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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 14:39

Jew_Jud_Suss.jpg

 

Dès 1938, l’Allemagne nazie relance sa production cinématographique sous la direction de Goebbels, ministre nazi de la culture et de la propagande (et accessoirement cerveau logistique d’Hitler, en l’aidant considérablement à matérialiser et à propager ses idées). Plusieurs productions illustrant (et justifiant) l’idéologie nazie sont donc tournés. Si des films comme Le triomphe de la Liberté tiennent plutôt du documentaire partisan (fonctionnant moins sur l’antisémitisme que sur un patriotisme fort, affirmé et revendiqué), un film comme Le juif Süss met quant à lui les pieds dans le plat et illustre avec froideur l’établissement d’une solution finale et la vision des juifs sous l’angle antisémite, tout en gardant une certaine retenue dans l’acheminement, signe de propagande subtile cherchant à persuader plutôt qu’asséner platement.

L’histoire : au XVIIIème siècle, dans la ville de Stuttgart, le duc de Wurtempberg, désireux de financer de grands travaux dans son intérêt, contacte le juif Süss Oppenheimer afin d’effectuer un emprunt. Ce dernier lui promet de le couvrir d’or à condition de le laisser s’établir en ville, ainsi qu’à d’autres membres de sa communauté.

 

Film propagandiste au premier degré, Le juif Süss cultive néanmoins une certaine sobriété dans sa mise en scène, souhaitant s’affirmer avant tout comme un film plutôt qu’un objet idéologique. Souvent, dans les films récents mettant en scène de la propagande, cette dernière est si caricaturale qu’elle s’auto-détruit (en quelque sorte, il suffit d’avoir un peu d’ironie pour la tourner immédiatement en ridicule). Or ici, ce n’est pas le cas. Si les juifs représentés ici sont naturellement en tenue traditionnelle, ressemblent à des vieillards poussiéreux à l’échine courbée, ils n’ont rien du cabotinage qui fait nos méchants d’aujourd’hui. Les principaux juifs mis en scène (Süss, son secrétaire Lévy, le rabbin Loew) apparaissent comme cupides, séniles et obsédés sexuels, et c’est le sérieux total de l’ensemble du film qui est finalement le plus dérangeant dans l’établissement de l’idéologie. Par la corruption et le prêt usurier, les juifs parviennent donc à s’introduire dans la société, et partant de là, corrompent ce qui les entourent. A commencer par les femmes, qui tombent toutes en pamoison devant les collections de bijoux que la juiverie exhibe à de nombreuses reprises, avant de s’arroger la gestion des péages de la ville en taxant davantage les habitants. Le lien entre les juifs et l’argent semble être le fer de lance du film, permettant aux juifs d’accéder à toutes les institutions visées. A la fois pour exploiter la populace mais aussi pour s’implanter. L’antisémitisme passe ici par la vision d’un peuple juif apatride, qui survit en s’implantant de ville en ville à la recherche d’une terre promise, sans considération pour ceux qui y sont déjà établis, mais soucieux de s’implanter dans le calme, en évitant le soulèvement populaire. Ce dernier aura ici lieu après le suicide de Dorothea, fille du conseiller des états violée par le vil Süss. Guidée par le fiancé de Dorothea, le peuple met à jour une tentative de coup d’état (une armée de mercenaire commandée par Süss). L’instigateur est arrêté, privé du soutien des gens de pouvoir. A lieu alors le procès du Juif Süss, qu’il serait intéressant de comparer à l’ambigu final de M le maudit, qui dénonçait déjà la montée du nazisme en Allemagne à l’époque. Il est troublant de voir les mêmes mécanismes utilisés ici à des fins complètement opposés, Süss cherchant à apitoyer ses concitoyens pour s’épargner une sentence que l’ensemble de la communauté considère comme juste (illustration d’une idéologie complètement assimilée par la population). Plutôt que de montrer une foule haineuse, Goebbels insiste pendant le tournage pour que les figurants restent relativement calmes durant les scènes à gros moyens, donnant ainsi à l’épuration juive un côté lucide et logique, la population ne réagissant pas sur le coup de la haine. L’exécution du juif Süss, pendu en place publique devant une foule grave, se déroule dans un silence palpable, chacun semblant conscient de la gravité de la situation, mais convaincu de se résoudre ici à un mal nécessaire. S’achevant avec la promulgation d’un édit renvoyant les juifs hors de la ville, le film enfonce le dernier clou idéologique, achevant sa vision antisémite avec une conviction absolue. Le juif Süss est connu pour être le film antisémite le plus "abouti" produit pendant le 3ème Reich, et bénéficia d’un certain succès à sa sortie, essentiellement en Allemagne. En France, ce fût moins le cas, le film raflant un peu plus d’une centaine de millier d’entrées, suscitant diverses réactions comme des manifestations contre l’idéologie du film ou quelques violences antisémites à la suite des projections. Pendant l’après guerre, le film est interdit en Europe, et s’exile finalement au moyen orient, où il est utilisé dans le cadre d’une propagande anti-sioniste. Le réalisateur allemand Viet Harlan, qui avait contribué à l’élaboration du script et à l’entière réalisation du film (sous la direction très présente de Goebbels) passe devant un tribunal de dénazification en 1948, où il se justifie en déclarant que les nazis contrôlaient son travail. Il sera finalement lavé de tout soupçon et recommencera à tourner en 1950.

 

1940

de Viet Harlan

 

En cherchant des images du films sur internet, je ne peux m'empêcher de mettre en lien un blog partisan du film, car bon, pas de raisons qu'il n'y ait que ses détracteurs qui parlent. On rappellera juste que chacun est responsable de ce qu'il publie sur le net...

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commentaires

Vince12 20/04/2014 15:45

Oui Inthemood m'en avait parlé mais je suis méfiant vis à vis du site.

Vince12 20/04/2014 09:00

Salut James, pour le Juif Suss de Naveton, je pense que c'est finalement Oliver qui s'en chargera, tu comprend bien qu'on ne peut pas confier cette critique à quelqu'un qui a déjà chroniquer
l'Antisémite de Dieudonné ;)
Plus sérieusement j'avoue que je ne sais pas trop par quel bout le prendre, le film aurait pu être intéressant si comme dans le cas de Naissance d'une Nation il avait quelque chose à côté mais au
final... je me réserve plutôt le Titanic de 1943 que tu m'avais passé.
Sinon anecdote intéressante par rapport à ce film. Le réalisateur Veit Harlan a eu un neveu et une nièce. Jan et Christianne Harlan qui sont tous deux respectivement devenus le beau frère (et
producteur exécutif) et la femme de Stanley Kubrick qui était originaire d'une famille de confession juive. J'ai trouvé ça sympa ! D'ailleurs si ça t'intéresse j'ai chroniqué un documentaire
"Kubrick & the illuminati" sur Naveton et qui évoque cette anecdote. c'est un court documentaire qui je pense pourrait t’intéresser même si tu n'es pas fan du gaillard.

voracinephile 20/04/2014 14:53



Dis plutôt que Valls a fait pression sur le site ! C'est mal d'encourager l'émergence du 5ème Reich ! Concernant Titanic, il y a effectivement plus de matière à exploiter (le message sur le
capitalisme notamment), faut juste préciser que le mauvais goût consiste à avoir mis plein de juifs dans le rôle des créanciers et un aryen pure souche dans le rôle du héros...


Merci pour l'anecdote, j'irai voir cela dès que je rentrerai à Montpellier.


Sinon, j'ai une info à propos d'ingression : il est possible de contribuer au financement du film ! Mais il faut faire vite car je crois que le site sera fermé demain. Je vais contribuer dans
l'aprem : https://www.indiegogo.com/projects/ingression#home



princécranoir 30/09/2013 19:43

Merci pour la citation du "titanic". Ceci dit, avec "le juif Süss" on touche du doigt la pure propagande raciale. J'avoue n'avoir jamais poussé la curiosité jusque là, je me suis contenté du très
beau documentaire sur Leni Riefenstahl "le pouvoir des images" qui décortiquait "le triomphe de la volonté" et "les dieux du stade". "le juif Süss" doit évidemment être mis en perspective avec
d'autres documents d'époque, notamment à travers le très intéressant documentaire sur Vichy réalisé par Chabrol.

voracinephile 01/10/2013 08:14



Prince a eu le Titanic et Zoga le Triomphe, histoire de rester dans la course, j'aurai de mon côté vu Süss. J'avoue que ce film propagandiste m'intéresse depuis la 3ème, et que je n'avais jamais
eu l'opportunité jusqu'à maintenant de voir l'objet en question. Merci pour la mention du documentaire de Chabrol, je chercherai de mon côté à le voir. Ce visionnage était surtout l'occasion de
décortiquer cette mise en image de l'idéologie, qui est toujours montrée comme "déjà assimilée" par la population.



borat8 28/09/2013 23:11

C'est un film de propagande, témoin d'une époque à part entière et ne peut être vu sans arrière pensée.

voracinephile 01/10/2013 08:05



Certes.



borat8 28/09/2013 13:40

Après il est légitime d'en parler mais perso je ne pourrais en faire une critique. C'est beaucoup trop partisan et j'aurais peur de m'égarer. Pour le lien je n'ai pas été voir car ton écrito est
suffisamment éloquent pour ne pas y aller. Sans compter que je ne vois pas le rapport entre un film nazi (pour ne pas dire allemand) anti-juif et le lobby juif américain. Encore de la récupération
politique qui plus est d'extrême droite.

voracinephile 28/09/2013 15:20



En faire une critique est évidemment... risqué, car le film n'est plus vu seulement comme un film, et que le sujet est prompt à enflammer. Maintenant, pas vraiment de craintes à avoir, pour peu
qu'on ait un minimum de sens critique, on voit vite où ça coince. Reste qu'il est intéressant de se confronter à d'authentiques objets de progagnades, qui sont au moins réalisés avec "soin", par
véritable soucis de convaincre.


Pas de soucis pour le site en lien, ce n'est effectivement pas la peine d'y aller. C'est plus du néo nzisme qui se donne un air rebelle de révolutionnaire qu'autre chose. Reste qu'en tant
qu'objet de manipulation, l'analyse du film a son intérêt (car si l'épouvantail nazi n'est plus vraiment d'actualité (bien que toujours brandi par certains), la manipulation des masses reste
toujours d'actualité (quoique les codes ont changés, vu la large diffusion des informations, on est plutôt dans une logique de martèlement d'une "note de fond" en marginalisant les idées
alternatives).



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