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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 17:48

the_assassination_of_jesse_james_by_the_coward_robert_ford.jpg

 

Le Western a ses codes, mais certains réalisateurs aiment les détourner, parfois avec brio. Jodorowski nous a offert El Topo, Peter Hyams nous a offert Outland, Carpenter utilise fréquemment  les symboles du genre… Mais quand il s’agit de donner dans le western contemplatif, alors là… Blueberry avait donné un résultat plutôt mitigé (je reviendrai sur son cas), et aujourd’hui, nous avons L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Un projet assez étrange puisqu’il ne lorgne jamais du côté du rythme, mais plutôt vers les sentiments des personnages. Un gros morceau qui demande de l’attention (deux heures quarante, quand même), mais qui se révèle être une habile réflexion sur la naissance d’un mythe.

L’histoire : Du premier jour où Robert Ford rencontre Jesse James jusqu’à la mort de Robert, dans la honte la plus totale.

 

http://www.lexpress.fr/medias/1460/747857_sans-titre.jpg

 

Vraiment, c’est un film passionnant que nous avons là, car il se révèle être l’une des approches psychologiques les plus brillantes qu’on ait pu voir dans le monde du western. Si le milieu est plus propice à l’aventure amorale et au parcours de durs-à-cuire, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford se focalise beaucoup sur les personnages qu’il met en scène, à commencer par Robert Ford et Jesse James. Beaucoup d’autres personnages graviteront autour de ce tandem, mais le cœur sentimental du film est là, et ce sont avec ces deux personnages que nous irons le plus loin dans l’étude relationnelle. Jesse James est d’abord représenté comme une légende vivante un peu blasée, qui a de l’expérience et un charisme sympathique, de quoi en faire un leader. Et Robert Ford apparaît comme un jeune paysan tombé de l’arbre, un naïf très timide qui a passé son enfance à fantasmer sur Jesse James et qui a aujourd’hui l’occasion de s’en rapprocher. Les contacts sont ainsi pris : Jesse est un peu amusé par ce personnage naïf, bavard mais gentil qui ne cache à aucun moment son admiration pour le personnage. Si ce premier contact s’achève rapidement, le second aura lieu des années plus tard. Et là, la relation entre nos personnages change peu à peu. Jesse James, au cours de sa vie, commence à montrer des signes de folie, avec un meurtre ou deux de sang chaud à la clef. Et son attachement sentimental étant très relatif à l’égard de Robert, il le raillera à plusieurs reprises, se moquant de son admiration sans borne. Robert, de son côté, apparaît toujours comme le faible, le cadet de la famille, constamment rabaissé par ses frères et frustré par ces derniers, ainsi que par son cousin, qui est un proche de Jesse. Robert fera d’ailleurs ses armes sur sa personne, au cours d’une bagarre familiale. Et une fois que le tandem Ford / James se trouve réuni (en préparation d’un coup, avec un frère de Robert lui aussi engagé dans l’affaire), la relation se tend. Jesse se montre de plus en plus méfiant et méprisant envers Robert, pour la faiblesse qu’il dégage. Robert prend quant à lui des airs de chien battu et se jure tous les soirs de tuer Jesse (pour prendre sa revanche sur des années d’humiliation, et pour devenir célèbre : la légende qui a tué Jesse James…). Le climat psychologique pendant cette période du film est tendu, par moment insoutenable, la folie de Jesse venant parfois brusquement à la charge (tétanisante scène avec le couteau). Nos personnages vont donc évoluer, et par moments, on sent vraiment le lien entre nos deux personnages, Jesse paraissant parfois mélancolique devant un Robert qui le regarde sans émotion, conscient d’avoir été percé à jour, mais pourtant toujours en vie. La scène de la mort de Jesse sera en cela un modèle de contre-pied à nos attentes, ce personnage ayant une mort absolument indigne. Et c’est ainsi que Robert Ford tente de lancer sa légende, qui brille à ses débuts par l’exposition du corps de Jesse (devant sa femme et ses enfants éplorés), et qui se poursuit avec les représentations théâtrales de la mort de Jesse James, où Robert Ford joue son propre rôle, et se voit peu à peu renvoyé à la lâcheté de son acte. Son destin est finalement horrible, le personnage tombant dans l’ignorance et le mépris général, alors que la légende de Jesse James se propage davantage, le personnage devenant une sorte de robin des bois. Jusqu’à la mort de Robert, ultime preuve de mépris qu’on pouvait lui faire, et qui verra ses rêves de gloire disparaître avant de pouvoir entreprendre quoi que ce soit. Les acteurs sont fabuleux (Pitt excelle en Jesse James timbré et Casey Affleck en lâche Robert Ford), la photographie est magnifique (avec des décors minimalistes, le film parvient à saisir de véritables tableaux…) et la musique vient emballer le tout avec ce qu’il faut de classicisme pour transcender l’affaire. Seul reproche qu’on peut faire au film : son rythme, qui tire parfois trop sur la corde, suivant des digressions très longues qui auraient peut être gagné en brièveté. Mais si ce film lent peine parfois à avancer, son contenu est passionnant, et il mérite largement une découverte.

 

5/6

 

2007
de Andrew Dominik
avec Brad Pitt, Casey Affleck

 

http://regisbachelu.kiwii.fr/xmedia/photo/Critique/jesse_james_duel.jpg

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

borat8 19/07/2012 17:05

Je ne m'attendais pas à un film aussi bien quand je l'ai vu à la télé. Mais en effet un petit peu trop long.

borat8 18/07/2012 02:01

Un western crépusculaire et bien plus contemporain qu'on ne veut le croire. Il n'y a qu'à voir la relation idole-fan de Robert Ford pour Jesse James digne de celle de Chapman envers Lennon avec le
même résultat meurtrier. Sans compter que Brad Pitt livre encore une brillante prestation savant à la fois faire peur (ses folies latentes sont impressionnantes) et l'admiration. Affleck livre
aussi une grande performance entre homme coincé définitivement derrière son idole.

voracinephile 19/07/2012 13:34



intéressante comparaison pour Lenon/Chapman, il faudra qu'à l'occasion je m'y intéresse... Un contenu psychologique en tout cas passionnant et contemplatif, malgré des longueurs parfois un peu
pesantes (les tribulations familiales de début de film).Une excellente surprise pour moi, et un très grand film (le duo d'acteur Affleck/Pitt est impressionnant).



Vince12 22/05/2012 13:15

Eh bien décidément, on paraît avoir la même vision sur ce film, que je ne dirais pas mauvais, mais assez décevant.

voracinephile 22/05/2012 14:49



En effet ! Je résumerai tout ça prochainement !



Vince12 20/05/2012 18:18

C'est marrant ce que tu dis sur la fusillade, j'ai l'impression de m'entendre à la sortie du ciné. Pour l'humour oui y'a quelques trucs sur l'accent italien ou des trucs du genre mais franchement
ça vole pas aussi haut que dans les précédents. Puis les dialogues sont beaucoup moins classe que dans les précédents. En parlant des dialogues QT tire un peu trop sur la corde dans l'auberge.

voracinephile 22/05/2012 13:11



^^ Pour la fusillade, j'ai ri sur le coup, mais 5 minutes plus tard, je commençais un peu à déjanter. Clair qu'au niveau des dialogues, il y a du bon, mais le tout se révèle trop long. Je trouve
en tout cas dommage que le film ne fasse qu'effleurer le thème de la propagande avec le film nazi (l'idée est excellente, mais le fond n'est pas développé, on se rend juste compte qu'on fait
d'une volonté de survivre un acte héroïque...). Il y avait là un vrai fond et le moyen d'apporter beaucoup de sentiments aux personnages du "héros" nazi et de Shoshanna (mais elle préfèrera lui
tirer dans le dos). Je tenterai de développer cette piste dans ma future chronique.



Vince12 20/05/2012 15:37

Le film de Castellari est sortie est apparue au rayon DVD suite au succès du film de QT.
Pour revenir à la version de QT tout comme toi je reste mitigé, la scène d'ouverture est géniale je trouve mais après ça part en cacahuète. Je lui reproche surtout de ne pas avoir la classe des
précédents tant sur la mise en scène que sur l'humour les chorégraphies...

voracinephile 20/05/2012 17:29



Sur l'humour, je me souviens de quelques situations comiques en effet, mais sur toute cette durée, il est clair que le tout finissait par devenir longuet. Et je ne parle pas des "scènes d'action"
qui n'étaient pas toujours bien exploitées. Je repense toujours à la fusillade dans le bar. Certes, c'est voulu de faire la fusillade la plus illisible du monde pour faire un effet comique, mais
quel gâchis de personnages !



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