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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 18:15

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La présence de Roman Polanski aux Césars n’est pas due au hasard, puisque son dernier projet d’adaptation de La Vénus à la fourrure, sulfureux et psychologisant, était taillé pour séduire la critique. En l’état, il s’agit de la plus subtile étude de cas à avoir abordé la soumission/domination, qui plus est avec une pertinence et une virtuosité qui laisse béat. Une petite révélation de 2013.

L’histoire : Thomas, metteur en scène, tente d’adapter le livre de Sadder Masoch en pièce de théâtre, sans toutefois réussir à trouver l’actrice adéquat. Arrive alors Vanda, actrice dont la vulgarité l’agace au plus haut point, mais qui se révèle prodigieuse dans son interprétation.

 

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Même avec le Locataire, Roman Polanski n’avait pas réussi à totalement me convaincre, jusqu’à maintenant. A l’égal de la portée analytique d’un Nymphomaniac sans les excès pornographiques, La Vénus à la fourrure se révèle tout simplement virtuose et intelligent, pour peu qu’on lui laisse le temps de prendre son envol. L’entrée en scène, avec l’actrice déglinguée à côté de la plaque et le réalisateur aigri incapable d’être aimable, est digne d’un mauvais vaudeville (j’étais désespéré dès l’ouverture, car c’était ce que l’on pouvait redouter en visionnant la bande annonce, très légère pour le sujet visé). Et dès que les répétitions commencent, la révélation. Les inhibitions tombent pour donner dans la performance, les personnages s’effacent dans leur rôle, et la frontière entre la réalité et la pièce s’atténue de plus en plus pour finalement disparaître dans un final complètement fantasmé, qui se livre corps et âme en relecture moderne et haute en couleur du livre original. Ce que La vénus à la fourrure a de virtuose, c’est qu’il confronte avec jubilation l’intellectualisation de tels comportements humains (de soumission et de domination) avec l’instinct ou la bêtise totale, ayant pour point commun le cliché grossier, dans sa plus horrible vulgarité. Et que chacun a sa part de validité, ce qui provoquera immanquablement l’exaspération recherchée dans les deux camps des spectateurs. D’un côté, l’homme intellectuel qui complexifie énormément sa pièce de sous-textes psychologiques et qui s’extasie devant la performance magnétique de son actrice, avant de s’arracher les cheveux devant le manque de subtilité et de raffinement de son interprète, qui rabaisse toutes ses ambitions émotionnelles au cul ou à des enjeux ridiculement simples. C’est une frustration intellectuelle avant la frustration physique, et subtilement, le metteur en scène qui cherchait à imposer sa vision se voit influencé, rabaissé, alors que ces attachements personnels à adapter la pièce se révèlent de plus en plus clairement. Nul besoin de connaître les détails de sa vie et de son parcours, son implication progressive et totale dans son rôle, aidé par l’attitude ambigue de son actrice (ne cessant de sortir et de rentrer dans son rôle, cassant chacun de ses élans, revêtant son rôle pour mieux le renvoyer à ses tendances, c’est avec jubilation que l’on suit cette succession de dialogue où il ne se passe rien, et où la mise en scène gagne peu à peu en fétichisme, conservant la fourrure pour un grand final qui se révèlera marquant au plus haut point. La caricature de séance psychologique participe à cette déconstruction de l’intellectualisation raffinée de telles pulsions, l’explication de tels phénomènes relevant d’une telle complexité que cela conduit à une impasse. De même, toutes les bornes dans l’auto-destruction (ici par la soumission) finissent par s’envoler, leur connotation de contrôle allant à l’encontre de la totale soumission (et donc l’assouvissement). Le film veut radicaliser son personnage masculin, le remettre en face de son vice inavoué, en le brisant moralement, abattant peu à peu les derniers remparts de son esprit raffiné, pour finir là où on l’attendait, dans les clichés les plus humiliants, summum du grotesque au vu de ses ambitions initiales. Sans humour, mais délicieusement caustique, La vénus à la fourrure est l’œuvre empoisonnée qu’on attendait, alliant la bonne performance d’acteur à l’énergie dévastatrice de son discours.

 

5,5/6


2013
de Roman Polanski
avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric

 

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commentaires

borat8 24/03/2014 18:08

Oui la bande-annonce était déjà assez amusante en soit et je voudrais bien voir ce que va bien nous montrer Emmanuelle Seigner, vraisemblablement plus enjouée que d'habitude. Ce qui confirme encore
une fois qu'elle joue mieux que son emmerdeuse de petite soeur.

princécranoir 23/03/2014 21:09

Caustique en effet, et très drôle même parfois (cette étrange idée de répéter la pièce dans les décor de "la chevauchée fantastique" !)en tous cas jamais ennuyeux malgré son dispositif hyper
minimal (un lieu, une nuit deux acteurs). Le plus troublant restant l'analogie permanente que l'on peut faire entre cette adaptation, la filmo de Polanski et sa vie très mouvementée et très
"romanesque" !

voracinephile 23/03/2014 21:44



J'ai traversé le film avec le sourire aux lèvres devant des rapports de caractères aussi bien définis. Pour les analogies, j'avoue ne pas m'être encombré d'avoir chercher, rien que le fait
d'avoir aborder d'une façon aussi évidente la proximité entre un auteur et son oeuvre, même quand il s'agit d'une adaptation, suffit à convaincre des enjeux personnels derrière le film. Le tout
est en tout cas si bien rodé que malgré le minimalisme risqué de la mise en scène, pas un temps mort, un plaisir total...



borat8 23/03/2014 20:17

J'adore le cinéma de Roman Polanski faisant abstraction de ses moeurs (ce que certains imbéciles ne peuvent pas faire, au même titre qu'un certain Woody Allen) et j'ai hâte de voir ce nouveau cru,
n'ayant pu le voir à sa sortie. Probablement encore ce boycott dans mon multiplex depuis son passage en prison (aucun de ses films n'y est passé alors que ce n'était pas le cas d'Oliver Twist et Le
pianiste).

voracinephile 23/03/2014 21:27



Tu verras, c'est assez jubilatoire, cette intellectualisation de la soumission opposée aux explications par le cliché, les deux fonctionnent, et les dialogues sont du coup assez piquants.
Effectivement, j'ai entendu beaucoup d'indignation à propos aussi de sa nomination aux césars comme meilleur réal... J'ai envie de dire qu'on peut être un salaud et un enfoiré de première, ça
n'empêche pas d'avoir du talent.



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