Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 09:44

the-holy-mountain-french-film-poster.jpg

 

Depuis que Jodorowsky m’a été révélée par l’un des meilleurs tâcherons sur le net  (il se reconnaîtra), son œuvre ne cesse de passionner, interpellant toujours son spectateur dans ses symboliques ultra recherchées, parfois à la limite de la compréhension. Pour ainsi dire, il doit bien y avoir la moitié des symboles qui ne nous parlent pas, mais le spectacle n’en reste pas moins grandiose, subjugué par de vrais moments de cinéma et de la métaphysique au premier degré. Nouveau film, nouveau chef d’œuvre, Jodorowsky ne déçoit pas.

L’histoire : un mendiant au cœur d’une cité troublée commence peu à peu une quête spirituelle qui va l’amener à rechercher le secret de l’immortalité.

 

http://www.filmotv.fr/elts/programmes/261/gallerie/La_montagne_sacree_photo1_w_450.jpg


Etonnant que Jodorowsky réussisse toujours à nous surprendre avec ses films, en modifiant toujours l’approche de ses thèmes dans des contextes très différents. Ici, c’est un mendiant, accompagné d’un cul de jatte (qui disparaîtra par la suite, mais nous reviendrons sur son cas), qui entame une quête spirituelle. Le film traite donc en bonne partie du Culte, en tout cas dans sa première partie. Si il choisit d’illustrer la religion catholique, le discours pourrait être transposé dans n’importe quelle religion. Ici, notre héros endosse l’apparence du christ, revit sa Passion au cours d’une représentation, avant de s’endormir sous l’effet des boissons avancées par les gardes romains (une scène assez comique d’ailleurs, car aux antipodes du sort de Jésus dans le nouveau testament). On moule son corps pendant son sommeil, et à son réveil, il se découvre au centre d’une pièce remplie de statues de lui. S’entame alors un discours sur l’idolâtrie assez forte, notre héros christique frappant carrément Marie et les gardes avec un fouet (la revanche de Jésus !) avant de détruire toutes les représentations de son apparence, excepté une qu’il tentera de placer dans une Eglise, d’où il sera expulsé (idée assez frappante, la notion de blasphème risquant en effet de créer ce genre d’incident diplomatique). La quête spirituelle n’est pas encore engagée, mais la notion de prophète est en train de faire son chemin, surtout au milieu de cette cité pourrie (les filles s’exhibent devant l’église, les militaires exécutent à tout va avec un gore magnifiquement suggéré (des oiseaux s’échappant des plaies) pendant que les touristes mitraillent de photos les scènes). Puis, après deux scènes merveilleuses (la reconstitution des batailles incas et des conquistadors avec des grenouilles et des lézards, et la pêche d’une âme au cœur de la foule), la partie véritablement métaphysique commence. Le mendiant se retrouve dans des lieux colorés et ultra réflexifs, et y rencontre une entité divine, qui lui offre plusieurs leçons d’alchimie. Changeant d’abord ses excréments en or, ils passent peu à peu à une recherche supérieure : le désir d’immortalité. Et là le film devient particulièrement impressionnant en termes de critique de société, en montrant les humains qui vont aider le mendiant dans sa quête : des voleurs qui ont du pouvoir et de l’argent. Chacun, représenté par une planète, est le visage d’un vice qui torture le monde. Dans le lot, on aura droit à des portraits particulièrement engagés, comme une fabricante d’arme qui popularise sa marchandise en lui donnant un côté religieux ou psychédélique, et une fabricante de jouet qui endoctrine à jeunesse à haïr les ennemis du gouvernement et qui les prépare au métier de soldat. Et là où le film est particulièrement intéressant, c’est que quelque soient les vices des personnages, ils ont tous un intérêt commun pour l’immortalité, et renonceront tous à leur ancienne vie en brûlant leur argent puis la statue qui les représente, avant de se mettre en route pour la montagne sacrée, lieu de résidence des immortels. Une route qui sera semée d’embûches et qui verra plusieurs protagonistes mourir où traumatisés à vie. Cependant, si on comprend la portée philosophique de certains, d’autres laissent vraiment perplexe (un être mi homme mi femme fait face à un personnage, et l’instant d’après, c’est un vieillard avec des têtes de jaguar à la place des tétons qui asperge de lait son interlocuteur…). Néanmoins, la conclusion du film est assez énorme. Sans vouloir la spoiler, disons que c’est une mise en abîme incroyablement culottée, qui détruit la frontière de la pellicule en poursuivant là où le film s’arrête, ce qui ajoute encore une portée métaphysique au dialogue déjà riche du film. Et en plus de tous ces symboles, Jodorowsky continue à faire de la psychologie en représentant les traumas de son héros par un être difforme, estropié qui suivait notre mendiant depuis le début de son aventure. Un symbole assez énorme, les handicapés ayant rarement l’occasion d’apparaître au cinéma, qui plus est quand leur laideur sert de symboles à des traits psychologiques néfastes. Magnifique film sur la quête spirituelle et le désir humain (pouvoir, réponse aux questions essentielles, harmonie avec la nature…) qui parvient à hypnotiser pendant de longues minutes son public, et dont une seule minute apportera bien plus à une existence qu’un Transformers 3. Tout simplement indispensable.

 

6/6

 

de Alejandro Jodorowsky
avec Alejandro Jodorowsky, Horacio Salinas

 

http://nsa01.casimages.com/img/2007/11/06/0711060504491550959.jpg

Partager cet article

Repost 0
Published by voracinephile - dans OFNI (m'as tu vu )
commenter cet article

commentaires

Vince12 26/06/2012 13:36

Viva la Muerte est l'un de mes 5 films préférés, une bombe, un film vraiment hardcore, mais vraiment sincère car très personnel. Si ça t’intéresse j'ai chroniqué j'irai comme un cheval fou de même
réal sur naveton, je chroniquerai sous peu l'arbre de guernica.

voracinephile 26/06/2012 18:07



Ah, c'était donc ça, ce titre bizarre de chronique à laquelle je n'ai pas encore jeté un coup d'oeil... Je vais aller dévorer ça ce soir. Hâte de voir de quoi parle l'arbre de Guernica.



Vince12 26/06/2012 13:11

Les quels as tu réussi à te procurer de Arrabal ?

voracinephile 26/06/2012 13:27



Juste Viva la muerte. Je vais devoir chercher autre part pour les autres titres de sa filmo.



Vince12 26/06/2012 11:56

Moi même je trouvais qu'il y avait des longueurs inutiles sur certains passages de la présentation des 7, mais bon d'un côté il doit y'avoir des symboliques qu'on comprend pas je pense. J'avais
aussi été déçu par le voyage lors de la première vision, je trouvais qu'on perdait la richesse visuelle colorée de la première partie, mais aujourd'hui je trouve que la richesse visuelle est bien
là mais ici Jodo s'attarde sur la beauté de la nature, puis comme la quête est la réalité je pense que le film se débarrasse volontairement du vernis visuel de la première partie qui représentait
l'illusion.
Sinon James je t’encourage une fois de plus à découvrir les films d'Arrabal le pote à Jodo, même si je sais que ses films sont assez rares et de ce fait assez chers.

voracinephile 26/06/2012 12:06



Intéressante, cette idée du vernis visuel magnifique dans les dbuts du film et peu à peu abandonné au profit de paysages naturels très sobre.


Concernant Arrabal, j'ai eu l'excellente surprise de pouvoir me le procurer chez un ami cinéphile, donc je le verrai très prochainement (j'ai d'abord le projet de faire une grosse chronique sur
les Tetsuo de Tsukamoto). Merci encore de m'avoir conseillé ce réal.



Vince12 26/06/2012 11:35

Qui sait peut être que si je revoie encore Santa Sangre je changerai encore d'avais mais je pense pas. Pour info je viens de me retaper à nouveau la montagne sacrée ce matin. je pense que peut être
la première fois je suis tombé sous la multitude des thèmes abordés, mais je pense que c'est plutôt l'aspect bordélique, même si sans le fond il n'est bordélique que en apparence. J'ai beaucoup
plus apprécié le passage de la présentation des sept puissants ou j'ai enfin été réceptif à l'humour. Même si je continue de trouver ce passage un peu long, il coupe un peu le rythme de l'oeuvre à
mon sens. En tout cas un des meilleurs films jamais fait pour moi il rentre dans mon top 10 je crois.

voracinephile 26/06/2012 11:47



Dès le matin à peine tombé du lit ? C'est beau, une motivation pareille ! D'accord pour ta description du bordélique, c'est très mal organisé globalement, mais toutes les idées du films se
rejoignent et tendent à indiquer la même direction (au final, rien n'est incohérent, mais il est très dur de tout bien suivre). Le passage des 7 puissants est en effet trop long, au bout de 4
portraits, ça commence à devenir lassant, surtout que certains s'étendent parfois sur des détails inutiles, et ne pensent à dénoncer un truc qu'à la fin. Mais malgré cette baisse de rythme,
l'ensemble est d'une sincérité telle qu'on aurait envie de le suivre dans sa quête spirituelle.



Vince12 25/06/2012 09:40

Depuis le temps que je disais qu'il me fallait une seconde vision de la Montagne sacrée, puisque à la première j'avais était épaté par la richesse visuelle du film mais le côté ultra déjanté de
l'oeuvre m'avait laissé un goût amer.
Aujourd'hui je l'ai revu une seconde fois et je dois dire que le seule chose que j'ai eu envie de faire au générique de fin, c'est de remettre le DVD au début pour revoir ce film ultra culte que
j'ai au final réussi à adorer par dessus tout. Je suis plus réceptif à l'humour et à la tonalité du film. Pour moi le meilleur de Jodo là il m'a vraiment fait bander.
"Pour déterminer ton jodo préféré, ce n'est pas le nombre de visionnages qui compte" Désolé james mais cette fois tu avais tort ;)
Car je t'annonce que je renie le clan des partisans de Santa Sangre pour rejoindre le clan des partisans de la Montagne Sacrée

voracinephile 26/06/2012 11:25



Ah, ravi de te voir pencher de mon côté pour ce cru de Jodo (même si Santa sangre reste un chef d'oeuvre). En plus de la richesse visuelle, c'est bien la richesse thématique (un véritable
foisonnement de symboles) qui m'a fasciné dans La montagne sacré. C'est limite bordélique parfois, mais le film ne se freine jamais, il va toujours au bout de ses idées, et la fin est d'une
audace rarement égalée dans le domaine du cinéma.


Il m'arrive de me tromper évidemment, donc j'assume mon erreur à 100% (même si je devais penser, quand j'ai écrit mon commentaire, que le spectateur choisirait son camp par rapport à l'ambiance
des films, très tourné vers les sentiments pour Santa Sangre ou tourné vers des sujets philosophiques ou sociaux avec La montagne sacrée). Ravi que cette redécouverte t'ait revigoré en tout cas !



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche