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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 15:12

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Andrej Zulawski est un réalisateur pour le moins torturé qui a mis au monde l’une des représentations les plus étouffantes de la folie avec Possession, chef d’œuvre inter-sidérant aussi obnubilant que monstrueux. Depuis, ses autres projets possèdent leurs qualités, sans pour autant retrouver une force similaire. C’est par exemple le cas de L’important c’est d’aimer, sympathique drame aux coups d’éclats bluffants, mais souffrant de quelques longueurs dommageables (un peu comme Le Locataire, en fait).

L’histoire : un photographe s’éprend d’une actrice sur un tournage. Il commence à la fréquenter, et la découvrant malheureuse, il tente de la faire embaucher dans une pièce de théâtre. Pour trouver l’argent, il s’endette auprès d’un malfrat qui lui fait photographier du porno hard.

 

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L’important c’est d’aimer a indéniablement de l’essence de chef d’œuvre en lui. Rien qu’un simple coup d’œil sur le casting a de quoi faire fantasmer n’importe quel cinéphile (Klaus Kinski, Romy Schneider, Jacques Dutronc…), et quand on juge de l’impact de plusieurs séquences, on est littéralement subjugué par la mise en scène. L’intensité du premier face à face entre le photographe et l’actrice est tout simplement d’une densité incroyable. Et par intermittence, le film nous transporte ailleurs… C’est notamment le cas de toutes les séquences avec Klaus, qui communique sa fièvre au film, souvent pour nous faire rire de sa magnifique folie (il campe ici un acteur homosexuel fort en gueule sortant avec un metteur en scène travesti, et son coup d’éclat dans le bar où il tabasse un trio de bourgeois rien que parce qu’ils sont des clichés est tout simplement un régal de jouissance). Pour le reste de l’histoire, les principaux enjeux restent la relation entre l’actrice et le photographe, trouble car indirecte (un mari complètement schtarbé entre eux deux), et les dilemmes moraux que doit subir le photographe quand il s’acquitte de ses emprunts en effectuant la basse besogne que son usurier lui impose. Pour tenter de créer du bonheur à gauche, il se souille à droite en acceptant d’utiliser ses compétences de photographe pour faire du porno de la pire espèce (le choc de la découverte avec deux travelos dans la glauquerie d’une chambre démeublée et sous la menace constante des sbires de son employeur, et attendez la séquence du gode ceinture), et de supporter les états d’âmes du grand manie tout qui lui prête. Un des individus les plus cyniques qu’il nous ait été donné de voir au cinéma pour sa vision de l’être humain (« Tu veux savoir quand est-ce qu’il est grand, l’Homme ? Quand il est assis sur le trône, dans les WC ! »), qui critique ce qu’il exploite et qui étend sa souillure au reste du monde par commodité d’esprit et par volonté de corrompre (« Toute cette crasse, c’est comme si on te tendait un miroir ! Tu n’aimes pas ce que tu y vois ? Ben tu ne t’assumes pas ! »). Les 15 dernières minutes, d’une brutalité sans nom, sont assez merveilleuses pour planter définitivement ces personnages comme les grands méchants du film. Toutefois, après autant de bons points, il faut en arriver à la petite déception de L’important c’est d’aimer : sa longueur. Certes, une heure quarante-huit, c’est encore supportable, mais de longues séquences dialoguées qui fond durer l’intrigue plus qu’elles ne la font avancer, ça me fait toujours bailler un peu. Et cela est bien dommage, car en condensant, il aurait été possible d’aller à l’essentiel. Je pense essentiellement au mari de l’actrice, dont la folie carnavalesque finit un peu par taper sur les nerfs (le film joue aussi dessus, mais il est parfois trop longtemps à l’écran, surtout qu’il n’a rien à dire). Toutefois, malgré ces petites longueurs, L’important c’est d’aimer est un bon film, drame par moments halluciné, mais n’oubliant pas ses deux axes principaux malgré l’apparente folie de l’ensemble. Une curiosité qui interpelle…

 

4,9/6


1975
de Andrzej Zulawski
avec Romy Schneider, Fabio Testi

 

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commentaires

Vince12 28/05/2013 22:34

En effet et il imite bien ce Dracula là.

Vince12 28/05/2013 21:27

D'ailleurs il aime beaucoup ce film et depuis je l'ai revu, il m'a fait écouter un enregistrement (car c'est aussi un chanteur musicien dans ses loisirs) et en fait il imite pas trop mal le Kinski
version Nosferatu.

voracinephile 28/05/2013 22:05



Ah, il a la version Herzog de Nosferatu ? Une merveille, Klaus y est éblouissant (terrifiant quand il s'approche du lit).



Vince12 28/05/2013 08:34

Vu il y'a très longtemps je dois dire que je ne me souviens pas bien

voracinephile 28/05/2013 21:20



Contrairement à Possession, il ne marque effectivement peut être pas durablement. Mais c'est indéniablement un film à conserver, qui contient de grands moments de cinéma (avec notre ami Klaus
Kinski... Je l'imite très bien moi aussi d'ailleurs !)



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