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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 15:57

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La vie d’Adèle a fait beaucoup parler à Cannes, entre les petits scandales de l’équipe de tournage et la réputation sulfureuse de certaines scènes. En l’état le film est adapté de la bande dessinée Le Blue est une couleur chaude (découverte sur les conseil de Borat, merci encore), dont la fidélité cède finalement place à une issue plus nuancée, moins intense (l’issue était radicale), et nettement plus long. Le principal intérêt du film restant la découverte de l’amouromo dans le cadre de l’adolescence.

L’histoire : Adèle a deux certitudes : elle est une fille, et une fille sort avec des garçons. Mais le jour où elle aperçoit Emma, elle sent que sa vie va changer.

 

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Long de près de 3 heures, il est évident que La vie d’Adèle, déjà rien qu’avec son titre, veut donner dans la tranche de vie généreuse et intense. Au vu du matériau original (essentiellement axé sur les ressentis de chaque personnage, et qui déroulait ses différents thèmes dans une cohérence temporelle suivant l’évolution de leur relation), l’adaptation d’Abdel Kechiche  fait essentiellement des efforts pour l’ancrer dans la modernité (Le Bleu… se déroulait pendant les années 90). Pas de marqueurs temporels, mais une mise en scène dynamique, qui cultive l’aspect cinéma vérité en commençant par l’élocution laborieuse des élèves en cours de français. Le film plante d’office ses intentions en faisant lire à un texte amoureux (de Marivaux) vécu par une femme à un étudiant, en cours de français qui pose déjà des bases de raisonnements philo-romantiques… A partir de là, l’essentiel du film se concentre sur une adaptation littérale et limpide de l’œuvre d’origine, en jouant la spontanéité à tous les points de vue. La peinture de l’adolescence est claire, l’approche honnête et le ressenti sincère. De la prise de conscience non assumée (le cliché du regard des autres toujours ressenti avec une douloureuse acuité) au fantasme nocturne, l’approche respecte en esprit la bande dessinée, et se laisse bien ressentir. Mais c’est bien la distance qui finit par tuer le film. Car après la découverte, les premières sorties et les découvertes réciproques des univers de chacune (parents aisés et esthètes pour Emma (donc tolérants) et beaufs moyenne classe pour Adèle), on sombre dans l’ennui de la vie. Ce qui faisait le souffle et la vitalité de la vie d’Adèle devient plombant, et le refus de la tragédie initialement prévu par la bande dessinée plombe complètement le récit, l’enfermant dans une sorte de « différence de classe » qui culmine avec une scène de rupture gênante (la même que celle de la bande dessinée, qui avait réussi à « suggérer la vie » d’une bien meilleure façon (avec des bulles immobiles, l’éloignement des deux était traité avec bien plus de distance, et surtout sans imposer de longues minutes inutiles). Il est donc assez agaçant de poursuivre la vie d’Adèle jusqu’à son terme et cela parce qu’à l’intensité (initiale du film et constante de la BD) du drame, il impose une sorte de banalité inéluctable dans la tragédie amoureuse, noyant l’intensité dans le quotidien. Une fermentation langoureuse qui au lieu de produire le grand cru promis, termine dans l’amertume. C’est finalement le plus gros point négatif de la vie d’Adèle. La petite polémique sur les scènes de sexe, disons le, quasi pornographique (et après on insulte Von Trier…) qui se disent de l’intensité amoureuse et qui s’étendent en exploitantes complaisantes (le coup des ciseaux, digne d’un south park), les fautes de goût ponctuelles (la galerie d’art filmée au niveau des culs des statues féminines (et j’insiste bien sur le cul)), ce ne sont que des petites scories. Il reste des performances d’actrices, fluctuantes mais globalement bonnes, qui sauvent le film (avec le style précis du captage de détails). Le buzz ayant naturellement assuré son grand succès public (et je ne parle pas de Cannes qui se met à ressembler aux Oscars dans la sacralisation de films simplement potables), il est donc probable que vous voyiez, encore en ce début d’année 2014, des teintures bleues au détour d’une rue ou dans un wagon de métro.

 

3/6


2013
de Abdellatif Kechiche
avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos

 

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commentaires

borat8 30/01/2014 20:56

C'était surtout moins vulgaire, plus romantique.

borat8 29/01/2014 00:47

Oui voilà tu as toute une page montrant Clémentine en train d'évoluer au fil des années, c'est seulement petit à petit qu'on voit sa consommation addictives de cachets. D'ailleurs, sur le coup, je
croyais que ce n'était que quelques mois c'est seulement après que j'ai vu que c'était sur plusieurs années.

voracinephile 30/01/2014 10:22



Ca et les scènes d'amour, qui montraient un peu, mais qui en profitaient aussi pour faire de beaux dessins, beaucoup plus oniriques histoire d'élever un peu le niveau (là où Kechiche filme en
plan large ses actrices en pleine action). La BD avait ces avantages.



alice in oliver 28/01/2014 11:08

oui je pense aussi que le film vaut surtout pour le jeu de ses 2 actrices

alice in oliver 27/01/2014 10:54

tu l'as donc vu... Pour ma part, pas encore vu mais va falloir que je m'y intéresse même si ça sent le film surestimé à plein nez

voracinephile 28/01/2014 00:11



Le film lourdement surestimé, en effet. Après, il convient de reconnaître l'implication des actrices (pas tous les jours qu'on tourne des drames porno aussi explicites), mais l'intérêt est
finalement modeste. Comme me l'avait conseillé Borat, je recommande la lecture de la bande dessinée, excellente.



borat8 26/01/2014 17:37

Oui car au final je pense qu'une fois la relation en place, le film doit vite devenir très chiant. L'auteure de la BD était beaucoup plus cynique. Alors certes le traitement des parents d'Emma n'a
pas l'air très différent, mais les parents d'Adèle ou plutôt Clémentine dans la BD (on se demandera toujours pourquoi ce changement de nom, peut être pour que l'actrice soit en délire schyzophrène)
sont assez amusants. Si le père est complètement contre les homosexuels au point de virer carrément sa fille du foyer familial et de dénigrer Emma quand elle vient pour lire le journal intime de sa
bien-aîmée (la BD commence par la fin avec Emma venant après la mort de Clémentine); la mère est d'abord contre les homosexuels avant de revenir sur sa position voyant le bonheur qu'a eu sa fille
avec elle.

voracinephile 28/01/2014 00:00



C'est effectivement le cas, le film devient vite chiant (car la BD sautait cette scènes communes, elle montrait en une page l'éloignement progressif sur plusieurs mois, plusieurs années...). Je
ne sais pas si cynique conviendrait, synthétique en revanche, c'est probable (car le cynisme a tendance à amoindrir les sentiments pour une réalité plus neutre, alors que la BD les souligne
beaucoup). Je regrette moi aussi les différences. C'est louable d'avoir voulu s'écarter pour tenter quelque chose, mais quand ça tombe à plat de cette manière... Merci de rappeler les caractères
parentaux, c'était effectivement un point important.



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