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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 17:54

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Giallo aujourd’hui, avec le mémorable La lame infernale. Précédé d’une flatteuse réputation de Giallo culte, le film est ressorti récemment en édition dvd restaurée, et peut se targuer d’effectivement appartenir aux bons membres de cette large famille policière. Climat moral en pleine déliquescence, assassin fétichiste (un hachoir bien affuté), intrigue trouble, une liste de suspects qui ne cesse de grandir… Tous les ingrédients sont là, le plaisir également…

L’histoire : Une jeune femme est découverte nue et pendue dans un appartement. Alors que la presse balance sans hésiter les pires ragots, l’enquêteur chargé de l’affaire commence à éplucher la liste des connaissances de la jeune fille (16 ans). Il apparaît qu’elle connaissait plusieurs hommes, qui sont peu à peu éliminés par un mystérieux assassin armé d’un hachoir…

 

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Huhum, que voilà une sombre histoire… L’excellente direction artistique de l’ensemble de l’œuvre ravira en premier lieu les fans de giallos, qui découvrent un produit soigné, aussi bien dans les décors quand dans la bande son (magnifique thème principal que repompera Amer, faut avouer qu’on en fait rarement des aussi bons…). Et rapidement, le film prend de l’ampleur, passant d’une mise en scène de suicide à un déluge de meurtres sanglants avec découpage au hachoir. L’assassin en lui-même est plutôt fonctionnel, sa tenue étant en lien avec son mode de déplacement (la moto), et permettant de ménager une course poursuite haletante d’une quinzaine de minutes. C’est indéniablement un point fort de ce giallo : il ménage un rythme suffisamment soutenu dans ses révélations pour conserver durablement l’intérêt du spectateur et le tenir en haleine, réussissant là où échouent la plupart des séries policières de nos jours. Il faut préciser que la lame infernale bénéficie d’un atout supplémentaire qui contribue grandement à son capital sympathie : le climat de dépravation morale qui règne dans la cité italienne… Les amateurs du genre reconnaîtront là la patte du réalisateur de Mais qu’avez-vous fait à Solange ?, qui repousse ici encore plus loin les quotas de perdition des mœurs et du triomphe de la perversité. Rendez vous compte qu’ici, on ne nous propose rien de moins qu’un (énorme SPOILER) réseau de prostitution de jeunes étudiantes mineures. FIN DU SPOILER. Un tel climat bouleverse vite tous les à priori, et, miracle du cinéma, nous fait alors voir les personnages apparemment inoffensifs sous un bien autre angle. Les jeunes étudiantes désinvoltes se mettent à avoir leurs premiers rapports sexuels à des âges de plus en plus avancés (on leur donne des pilules pour ça), les parents perdent leur capacité de protection que les ados vivent comme un viol de leur vie privée, les vieux deviennent des pervers patentés avides des charmes des jeunes demoiselles… Bref, on nage dans un climat des plus tumultueux, où les apparences ne sont bientôt gage de plus rien du tout. Alors que nos repères se brouillent, la presse ne cesse de déformer les faits, gonfle l’affaire, insiste sur les détails scabreux pour faire davantage d’audimat. C’est un régal de dénonciation, à l’image de ce journal publiant en première de couverture « Mineure nue assassinée ! » assortie d’une photo du corps de face non flouté pendu à une poutre… Du sensationnalisme exagéré comme pas permis, qui nous rend immédiatement complice tant on voit ce que veut dénoncer le film. La conclusion reste d’ailleurs dans cette longueur d’onde, puisque plusieurs personnes impliquées usent de leur pouvoir pour interrompre les poursuites judiciaires. Voilà une conclusion pessimiste des plus matures, et qui érige encore un peu plus haut ce giallo complexe pétri de bonnes idées. On relève aussi les bons personnages du film (un enquêteur sympathique et une juge aussi charmante que sa perruque est visible), un portrait amusant de l’adolescence (exagérant considérablement les tensions, mais objectif dans le ton) et quelques bonnes idées de mise en scène (montrer des mares de sang pour montrer que l’affaire prend une sale tournure…) dopent l’efficacité de ce polar italien, en faisant un très appréciable divertissement policier. On approuve avec jubilation !

 

4,8/6


1974
de Massimo Dallamano
avec Mario Adorf, Farley Granger

 

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commentaires

Vince12 07/04/2013 19:51

En tout cas je vais essayer de voir cette lame infernale

Vince12 07/04/2013 18:26

Ou de Fulci

voracinephile 07/04/2013 19:25



Ou de François Gaillard ! (bon, là, je lui cire les pompes avec un manque de recul alarmant, franchement, ce n'est pas du même niveau, mais il fallait bien répondre un truc...)



Vince12 06/04/2013 10:57

J'ai entendu parler de ce Giallo mais comme AIO je ne l'ai pas vu. Sinon tu es passé à Willem Dafoe

voracinephile 06/04/2013 23:50



Willem Dafoe effectivement, dans un film que je n'ai pas vu, mais dont je connais le titre ! Un giallo à découvrir sinon, il n'a pas volé sa réputation, et possède un bon script (et beau
graphiquement, même si on est loin des excès d'Argento...)



alice in oliver 04/04/2013 08:11

je connais seulement de nom: merci pour cette découverte en tout cas !

voracinephile 04/04/2013 11:55



^^ Un giallo de grande classe, je recommande ! Après, 20 euros pour l'édition dvd, mais c'est un bon investissement pour le cinéphile.



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