvres Edmond, c'est un petit drame qui devrait t'envoyer KO par sa puissance !



alice in oliver 30/11/2011 07:57

ouais pas mal. Après de là à en faire une référence comme j'ai souvent pu l'entendre, faut pas exagérer non plus.

voracinephile 30/11/2011 09:02



Référence, je ne sais pas, mais c'est en tout cas un des films les plus ambitieux de Stuart Gordon en termes de personnages. C'est un film notable dans la carrière du réalisateur, mais il ne sort
jamais de son cadre "série B sans prétention". Tout dépend du besoin de reconnaissance de ses défenseurs pour l'oeuvre de Stuart Gordon.



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