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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 19:41

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Si mon initiation au style Haneke a commencé avec l’uppercut Funny Games US, j’ai découvert assez rapidement après La Pianiste, œuvre non moins troublante qui consacre Isabelle Huppert comme l’une des plus grandes tarées du cinéma avec Isabelle Adjani. Magnifique portrait psychologique aussi riche de détails que de raffinement (c’est l’œuvre où l’amour du piano d’Haneke ressort le plus), La pianiste est particulièrement efficace dans sa manière de nous faire découvrir le personnage, qui préfère se complaire des les délices de l’insatisfaction plutôt que dans le démagogique assouvissement.

L’histoire : Erika, la trentaine, vit avec sa mère envahissante dans un grand appartement parisien. Professeure de piano renommée au Conservatoire, un jeune pianiste doué la repère et commence à l’aimer, sans connaître son vrai visage.

 

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Somptueux film d’Haneke à nouveau, puisque nous avons là peut être le meilleur rôle de la carrière d’Isabelle Huppert. Embrassant son personnage et ses tourments sans le moindre recul, Isabelle nous inonde de détails de mimiques, de regards glaciaux qui masquent merveilleusement l’inavouable insatisfaction qu’elle cultive dans toute sa vie. La perfection n’est qu’illusion et affaire de goût, elle ne fera jamais l’unanimité, et plutôt que de placer son plaisir et son but dans cette dernière, nous avons un personnage qui cultive la frustration. Dans ses formes les plus jusqu’auboutistes, ce qui donne un portrait à deux facettes, qui se joignent avec une justesse éblouissante. D’un côté, la professeure de panio perpétuellement insatisfaite, ne poussant pas au dépassement de soit, mais chargeant de honte la moindre faute, le moindre défaut de style. La froide autorité qui glace le moindre élan, la frigide qui jouit du freinage de l’autre. Et dans l’autre facette, nous avons le désir d’humiliation, et la négation de l’amour tel qu’il est habituellement conçu, car ce goût pour l’insatisfaction condamne toutes les tentatives (les sexuelles sont d’ailleurs les plus frustrantes). Conscient de la violence psychologique de son portrait, le film ponctue régulièrement son récit d’intermèdes musicaux classiques qui sont de vraies merveilles pour les oreilles, et qui rendent finalement les séquences trashs plus épicées (la séquence du sex shop où elle croise un de ses élèves est une merveille de démonstration). Et arrive alors Walter Klemmer et son amour de jeune adulte tout fringuant et ébloui par la culture et le goût apparemment hyper sélectif (il n’imagine pas à quel point) de cette femme, qui pense pouvoir aimer Erika. Le film se focalise essentiellement sur cette relation, l’amour évident de Klemmer se transformant peu à peu en dégoût, et révélant les contradictions majestueuses d’Erika, dont les envies d’humiliation poussent le spectateur dans l’incompréhension. Quand une personne désire être violée et séquestrées, puis qu’elle supplie quand la violence s’abat, que faire, comment continuer ? Ainsi, le film culmine dans un final en mode détention assez secouant où finalement la nature même de notre pianiste est exposée aux différents protagonistes. Superbe travail de psychologie magnifié par une direction d’acteur impeccable, Nous ne sommes à nouveaux pas déçu par Haneke.

 

5/6


2000
de Michael Haneke
avec Isabelle Huppert, Benoît Magimel

 

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commentaires

Vince12 21/05/2013 18:07

Oui comme beaucoup de Haneke, il donne souvent dans le choc notamment avec benny's video et Funny games (d'ailleurs il faudrait vraiment que tu vois l'original)

Vince12 21/05/2013 12:51

Merde je l'ai zappé lors de sa diffusion récente (il me semble)

voracinephile 21/05/2013 18:04



Interdit aux moins de 16 ans pourtant, ça aurait dû te mettre la puce à l'oreille. Un excellent film trash en tout cas, un portrait sublime.



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