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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 19:28

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Le dilemme Bien / Mal est une constante dans bien des films (super-héros, vengeance et autre thématique racoleuse), mais rare sont ceux qui sont parvenus à en saisir l’essence, et à la travailler sur une durée qui s’allonge. La découverte de L’associé du diable (acheté en dvd à 5 euros) a été un choc, une vraie claque et l’affirmation du talent d’Al Pacino pour incarner des rôles icôniques. Car en plus d’être une brillante réflexion sur la définition du Bien mais surtout du Mal selon l’église catholique, L’associé du diable est un numéro d’acteurs parfaits, qui assurent comme des bêtes et qui parviennent peu à peu à introduire le trouble dans notre esprit. Plongée dans l’abîme corruptrice ouverte par le film.

L’histoire : Kevin Lomax est un jeune avocat talentueux, qui parvient à libérer des coupables notoires avec son talent pour la réthorique. Remarqué pour son parcours impressionnant, le cabinet d’avocat Milton propose de l’embaucher à New York, moyennant un salaire exorbitant.

 

http://www.mondesetranges.fr/IMG/jpg/L_associe_du_diable_2.jpg

 

Merveille ! Un véritable chef d’œuvre que ce film, qui parvient avec une justesse rare à poser ses personnages et à avancer ses dilemmes moraux avec une assurance qui témoigne d’un savoir faire très respectable. Parfaitement filmé, parvenant à reproduire certaines ambiances (les hallucinations de Charlize Theron semblent sortir d’un Rosemary’s baby) et à les amener exactement là où le film veut aller. Au niveau de la psychologie, rarement un film m’a semblé taper aussi juste, pour les caractères de chaque protagoniste. De la mère enfermée dans son église cachant un lourd secret jusqu’aux épouses des autres avocats, chaque personnage secondaire trouve son rôle et lui donne le ton juste. Alors, que dire des têtes d’affiches qui se révèlent parfaitement crédibles, chacun à leur place ? Keanu Reeves est une vraie bête de plaidoirie, et sa psychologie masculine est parfaitement rodée. Pas à un moment il ne prendra une décision qui nous surprendra (si ce n’est au dénouement de la première boucle narrative), tout simplement parce que ses réactions coulent de source, elles sont parfaitement logique du début à la fin… Et il en va de même pour Charlize Theron. Si ses hallucinations dérangeantes servent essentiellement à « incarner » les agressions morales que le couple subit, sa psychologie est merveilleusement mise en scène, l’actrice dévoilant des qualités de jeu monstrueuses, donnant une consistance très réaliste à son personnage d’épouse partant à la dérive et finalement acculée au suicide. Quant à Al Pacino, il est la véritable attraction du film. Doté d’un charisme incroyable, l’acteur arrive en un regard à se doter d’une aura démoniaque qui fait frissonner le spectateur. En un plan, son potentiel explose. Alors, quand il se lance dans des monologues sur le genre humain, on boit littéralement ses paroles, leur contenu corrupteur trouvant des résonnances dans l’actualité qui viennent insidieusement ébranler nos convictions. Chacune de ses apparitions, parfaitement dosées, vient rajouter du poids à cette personnification du Diable à notre époque, et à la transposition du Mal dans le domaine de la loi. Car si on contrôle la loi, on a accès à tout le reste. Ainsi, en libérant les coupables contre des sommes exorbitantes, le Mal se répand peu à peu dans la société, qui sombre peu à peu vers le bas. Et le parcours de Kevin illustrera parfaitement cette tendance, étant confronté à plusieurs affaires où la culpabilité de l’accusé à défendre ne fera pas un pli. Rien que l’ouverture du film, nous amenant à la libération d’un pédophile notoire (se masturbant en pleine plaidoirie sans que personne ne le remarque) par notre avocat, annonce le ton, le personnage choisissant de différencier d’entrée de jeu son travail et sa vie privée (au placard, la moralité). Et sa vanité d’aiguiller ses choix en acceptant toujours les affaires où le coupable semble impossible à défendre, et de parvenir à déstabiliser le jury pour obtenir l’acquittement. Parfaitement adapté au système de justice américain, le film, dans sa plus grande partie, se pare de tentations, de détails qui laissent poindre la nature démoniaque de l’univers qui nous entoure, avant de lancer la fin de sa première boucle narrative : une réunion de famille démoniaque qui va tout simplement résumer merveilleusement les dilemmes Bien/Mal avec un Al Pacino survolté qui développera sa vision des faits avec une justesse confondante. Si hélas, le final cède à quelques excès (Satan qui se met à chanter du jazz, les excès pyromanes du dénouement…), les discours sont monstrueux, et le jeu de corruption enthousiasmant. Et la commence une deuxième boucle d’environ 5 minutes. Pourquoi en relancer une pour la développer aussi peu ? La raison officielle tient surtout dans son contenu, Kevin Lomax choisissant dans cette version de suivre sa morale et de renoncer à défendre son client (un aveu de sa culpabilité). Et fort de cette victoire, notre avocat… se laisse encore berner par son égo en se faisant mousser auprès de la presse (ce qui permet à Al Pacino d’avoir le mot de la fin, pour notre plus grand plaisir). La petite raison qui a motivé cette pirouette me semble aussi être le ridicule léger de la destruction du bureau de Milton, où les flammes numériques et les tunnels de flammes peinent clairement à convaincre et risqueraient de nous laisser sur une mauvaise impression… Toujours est-il que L’associé du Diable est un véritable chef d’œuvre, et qu’il contient à ce jour une des représentations du diable les plus fascinantes de l’histoire du cinéma (bien loin devant celui de La fin des temps, et à des années lumières de Spawn). Indispensable.

 

6/6

 

1997
de Taylor Hackford
avec Al Pacino, Keanu Reeves

 

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commentaires

borat8 18/07/2012 11:30

C'est une bonne idée mais il n'y a pas grand chose derrière. Certes je grossi le trait mais c'est quand même assez visible dans le film. Il y avait aussi "ta soeur est enceinte de toi" il me
semble.

voracinephile 19/07/2012 13:51



Il y a de ça, mais l'inceste est évité avec une crise de nerf de satan en prime. Des flammes numériques envahissent l'écran, Al Pacino pète un câble... C'est la séquence un peu faible du film,
mais j'adore quand même !



borat8 17/07/2012 16:16

Ben tu vois! T'en rigole même de ce genre de révélations!lol Il y a aussi celle-là "Keanu celle que tu as baisé en rêve, c'est ta soeur!"

voracinephile 18/07/2012 09:12



Ah, je rigole un peu moins à celle là, mais je souris. Disons que tu grossis tellement le trait que ça devient risible, mais la transposition du Diable à notre époque moderne et son intrusion
dans le domaine de la loi est plutôt savoureux...



borat8 16/07/2012 16:22

Au bout d'un moment ça cafouille quand même pas mal et ça devient grand guignolesque. A l'image des différentes révélations "le Diable m'a fait l'amour Keannu, c'est ton père!" puis juste après "le
Diable m'a violé Keannu je suis sale!"

voracinephile 17/07/2012 14:45



Même si je désapprouve, je ne peux pas m'empêcher de rire devant ta remarque pertinente, qui résume assez bien le passage de l'hôpital. Mais je n'ai clairement pas jugé le film là dessus...



borat8 14/07/2012 01:48

Comme Olivier j'y vois un navet. La mise en scène joue sur le baroque à la Coppola mais sans génie. Les acteurs sont mauvais la plupart: Reeves est toujours à baffer dans son côté monoexpressif,
Theron et Nielsen sont plus à poil qu'autre chose et Pacino cabotinne à mort. Et l'histoire est à couché dehors.

voracinephile 16/07/2012 14:10



Mais heuu ! Si le baroque à la Coppola, je suis d'accord, les acteurs m'ont toujours semblé avoir trouvé le ton juste. Pacino est démoniaque, Theron s'en sort très bien même si nue... Certes
l'histoire est abracadabrantesque, mais le contenu est limpide et les symboles assez bien choisis... Et on a l'une des meilleures VF de la décennie !



2flicsamiami 29/05/2012 09:05

Ton article m'ayant donné envie de le revoir, je l'ai revu.
Bon, évidemment, je ne crierait pas au chef-d'oeuvre comme tu le fais si bien, mais je dois dire que ce film est puissant. Les personnages et leur dilemmes sont effectivement fouillés, Al Pacino
est ENORME, et l'ambiance baroque est très réussie.
Je te rejoins donc sur le fait qu'il n'y a pas plus puissante représentation du diable que celle faite dans ce film.

voracinephile 29/05/2012 19:33



^^ RAvi de voir que tu as apprécié cette re-découverte de l'objet en question. Au niveau du chef d'oeuvre, j'exagère un peu (la partie fantastique n'est pas si flippante que ça, le parcours de
l'épouse rappelle beaucoup Rosemary's baby, et est un peu prévisible), mais à moins d'avoir une réticence pour apprécier le film, dur de ne pas apprécier ces merveilleux dialogues (la VF est une
merveille pour une fois) et la prestation démoniaque d'Al Pacino (qui s'éclate dans son personnage et ça se sent...). On tient là un de ses meilleurs rôles (le Diable, merde, tout le monde n'est
pas capable de se faire passer pour le Diable !), et sa prestation est la meilleure référence qu'on puisse avoir dans le genre. J'attends de lire ta chronique pour avoir les détails, mais ravi de
voir que tu as passé un bon moment devant.



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