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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 06:47

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Romero est un des réalisateurs les plus intéressants que je connaisse, car avec des budgets relativement peu conséquents, il arrive à créer des histoires réalistes qui analysent les comportements sociaux avec une pertinence qui m’a toujours impressionné. Je parle bien sûr de ses 6 films de zombies, mais aussi de Martin, ou encore La nuit des fous vivants. C’est d’ailleurs sur ce dernier que je veux attirer votre attention aujourd’hui, car c’est pour moi un putain de chef d’œuvre. Un indispensable, pas encore trop rare, qui faut avoir vu au moins une fois.

Dans la petite ville d’Evant city, une alerte au feu est déclarée dans une maison. Les pompiers sont rapidement sur place, mais ils sont bientôt contraints par l’armée de rester en ville. La zone est rapidement militarisée et toute circulation est interrompue. On apprend alors qu’un virus s’étant échappé en amont se serait répandu dans les canalisations d’eau de la ville.

 

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La nuit des fous-vivants est un film particulièrement insidieux, car il n’y a aucun moyen de savoir si une personne est contaminée ou pas. On ne peut que constater les conséquences d’une contamination, à savoir la folie meurtrière de la personne en question. Mais ce qui est passionnant dans le film de Romero, c’est qu’il est d’une pertinence énorme dans la gestion de son histoire, et dans les étapes de comportements sociaux face à ce type d’évènement. On suit à la fois l’Armée, ses prises de décisions et les solutions appliquées sur le terrain, et la population civile, bientôt parquée comme un troupeau, qui plus est avec des contaminés dans le lot. Du côté de l’armée, le constat est alarmant. En effet, l’alerte a été donnée très tôt. Un bon point, mais qui tourne en bordel généralisé pendant l’annexe de la ville. Le scientifique ayant mis au point le virus est forcé de les escorter, ce qui le ralentit considérablement dans ses recherches pour trouver un antidote. En ville, la loi martiale est instaurée, et le commandement parle déjà de nettoyage méthodique, quitte à recourir au nucléaire. En vérité, personne n’a les informations suffisantes pour prendre la bonne décision dans de tels moments. La situation finit donc par dégénérer, les civils étant de force retenue dans une école reconvertie pour l’occasion en hôpital de fortune. Côté population, c’est d’abord la crainte du virus qui prédomine, la psychose de la consommation d’eau devenant très prenante. Mais c’est vite la haine de l’uniforme qui prend le dessus, les militaires n’hésitant pas à ouvrir le feu sur les personnes qu’ils pensent contaminées, et à disposer de la population comme il leur convient en appliquant les ordres. Ainsi, on revit en quelque sorte le traumatisme de l’occupation nazie (les cadavres sont brûlés au grand jour) et le parcage progressif des civils avec une réduction croissante de leur liberté. Nous suivrons parallèlement un petit groupe de civil ayant réussi à échapper à la rafle militaire, tentant désormais de quitter la ville en évitant les barrages. Un parcours assez cheap, mais au combien réussi, à l’ambiance ultra oppressante, la source de contamination (l’eau du robinet) n’ayant jamais été révélée à la population. En quelques sorte, si il n’y a rien de nouveau (28 semaines plus tard réutilisera des procédés similaires), sortir une œuvre aussi réaliste et aussi antimilitariste à l’époque, ça relève d’un tour de force assez colossal. Réaliste, jusqu’auboutiste, et finalement bien plus atroce qu’un film de zombie, La nuit des fous vivants est presque un documentaire, une sorte d’expérience sociologique sur le comportement humain en cas de crise menaçant de façon réaliste la population entière. D’une sobriété et d’un nihilisme qui foudroie, c’est une série B proche du film parfait, qui transcende la légèreté de ses moyens pour en faire un film universel, qui serait parfaitement fonctionnel dans de nombreuses situations de tensions. Sa seule faiblesse, c’est d’ailleurs son budget, qui ne lui permet pas de conclure son œuvre avec le panache qu’elle impliquait. Dommage, mais peut être est-ce l’une des plus grandes réussites du cinéaste à ce jour…

 

6/6

 

de George A. Romero
avec Lane Carroll, Will MacMillan

 

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Published by voracinephile - dans Epouvante ( qui stresse)
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commentaires

2flicsamiami 30/06/2011 13:49


En tout cas, le remake est rythmé et bénéficiant d'une belle atmosphère et quelques belles scènes. C'est pas un mal d'avoir changé le point de vue pour ne pas faire du copier/coller.


voracinephile 30/06/2011 15:16



Dès que je verrai le remake, je tenterai de faire une comparaison, car en effet, pour la plupart des photos que j'ai vu, ça tournait autour de civils. Mad movies l'avait moyennement aimé, alors
je n'avais pas cherché plus loin, mais je tenterai de me le regarder à l'occasion.



Marie-Laure 30/06/2011 13:06


Chose incroyable,j'ai vu le remake avec Timoty Oliphant qui joue le Shérif.
J'ai beaucoup aimé,donc je me passerai de l'original,j'aime pas les films de Zombies des années 60/70.J'avais pas cessé de rire devant "Zombie".


voracinephile 30/06/2011 13:29



Glasp ! En effet, si tu as préféré le remake et que Zombie te fait marrer, c'est peut être pas le meilleur film à voir. Tu pourrais en revanche essayer Land of the dead, du même réalisateur, mais
avec un gros budget, et qui se révèle aussi divertissant que politique.



Ze Ring 30/06/2011 12:11


Oliver, sans vouloir te vexer, je ne crois pas que tu sois en position de dire ce qui est surestimé ou sous estimé, la raison est simple : ce qui est surestimé pour toi est sous estimé pour
d'autres et inversement, tu as le droit de ne pas aimer un film mais ce simple fait ne fait pas d'une oeuvre un film surestimé... Bref passons.
J'ai depuis longtemps envie de voir ce Crazies... Mais je m'en suis toujours méfié. Romero c'est soit tout pourri (Bruiser) soit génial, mais ton avis m'incite à voir d'urgence ce petit film!!


voracinephile 30/06/2011 12:42



Pour ma part, the ring, je trouve le film excellent, même si, comme le souligne Oliver, le rythme peut parfois peiner un peu (c'est d'ailleurs loin d'être un film d'action ou de monstres, mais
plutôt une reconstitution convaincante de crise). A défaut qu'il soit vraiment le chef d'oeuvre que j'adore, il est loin d'être tout pourri, malgré la modestie de son budget. Après il faut aussi
le trouver, moi j'ai eu la chance de tomber sur le dvd "Les introuvables" en vostfr.



Alice In Oliver 30/06/2011 11:11


perso, j'ai tjs trouvé ce cru très surestimé: c'est lent et terriblement mal joué. Je préfère 1000 fois la nuit des morts vivants


voracinephile 30/06/2011 11:55



Tiens tiens... De la surestimation ? Lent, faut dire que le suspense n'est pas toujours de la partie (la tentative de faire d'aileurs une oeuvre parano avec les civils fuyards qui
s'entredéchirent quand ils croient l'un d'entre eux contaminé n'est pas très convaincante). Mauvais jeu ? Pas tant que ça, je trouve. Le commandement militaire se la joue sérieux, mine grave,
mais je trouve ça plutôt de rigueur. Bon, je ne nierai pas les quelques défauts du film, mais son politiquement incorrect a largement emporté le morceau chez moi.



2flicsamiami 30/06/2011 10:24


Pas vu celui ci, mais le remake était vraiment très sympa dans son genre. Il se focalise plus sur les civils alors que l'original semble orienté du coté des militaires.


voracinephile 30/06/2011 10:45



^^ Le problème du remake, c'est quapparemment il se focalise trop sur le point de vue civil, alors que l'original varie souvent les points de vue, et c'est justement très intéressant de voir le
ressenti des militaires (car on constate que des ordres donnés en haut lieux, qui peuvent sembler logiques, deviennent catastrophiques une fois appliqués platement par les militaires sur place).
Je n'ai pas encore vu le remake, j'essayerai à l'occasion, car le film n'a pas l'air de trop mal fonctionner.



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