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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 10:13

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Une adaptation de Kafka est quasi impossible. Son style absurde, très littéraire et fondé sur des descriptions précises dont l’absurde contraste avec la précision du style, son œuvre, très réputée, a pourtant bénéficier de plusieurs tentatives d’adaptations à l’écran (Le procès notamment, avec notamment le sympathique Anthony Perkins, Kafka de Soderbergh, lui, conserve l’ambiance en faisant un mélange à sa sauce). Le plus inadaptable de tous, La métamorphose, a été adapté en 1986, en France, et avec un budget minuscule. Pour quel résultat ?

L’histoire : un homme, comptable sans histoire, se retrouve transformé du jour au lendemain en cafard. Lui et sa famille doivent faire face à cette soudaine métamorphose.

 

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Ma chronique va déborder sur l’œuvre littéraire, car il est impossible de ne pas y faire référence. Le sujet de l’œuvre consiste en une transformation absurde, sans explication. L’ambition est de placer, comme souvent, un homme sans histoire dans un quotidien insipide, qui bascule sans prévenir dans l’absurde total. Un absurde dont le comique est vite évacué pour laisser parler la cruauté de la situation. Il est facile d’y voir des métaphores (celle du handicap est évidente, à tel point que je ne la développerai pas), mais je ne pense pas que Kafka l’ait rédigé dans cette optique. Comme le Procès n’est pas une dénonciation de la justice de son pays. Ce sont des récits purement absurdes, où Kafka, pour bouleverser le quotidien monotone qu’il s’éclate à décrire, s’impose des règles sans sens, mais qu’il respecte. Il fait ensuite simplement évoluer ces personnages en conséquence, ces derniers se pliant aux règles établies sans pouvoir les contourner. Le véritable risque de La métamorphose, c’est la créature. A quoi a-t-on droit ? Une créature caoutchouteuse à la Cronenberg ? Une grossière incrustation ? Un véritable cafard ? Non en l’occurrence, le film tente l’immersion totale en nous montrant l’essentiel de l’histoire en vue subjective, grâce à une caméra réduite que les techniciens baladent le long des murs pendant que se déroule l’action. Un parti pris plutôt audacieux, qui fait surtout très peur pendant l’introduction. En effet, on commence par filmer un dessus de lit avec des effets de caméra très laborieux, l’objectif champ large déformant l’image et laissant une partie de l’image floue. La reconstitution d’époque se révèle cheap, et la qualité de l’image, tournée sur VHS à l’époque, provoque une certaine déception. Mais une fois ces partis pris ingérés (quand même, un peu douloureux à avaler), La Métamorphose se révèle être une adaptation tout à fait correcte du texte d’origine. Se focalisant sur la dégradation progressive des relations entre Grégoire et sa famille (il n’a plus l’usage de la parole, sa condition d’insecte bouleverse en profondeur ses goûts), le film s’apparence à un suivi psychologique rigoureux, à la fois pour la victime de l’absurde, et pour ses proches qui le renient peu à peu. Récit dur, à l’issue fataliste, la conclusion est finalement à la mesure de l’absurde que cherche à illustrer Kafka, car c’est bien de folie dont il veut traiter, l’humour étant souvent accidentel. A cette image, le film se contente de retranscrire fidèlement à l’écran, façon pièce de théâtre adaptée, avec un jeu d’acteur correcte sans être transcendant. On passe à côté de performances à la zulawski, mais le résultat s’acquitte de sa mission avec les honneurs.

 

4,5/6


1983
de Jean-Daniel Verhaeghe
avec Madeleine Robinson, Julien Guiomar

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commentaires

Vince12 06/12/2013 20:54

Connait pas du tout mais à retenir

voracinephile 11/12/2013 23:27



Assurément.



princécranoir 02/12/2013 19:20

Je ne connaissais pas non plus ce morceau de bravoure du patrimoine cinéphilique hexagonal (avec le l'impayable Julien Guiomar, tout de même !) Je crois qu'il vaut mieux chercher les déboires de
Gregor Samsa dans d'autres films indirectement inspirés de l'oeuvre de Kafka. Chez Cronenberg en effet, Gilliam, Polanski ou les frères Coen pourquoi pas.

voracinephile 03/12/2013 10:48



Justement, Kafka est mon film préféré de Soderbergh, celui où il assume le plus son exercice de style total (avec un noir et blanc magnifique d'ailleurs), en mettant Kafka tout simplement au
coeur de son univers. Polanski s'est inspiré de Kafka ? Ca m'intéresse...



alice in oliver 01/12/2013 19:06

oui j'ai lu la chronique: ça donne très envie de voir cette adaptation en tout cas

alice in oliver 01/12/2013 12:28

je ne savais même pas que le livre de Kafka avait été adapté au cinéma... J'en prends bonne note en tout cas !

voracinephile 01/12/2013 18:28



Un film assez rare, pas trouvable en très bonne qualité hélas, mais une bonne adaptation au final, très minimaliste, plutôt bien interprétée et fidèle à l'esprit du livre. On n'en demandait pas
plus...



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