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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 20:34

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On attendait le retour de Christophe Gans dans les salles depuis 2005 (enfin, moi en tout cas). Huit ans d’attente, pendant lesquels le projet de Fantomas a été conçu puis avorté, et qu’un Cavalier suédois galope encore dans les tiroirs des scénaristes. Puis cette relecture de La belle et la bête, inattendue et plutôt enthousiasmante. Passer après Jean Cocteau, c’est quand même la classe et le défi, à la fois pour réaliser un blockbuster équilibré et ambitieux. Hélas, si la direction artistique sauve le film, de sérieux problèmes peinent à lui faire franchir le seuil de la moyenne…

L’histoire : Un marchand faisant faillite se voit contraint de s’exiler avec sa famille dans une maison de campagne. Ayant un retour de fortune, il décide d’offrir à ses filles un cadeau. La plus jeune, Belle, demande une rose…

 

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Je vais essayer de passer rapidement sur l’admiration que j’ai pour Christophe Gans. Qu’on critique la mollesse de Crying Freeman, l’hétérogénéité du Pacte des loups ou la désincarnation de Silent Hill, il a toujours offert des monuments d’ambiance, en se dévouant corps et âme à développer son projet, cherchant à la fois la classe, l’action et la profondeur (dans ses personnages, leurs sentiments et leurs choix). Et avec quel panache ! C’est le mot « panache » qui ressortira toujours avec Gans. Mais pas ici. Comme le laissait, hélas, entrevoir les bandes annonces au fur et à mesure que la sortie se rapprochait, le script part dans plusieurs idées sans en privilégier, ce qui donne carrément un goût d’inachevé rajoutant ça et là des touches inutiles qui alourdissent le film plutôt que de l’alléger. Le meilleur exemple de ce genre d’incongruité sont les tadums, sorte de petites mascottes vouées à être imprimées sur les paquets de pop corn, conçu pour leur bouille trop mimi histoire de rameuter les gosses dans la salle, alors qu’ils ne servent finalement à rien de plus que meubler quelques séquences (oui, c’est mimi, mais bon, on aurait aimé, quitte à les voir davantage, qu’on leur accorde plus d’importance que des bibelots vivants). Le plus dur, dans une adaptation de conte moderne, c’est de faire la part entre la naïveté visée (tout en simplicité et en sincérité) et la niaiserie, son alter égo pataud et agaçant. Et cette version navigue un peu entre ces deux là, allant de l’un à l’autre en peu de temps, et sous plusieurs formes.

Question direction artistique, c’est clairement elle qui sauve le film. C’est la grande classe question décors et ambiance, du gothisme enfiévré comme seul Gans pouvait en faire. Sans lorgner vers Burton (ce qu’on pouvait craindre), il nous offre un château somptueux et des séquences bal merveilleuses (sans parler des banquets, on retrouve le faste d’un Legend). A l’exception des couronnes, les robes de Belle sont somptueuses, et pour l’enchantement visuel que constitue le film, il convient de le visionner au cinéma. C’est sur le reste que cela pêche un peu. Question acteur, Léa Seydoux confirme ce qu’on pensait d’elle, à savoir que c’est quand elle veut (capable de passer du ton juste à la contre-performance en un seul plan). On retiendra essentiellement la performance de Dussolier très investi dans son personnage de père honnête, et bien sûr le Vincent Cassel, mais la profondeur très relative de ce personnage. Car c’est probablement là que La Belle et la Bête se révèle le plus décevant : en allant trop vite, il gâche beaucoup les sentiments des personnages, et prétend faire naître l’amour alors qu’on ne le voit éclore à aucun moment… Que la bête ait un cœur tout mou et qu’il soit prêt à s’attacher à la première jouvencelle de passage, passe encore, mais que Belle, hautaine et méprisante, prétende qu’elle l’aime après seulement une petite semaine… On se fout un peu de ma gueule, là… Le Disney faisait bien mieux en moins de temps… Peu importe les détails sensés étoffer les personnages (le papa négocient et ses petites affaires, Perducas le bandit remplace Gaston le chasseur…), le schéma suivi est trop simple, et surtout beaucoup trop expédié, comme si l’amour de pacotille promis n’avait autant de valeur que ceux des joyaux que la Bête sort par pelle de ses coffres. Si des efforts notables ont été fait autour de la Bête et de sa malédiction (permettant d’orchestrer de magnifiques scènes de flash back et de faire apparaître ces merveilleuses lucioles), le romantisme ne convainc pas un seul instant le spectateur, pas plus que le cabotinage d’Eduardo Noriega qui semble avoir bien du mal à retrouver un rôle à la mesure de son talent. Et beaucoup d’idées semblent avoir été avortées, ou conclues à la va vite (seul un cheval connaît la route pour le château, or Belle murmure qu’elle veut y retourner et pouf miracle, la forêt la guide). Le destin de Perducas en est une autre preuve tout aussi criante, même si je ne spoilerai pas. Enfin, les effets spéciaux arrivent un peu sans qu’on les attende, malgré leur finition assez majestueuse. Les géants de pierre sont très beau, oui… Mais était-ce bien nécessaire ? De même que ces lianes numériques reprenant les mouvements des barbelés du final de Silent Hill ? Il semble que les idées n’ont pas manquées, mais que personne n’a su faire le tri…

Pour conclure, on dira que la fin manque sacrément… de panache. Oui, c’est cela, la fin n’a vraiment pas la classe, balançant par la fenêtre le cadre idyllique de la vie de château pour le pavillon de banlieue potager, où le grand prince apprend à planter des pommes de terre pendant que Belle lit des histoires aux nenfants dans un tablier rose bonbon. Voir un tel dénouement, de la part de monsieur Christophe Gans, c’est quand même refroidissant. Genre c’est la retraite, tous à la campagne, en Savoie ! Les versions précédentes appelaient à un peu plus de prestige, quand même… Enfin bon, on prend une claque visuelle avec ce kitsch éblouissant (un des plus beaux exemplaires de ces dernières années), donc on veut être gentil en disant que sur la forme, le Christophe et son équipe (on doit la bête à Patrick Tatopoulos, pour ceux qui se demandaient ce qu’il avait pu faire depuis Underworld 3…) ont fait un sacré boulot. Dommage que le reste laisse à désirer surtout question sentiments, ça ne pardonne pas…

 

2,9/6


2014
de Christophe Gans
avec Vincent Cassel, Léa Seydoux

 

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commentaires

Jerome 14/04/2017 22:13

Christophe Gans nous a offert une magnifique adaptation de « La Belle et La Bête ». J’ai passé un très bon moment en visionnant ce film. Selon moi, Léa Seydoux et Vincent Cassel forment un excellent duo à l’écran.

2flicsamiami 21/02/2014 18:36

Me botte pas trop le train ce film. En plus, Léa Seydoux, elle commence un peu à me sortir par les aisselles.

voracinephile 21/02/2014 21:04



Même chose pour moi concernant Seydoux ^^ elle alterne les bonnes performances et les mauvaises d'une scène à l'autre



Zogarok 19/02/2014 12:10

Au contraire pour 2014 je suis bien avancé :
http://www.senscritique.com/top/Top_Films_2014/391821

Par contre, dans les rattrapages, étant donné qu'il y a en tête les "Universal Soldier", je suis préparé à enchaîner du médiocre. L'important c'est de pas être surpris :)

voracinephile 19/02/2014 17:22



Oui, j'ai vu ton top 2014 (d'ailleurs, c'est grâce à lui que j'ai pu lancer le mien).


La qualité sera variable, c'est certain. Enfin bon, les films d'actions ont cela de bien : les chiffres sont plus représentatifs de leur qualité (enfin, à quelques Michael bay près...;). Les
classiques sont facile à trouver, et méritent leur réputation.



borat8 18/02/2014 22:21

J'ai été le voir cet aprem. C'est pas si mal que ça au final. Il y a de multiples défauts comme l'histoire d'amour trop vite expédiée, les tentatives d'humour parfois poussives comme avec les deux
soeurs et les colosses en pierre m'ont paru de trop même si cela donne une séquence spectaculaire dans le cinéma français (ça change de Kev Adams qui fait des fist-fucking). Juste le bordel
maquillage-performance capture de Cassel qui n'est pas réellement convaincu, surtout que Cassel te sort chez Nikos que le costume de Jean Marais était tellement pourri qu'il devait le tenir. Quand
on voit le résultat du maquillage de Marais c'est autre chose que celui de Cassel selon moi. Le film a parfois un côté télé un peu chiant par moments, surtout quand il y a un mélange avec des
séquences spectaculaires. Il y a aussi l'abus de ralentis qui nuisait déjà à Crying Freeman. Parfois cela passe pas terrible voire est ridicule. Néanmoins certains sont suffisament bien faits pour
faire passer la pillule.
Pour le reste, j'ai trouvé cette transposition plutôt pas mal et on voit que Gans a fait quand même un sacré travail sur le visuel. Ce n'est pas souvent que l'on voit cela dans le cinoche français.
L'adaptation est plutôt crédible et j'ai trouvé le flashback plutôt intéressant. Cela change du coup de la méchante sorcière qui se venge. Cela donne même un côté miyazakien au film (Dieu de la
forêt renvoyant à Princesse Mononoké et notamment dans sa vengeance, petites créatures, les titans rappelant le robot du Château dans le ciel) volontaire de la part de Gans (il le cite à longueur
d'interview). Un film tout public plutôt sympa et loin de démériter je trouve. Rien de grandiose mais au moins c'est bien réalisé et divertissant. Je ne demandais que ça. Allez Christophe fais nous
ton film avec la vengeuse hard boiled d'Howard qu'on prenne notre pied de bourrin amateur de Conan!

Avel 18/02/2014 15:01

Mince....j'avais prévu d'aller le voir :/ Je me demande si ça vaut le coup maintenant. Si on met de côté le fait que beaucoup d'idées sont présentes mais pas approfondies, et que certains
personnages sont "bof" ainsi que les dialogues, as-tu trouvé le film ennuyeux ? Ou est-ce que, selon toi, il se laisse regarder ? Je suis assez curieuse de le voir ne serait-ce que pour les effets
spéciaux et les décors envoûtants, mais si c'est pour m'ennuyer : non merci. Pas envie d'aller au cinéma pour me dire "Mais qu'est-ce que je fais là ? C'est chiant !" sinon autant attendre qu'il
passe à la télé.

voracinephile 19/02/2014 11:33



C'est une question assez compliquée, car ce film possède de belles qualités et d'énormes défauts. Pour ce qui est de l'ennui, les décors m'ont suffisamment intéressé pour que j'ai envie de suivre
le film. Mais sinon, n'y va pas pour l'histoire, elle est simpliste. Il se laisse regarder si on n'a pas d'exigences autre que l'esthétique. Je te rappelle que je suis un fan de Gans, et que je
met 4/10 à ce film. Si tu as envie d'essayer, tu peux, il y a de belles idées, mais ne t'attends vraiment pas à un grand film (tout au plus, il sera aussi marquant qu'un Jack the giant killer).



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