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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 21:10

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Céline Sciamma s’est fait connaître du grand public avec La naissance des pieuvres, intéressante compilation de caractères enfantins à une période clef de leur développement. Ayant fait ses premiers pas avec Pauline (court métrage sur LGBT sur le parcours d’une jeune lesbienne en caméra statique), la réalisatrice confirme donc son premier élan, qu’elle appuiera encore davantage avec le magistral Tomboy. Si la mécanique de ces pieuvres est moins spontanée, elle reste tout aussi sincère.

L’histoire : Les interactions sentimentales de trois jeunes filles, Marie, Anne et Floriane, avec chacune une vision différente de l’amour.

 

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La naissance des pieuvres se focalise donc sur trois adolescentes différentes en tout point, permettant ainsi une peinture plus large de la jeunesse décrite. Marie semble avoir dans les 13 ans, tandis que Floriane et Anne semblent en être au début du lycée. En situation initiale, Anne est amie avec Marie (visiblement plus jeune qu’elle et ne partageant pas grand-chose en commun) et la suit partout, alors que Floriane est la beautée peu farouche du club de natation. Et donc très vite, les arcs amoureux apparaissent. François, plus beau joueur de l’équipe de water polo, devient la cible d’Anne et de Floriane. Ce dernier préfèrera évidemment la séductrice Floriane plutôt qu'Anne (au physique rondouillard et à la mentalité enfantine, cette dernière espérant l’amour pur au-delà de l’apparence). Quant à Marie, elle jette son dévolu sur Floriane, cible de nombreux mâles de l’entourage. Les attractions sont bien vite éventées, c’est sur le suivi de ces dernières que le film se focalise. Il convient de souligner le personnage de Marie, probablement le plus osé de l’ensemble du film car à 13 ans, elle oriente déjà d’une façon assurée sa sexualité vers les filles. Ou plutôt vers La fille, Floriane, avec cette passion sincère pour la grâce de sa démarche, et sa splendeur pendant les cours de natation. Sans avoir échangé au préalable, c’est l’amour-fusion dans ce qu’il a de plus sincère. Et ici, toujours soumis à la torture de voir l’être aimé flirter continuellement avec les prédateurs masculins, qui à leur âge ne sont obsédé que par leur pénis. C’est l’orientation girly du film, mais le contexte adolescent s’y prête bien. Le rapprochement entre Marie et Floriane est le véritable moteur du film. C’est le portrait sincère d’une première fois, vécu de deux façons différentes. Marie aime sans pouvoir se fier à la fidélité de Floriane, et Floriane se découvrant aimée par une fille se met à hésiter, moins assurée de sa prédisposition à la sexualité libre qu’elle pratiquait. On flirte avec le trash, mais la sincérité des personnages désamorce la gêne qu’on pouvait craindre (le lit d’une chambre devient si lourd de significations…) pour embrasser totalement leur point de vue. Si le portrait de Marie est brut de décoffrage (dans le thème, car en l’état, elle est la protagoniste la plus évoluée du récit, la plus sympathique aussi, on sent le soin que Céline Sciamma a porté à l’écriture du personnage, illustrant de la façon la plus épurée une orientation sexuelle marquée à un âge jeune (mais pas ressenti comme « précoce »)), celui de Floriane est finalement le moins intéressant du film, car le moins évolutif. Elle est toujours présente dans l’instant, mais sa volatilité l’empêche toujours de laisser exister un quelconque sentiment de façon durable (il y a ces heures sur un lit… suivi d’un au revoir glacial).

Le portrait d'Anne est cruel. Adolescente ne jouissant pas d’un physique gracieux, elle a préféré ne pas grandir pour se soucier de ces problèmes, se complaisant dans une petite immaturité qui se fait de plus en plus douloureusement sentir. D’autant plus qu’elle s’intéresse aux garçons, et plus particulièrement à François. Combien de larmes versées pour ne avoir juste été remarquée (douloureuse étreinte d’un réverbère), et combien d’espoirs perdus en hantant les soirées où l’on sait l’autre présent, mais inaccessible. Et quand le désir est enfin assouvi, il n’a rien de ce qui était attendu. C’est en cela que son portrait est cruel, dans cette perpétuelle frustration de s’entendre dire que sa vision de la vie est immature, de le ressentir crument, mais de s’y accrocher avec l’énergie du désespoir. Le final lui rend heureusement justice, suivant un mécanisme aussi simple qu’efficace. Mais elle demeure celle qui évolue le plus au cours du film, et celle qui marque d’énormes progrès au travers des épreuves). Moins limpide que le futur Tomboy, la peinture de jeunesse est en tout cas éblouissante, intelligente dans la gestion des personnages et sans le moindre excès de mise en scène. Un premier essai en finesse qui tente quelques scènes esthétiques (ballets sous marins, séquences boîte de nuit…), mais qui marque déjà un souci de proximité payant.

 

4,9/6


2007
de Céline Sciamma
avec Pauline Acquart, Adèle Haenel

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commentaires

princécranoir 04/10/2013 17:47

La musique de Para One est en effet très bonne.

titi70 04/10/2013 17:27

Il parait que la bande original de ce film est magnifique, mais, le long métrage en lui mème me tente bien. Si tu aimes les films sur l'adolescence, je te conseille Fucking Amal, ou l'histoire
d'une lycéenne rejetté qui tombe amoureuse de l'idole du lycée. Une histoire d'amour entre filles bien avant celui qui sort actuellement et un bon portrait de l'adolescence.

voracinephile 04/10/2013 18:07



Oui, Céline Sciamma parlait en interview de ce Fucking Amal... Je regarderai ça volontiers. J'ai aussi récupéré Diabolo menthe, autre film traitant du sujet... Je suis plus confiant qu'avec
Heavenly creatures de Jackson...



princécranoir 03/10/2013 21:25

Décidémment, nous sommes sur la même longueur d'onde. J'ai même plongé plus encore que toi dans ce grand bain d'adolescence compliquée (pléonasme ?), le quotidien de ces jeunes filles (dont, je
crois tu as interverti les prénoms : Floriane est la "couche-toi là" et Anne est la boulotte interprétée par Louise Blachère qu'on voit parfois dans la sitcom un peu crétine "Soda"). C'est vrai que
"Tomboy" est encore plus réussi, mais Céline Sciamma dès ce premier film sa grande qualité d'écriture et des choix très intelligents de mise en scène (toujours une certaine distance, la volonté de
ne jamais verser dans le sordide).

voracinephile 04/10/2013 17:59



Glasp ! C'était ce que je craignais pour les prénoms, j'ai beau avoir zappé partout, impossible de retrouver qui est qui, elles ne s'appellent jamais par leur prénom (seulement marie en fait)...
Je vais changer cela.


La naissance des pieuvres fait beaucoup de choix intéressants, le film cerne bien tous les enjeux, toutes les inhibitions ou les incertitudes, le désir fiévreux aussi... Il y a là toute l'énergie
et la fougue de l'adolescence consciente de sa "marginalité" ou qui va s'en rendre compte. Pour un passionné de psychologie, c'est du premier choix. Après, il est impossible de rivaliser avec
Tomboy (ce dernier est juste parfait, complètement épuré de toute inquiétude superflue, aussi authentique, c'est spontané, tout y est logique, je suis juste resté un peu sur ce petit happy end où
on remet les pendules à zéro), mais pour un premier film, c'est effectivement un joli coup d'envoi.


J'ai cherché des interviews de Sciamma sur ce film, et finalement, question thématiques (gender), elle dit vouloir les éviter, en privilégiant simplement les sentiments des protagonistes et leur
trajectoire. J'étais déçu par cela quand j'ai découvert Tomboy (avec la polémique sur le gender), mais c'est finalement la meilleure façon d'aborder ces comportements, en les affranchissant de
tout plaidoyer et en les regardant évoluer. Le prochain film de Sciamma est sensé arriver e 2014. On croise les doigts.



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