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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 07:38

http://www.filmsfix.com/wp-content/uploads/2011/01/Le-Festin-Nu-affiche.jpg

 

En 1988, Cronenberg tourne Faux semblants (dead ringers), et semble donner une nouvelle orientation à sa carrière en conservant les obsessions dont il a fait preuve jusqu’à lors. On ne sait plus trop à quoi s’attendre de lui. Et en 1991 débarque Le festin Nu, dont l’absurde contrôlé cite en droite ligne l’œuvre du génial Kafka, et qui nous propulse en plein cœur d’un quotidien absurde aux relents psychologico-hallucinatoires dignes d’un pur chef d’œuvre. Le maître de la chair est de retour, et il a encore des choses à filmer.

L’histoire : Un ancien écrivain devenu aujourd’hui exterminateur de cafards se voit impliquer dans une affaire d’espionnage chapeautée par d’énormes insectes.

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/66/3/festin-nu-haut-3612663fdxcp_1731.jpg?v=1


Avec une intrigue totalement loufoque, Cronenberg annonce bien vite quel sera le goût de son récit : celui de la dérive d’un homme hanté par des hallucinations insectoïdes et qui s’imposera une aventure paranoïaque, qui l’amènera à des conclusions inattendues. Mais les conclusions faites dans un monde absurde ont-elles une quelconque valeur ? Je pense clairement que non, et vois ce film comme un parcours désespéré, la fuite d’un homme qui bouleverse peu à peu son identité par perte de repères logiques, et qui se retrouve pris dans une affaire dont la logique le dépasse totalement. Partant sur des bases sobres (un exterminateur de cafards qui découvre que sa femme lui vole de l’insecticide pour se shooter avec), Cronenberg nous offre un quotidien très coloré, mais dont la lourdeur nous touche immédiatement. Avec un Peter Weller tout simplement superbe (cet homme n’a pas eu la fin de carrière qu’il méritait), ce quotidien est perçu comme assommant, mais il se passe constamment des situations nouvelles, dont l’absurde est clairement rapproché du style de Kafka (son nom est cité dès les 10 premières minutes du film). Constamment, des décalages viennent s’insérer dans le récit (la découverte de l’adultère est vraiment très drôle, avec Peter qui entre et se livre à ses activités quotidiennes pendant que sa femme est au lit avec ses deux amis). Jusqu’à ce qu’un insecte monstrueux apparaisse (magnifiquement animé, saluons la prouesse de l’équipe des effets spéciaux) et donne à  la mission de tuer sa femme. S’ensuit un parcours chaotique, les hallucinations visuelles interférant souvent avec la réalité (l’extra terrestre pratiquant la sexualité ambivalente en plein bar) et contribuant à brouiller les repères du spectateur, qui ne sait vraiment plus dans quoi il a mis les pieds. Car David va très loin dans le changement d’identité de son personnage. Il bouleverse complètement sa sexualité, le faisant devenir homosexuel soit disant à des fins d’espionnage, mais qui n’en sont pas moins très perturbant pour un personnage marié en situation initiale. La sexualité déviante de chaque personnage ne sera jamais vraiment innocente, et servira même de prétexte à Cronenberg pour nous sortir quelques hallucinations incarnées dont il a le secret. Notamment avec une machine à écrire dont le clavier se transformera en orifice vaginal caressé par les doigts de l’écrivain, avant de se transformer en un corps gesticulant sur le sol. Une pléiade de symboles sexuels qui frapperont l’imaginaire du spectateur, et qui rendront la déchéance de l’écrivain plus palpable. Car il y a également un message fort sur l’écrivain, sur ses écrits et son inspiration. Alors qu’il est en pleine dérive dans le réel, le héros découvre que les rapports qu’il envoie sont de purs condensés de littérature, susceptibles d’être publiés facilement chez n’importe quel éditeur. Innovant constamment, passant par de multiples voies détournées, notre personnage sera mis en contact avec une foule de personnes plus ou moins marquantes, et mettra à jour le trafic d’une drogue à base de mille-patte marin du brésil, puis de sperme d’extra terrestre. Difficile à interpréter, l’œuvre peut sembler autiste, voire inutile (car déconnectée d’une logique classique, sans pour autant faire dans le nawak total). Mais le film a-t-il besoin d’être interprété ? Avec des allégories uniques, un numéro d’acteur parfait et des émotions qui passent merveilleusement bien, Le festin nu est un film absurde, poétique et aux ambiances particulièrement mélancoliques, comme peut en témoigner la musique qui imprègne l’ensemble de l’œuvre. Osé, réussi, et assurément indispensable pour les amateurs d’OFNI.

 

5/6

 

1991
de David Cronenberg
avec Peter Weller, Ian Holm

 

http://lh5.ggpht.com/_Q9_MOdrSZ6U/SpzRi6NRl8I/AAAAAAAAEjk/e4QemmH0q_M/fest4.jpg

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Published by voracinephile - dans OFNI (m'as tu vu )
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commentaires

titi70 21/03/2014 17:31

Pardon, je voulais écrire "les differentes visions".

titi70 21/03/2014 17:30

Je l'ai découvert hier et je dois bien avouer que, si je m'attendait à un truc barge, j'était loin du compte. Pour moi, un sacré experience et j'avoue avoir adoré les dofferentes visions du
personnages centrale, en particulier concernant Roy Scheider.

voracinephile 23/03/2014 14:39



Un des plus kafkiens de Cronenberg, une ambiance géniale, content que tu sois tombé sous son charme. Et Roy Scheider en doctoresse nazie, j'avoue que j'ai été pris d'un fou rire jubilatoire. Une
délicieuse torture cérébrale, et un Peter Weller paumé vraiment convaincant (vraiment un acteur que j'apprécie).



varlin 05/10/2011 18:06


Salut James,ça fait un bail...je suis de retour chez toi.

Ce film est en effet très riche,voire hermétique.C'est un peu les délires de William Burroughs sous l'emprise des drogues.
Un ecrivain de la "Beat generation" avec tous ses excès.D'ailleurs impossible de ne pas reconnaitre Jack Kerouac dans le film (l'un des fans de l'écrivain,le brun).
Dans la vraie vie il paraitrait que Burroughs était un sacré barge(il a vraiment tué sa femme d'une balle dans la tête voulant jouer à Guillaume Tell,le con).

Ce film m'a plu mais je reconnais qu'on frôle l'indigestion parfois.Peut-être que d'avoir lu Kerouac m'a aidé.


voracinephile 05/10/2011 20:56



Riche, voire hermétique ! Voilà une expression intéressante, qui semble convenir parfaitement à ce film dont l'absurde sexuel semble parfois impénétrable. Merci beaucoup pour le renseignement, je
ne connaissais pas Burroughs ni Kerouac. Voilà qui importe un peu plus (ou moins, c'est à voir...) de sens à cette oeuvre chaotique de la filmographie de Cronenberg. Pas mon préféré, mais
suffisamment Kafkayen pour m'accrocher.



Ze Ring 04/10/2011 23:32


Je hais ce film.
Cronenberg est mieux quand il ne se prend pas au sérieux...


voracinephile 05/10/2011 10:46



Tranché, comme avis.


Certes, Notre Cronenberg se prend au sérieux (et encore, j'ai toujours un doute là dessus), mais je le trouve loin d'être prétentieux. C'est un nouveau bouleversement de l'identité, et pas
beaucoup plus.



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