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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 10:40

Life-of-Pi-poster3.jpg

 

 

Quand la promo de L’odyssée de Pi a commencée, j’étais l’un des premiers à dire que cette truculence visuelle serait probablement l’écrin à une philosophie de vie aussi naïve qu’exubérante, profitant de sa condition de conte cinématographique pour mettre une grosse dose de beaume au cœur à son public. Autant dire du cinéma directement inspiré par The Fall et les autres élucubrations creuses de Tarsem. Il faut avouer qu’avec un pitch pareil, les craintes étaient justifiées. Mais il y a un grand écart entre ces craintes  et le résultat final.

L’histoire : Piscine Monitor, un jeune indien, grandit dans le zoo de son père en se cherchant dans la religion. Alors que ce dernier commence à aimer une jeune femme des environs, la famille est contrainte d’émigrer au Canada pour commencer une nouvelle vie en vendant les animaux du zoo. Leur bateau fait naufrage au large de Manille, laissant Pi seul au milieu du pacifique avec quelques animaux dans son canot de survie.

 

Ang-Li.jpg

 

Tout d’abord, il convient de relever que la vision de la nature dans ce film est pertinente. Le film s’en émerveille régulièrement (en filmant de belles images, comme le magnifique ballet aquatique fluorescent ou la vie des profondeurs), mais il ne perd jamais de vue que c’est une force aveugle, aussi fascinante que destructrice. Il y a ce discours avec les tempêtes qui jalonnent le film, avec l’île carnivore, avec le tigre, personnage central du film et sur lequel nous allons revenir. Le film se révèle également inattendu en s’aventurant sur le terrain de la religion, décrivant l’initiation de Pi à l’Hindouisme, au catholicisme et à l’Islam. L’occasion de planter davantage l’image du père comme celle d’une autorité inébranlable qui fonde rationnellement son raisonnement sur la logique et se révèle imperméable devant les choix de son fils. Il faut également relever cette inattendue conception d’une foi multi-religieuse, bourrée de contradiction et finalement si ouverte au dialogue, si prompte à s’enthousiasmer… Pour un film qui a pour ambition de donner un ressenti d’expérience, une vision sur le monde, ces deux points relèvent déjà du bon. Mais le film commence essentiellement une fois que le naufrage a eu lieu. Véritable moment catastrophe, déchirant pour la perte familiale, c’est un contact frontal avec la nature et le début d’une survie acharnée. En effet, les quelques animaux sauvés par Pi ont bientôt faim, et s’entre dévorent sans que Pi puisse intervenir en rien, puis le personnage du tigre entre enfin en jeu et commence alors la survie à proprement parler. Laissant de canot à l’animal, il se fabrique un radeau et tente de garder en vie ce dernier, carnivore. Pi étant végétarien, il se contente au début des rations de survie, et pêche pour nourrir le fauve. Beaucoup de mal pour peu de chose, mais il y a cette lueur dans le regard de l’animal, il y a effectivement quelque chose de plus que le simple reflet des émotions décrits par le père. Evitant l’écueil de la naïveté béate en n’atténuant jamais la souffrance de ses protagonistes, L’odyssée de Pi ravit les yeux et suscite l’émotion sobrement, sans se sacrifier sur l’autel du grand public. Sa conclusion est d’ailleurs à cette image, où devant l’incrédulité de son auditoire à l’époque des faits, Pi avait une seconde histoire sur son naufrage, à savoir la survie sur le canot entre plusieurs survivants, avec cannibalisme et meurtres sauvages. Tout est raconté, rien n’est montré, mais l’authenticité est là, ainsi que la puissance émotionnelle. Laquelle de ces histoires est la meilleure dans ce cas ? L’odyssée de Pi préfère donc aborder son expérience sous un angle métaphorique, préférant officiellement la beauté au sens ou à l’explication rationnelle, et se gardant bien de prétendre donner une leçon, assumant son statut de beau film avec un certain panache (les effets spéciaux sont magnifiques). Une excellente surprise.

 

4.8/6


2012
de Ang Lee
avec Suraj Sharma, Irrfan Khan

 

odyssee-de-pi.jpg

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

Mouhahahaha ! Entendez moi me gausser grasXelloss 12/07/2013 00:07

En effet...
Peut être est-ce du au fait que je m'attendais à un truc genre Inception ou Shutter Island ...
(Mémo personnel : ne plus JAMAIS regarder de bande annonce XD )

Ah, les Immortels... un Navet à Haut budget.
Mais un navet quand même :P

voracinephile 12/07/2013 13:50



Oh non ! Plus jamais de bande annonce ! Ou alors apprendre à les oublier très vite, comme ça, on oublie que Les schtroumpfs ça a l'air nul et on y va quand même...


 


Ah, une vraie histoire d'amour avec ces immortels... C'est surtout que j'ai par mégarde acheté le dvd... Et que le résultat fait vraiment très... grec. Autant 300, il fait bien burné, mais ces
Immortels sont très très... Grecs. Les Dieux surtout, en string or massif avec sex toys garantis du mont Olympe... Enfin bon, à chacun ses fautes de goût... J'en ris toujours beaucoup à chaque
fois que je le regarde maintenant...



Mouhahahaha ! Entendez moi me gausser grasXelloss 08/07/2013 17:41

Nom de Zeus !
Pi...

Plus jamais je ne veux entendre parler de Pi, même pas sous sa forme mathématique...
3.14 et-des-bananes, c'est à peu près les étapes par lesquelles mon pote et moi sommes passés en voyant ce truc...

1 : C'est beau... beau, et re-beau par derrière
On sens bien la patte de l'équipe à Cameron derrière tout ça.
La 3D est énooOoorme la profondeur intense et le tigre crève l'écran
(d'autant qu'il est tout numérique le gros chaton... WOU !)

2 : C'est gniangnian saupoudré de bondieuseries.
Mais, bon, les 3 religions principales sont à égalité et on évite le "Mon-Dieu-est-mieux-que-les-autres-même-si-on-prie-tous-le-même"
C'est tellement axé sur la religion que l'on se demandais quand la Divinité allait se pointer
(Eh, un Dieu noir genre Bruce Tout Puissant, la classe, non ?)
Mais, non, pas d'apparition divine... peut être parce qu’il s'est fait la malle en voyant comment sa création se met sur le nez pour des âneries ?

3 : L'ennui... à chaque fois on se dit, "maintenant c'est bon, on va plonger", une descente au côeur de la psyché !
(Le coup de l'ile était prometteuse)
Mais non, rien

0.14 : la fin, la délivrance

Bref, peut être le fait que la veille nous nous étions tapé Inception et Shutter Island, en voyant la bande annonce de Pi (oui, je l'ai regardé) nous nous attendions à un truc nous manipulant le
serre-veau, le truc pendant lequel tu ne sais pas si le héros est mort, vivant, fou, etc...
En tout cas, vu sous le côté "gentilet", ça passe mais pour ma part, je lui mettrai la moitié des points seulement...


Ah, oui, un truc qui m'a fait hurler à un point tel que j'aurai démonté la maison du réal' avec l'AMP de Quaritch :
"l'Odyssée de Pi, le Nouvel Avatar" (sur toutes les jaquettes)
AaaAArrrrr !!!
Non ! Définitivement non !
Sans tartiner du pavé, ces deux médias sont à l'opposé l'un de l'autre, ne serai-ce qu'au vu de la technique de réalisation...

Ah, oui, l'AMP sur la maison des publicitaires responsables de ça aussi car ceux qui ont vu Pi et pas Avatar risquent de comparer l’incomparable XD

voracinephile 09/07/2013 22:07



Ah, le côté gentillet t'a un peu énervé ? Pour ma part, le côté conte était sympathique, et la beauté de l'ensemble m'a vraiment emporté. Surtout qu'on évitait un peu la naïveté, justement, avec
cette conclusion qui donne une version atroce. Maintenant, ça reste plus un joli film qu'une oeuvre réflexive, mais le voyage dans l'univers de Pi est complet.


J'acquiesce pour la comparaison, c'est hors sujet (ça me rappelle un "the host, le meilleur film de monstre depuis Alien..."). Et Depardieu en cuistot chieur, ça m'avait fait bien rire. En tout
cas, on évite la puérilité d'un The Fall, lui complètement aseptisé malgré une magnifique image... Tarsem s'est ridiculisé depuis avec deux navets dont le seul point commun est de rivaliser en
médiocrité (Mirror mirror et Les immortels).



borat8 11/04/2013 20:56

Ah voilà les poissons volants!

borat8 10/04/2013 21:17

Après ça n'empêche pas la qualité du film, mais ce passage est quand même à se rouler par terre. ça bouffe à tous les rateliers et franchement on en rigole plus qu'on est émerveillé. Dommage,
surtout que la spiritualité est un thème fort du métrage. Le tigre était pas mal mais c'est surtout ces longs plans contemplatifs avec une profondeur extrêmes qui rendent l'expérience merveilleuse.
Je ne sais pas si c'est le cas sur ton écran, mais le passage des mouettes est entièrement en cinémascope et c'est vraiment impressionnant au possible.

voracinephile 11/04/2013 19:59



Le passage des mouettes ? Non, je ne vois pas... Mais j'imagine très bien celui des poissons volants... Et les ballets aquatiques nocturnes...



borat8 10/04/2013 12:37

Le début avec toutes les religions m'a franchement fait rire tant c'est ridicule. Un fourre tout bordélique et ridicule. Mais le survival est plus intéressant même si certains SFX sont trop
artificiels. D'autant que Lee ne laisse pas beaucoup de chances à son protagoniste. En sachant que la 3D était magnifique.

voracinephile 10/04/2013 19:52



Bordélique, totalement. Surtout dans cette cohabitation où chaque religion est flattée dans le sens du poil. Mais elles ne sont pas hors sujet, loin de là.


Pour les effets spéciaux, on voit effectivement assez bien quand le numérique intervient. Mais le résultat a effectivement la classe, et pour la 3D, je n'ai malheureusement pas pu m'en rendre
compte en salles... Le tigre devait crever l'écran.



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