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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 13:37

http://www.unificationfrance.com/IMG/jpg/le_livre_d_eli_affiche_the_book_of_eli_poster_1.jpg

 

 

Le livre d’Eli est un film sorti en 2010 qui à peine fait quelques vagues, vite rabaissé par certaines critiques qui n’y voyait qu’un banal actionner parsemé de paroles bibliques repompées à un matrix. Il a fallu attendre la sortie DVD pour que son statut commence à changer, et que certains y voient un des projets qui fasse revivre mad max en y apportant une dimension religieuse des plus intéressantes, sans être particulièrement engagé en terme de culture. Un western qui considère la religion comme un savoir plutôt qu’une entité culturelle. Revenons donc sur le jugement hâtif qu’on avait pu faire lors de sa sortie.

L’histoire : Eli, un homme parcourant des terres désolées d’Amérique vers l’Ouest transporte avec lui le dernier exemplaire disponible de la sainte Bible. Ce chargement attire la convoitise du tenancier d’une ville de survivants.

 

http://nivrae.fr/wp-content/uploads/2010/01/le-livre-d-eli-2010-15199-66941743.jpg


Ce qui est vraiment très fin dans ce film, et qu’on ne voit pas forcément sans prendre ses distances, c’est que la religion ne cherche jamais à être outil de conversion. Elle est assimilée à un savoir contenu dans un simple livre qui pourrait accorder un pourvoir relativement grand à son possesseur. C’est d’ailleurs là que réside le projet du tenancier de la ville (Gary Oldman), qui recherche activement des livres religieux afin de pouvoir user de leur pourvoir de persuasion sur les populations qui l’entourent, et ainsi bâtir un empire religieux. Il incarne l’esprit obscurantiste du moyen-âge, qui consistait à faire pression sur les populations en conservant pour lui seul le savoir, et en l’utilisant pour justifier ses propres décisions. Eli, le possesseur du livre s’est en revanche totalement verrouillé aux enseignements du livre, il ne se charge que de sa protection. Ainsi, pendant la majeure partie du film, il représentera une sorte de mad max, un héros solitaire en pleine ville ennemi protégeant farouchement son trésor. Et c’est là que le film se révèle plutôt fin puisqu’il arrive à concilier d’un côté action post apocalyptique et mise en scène métaphysique (à l’aide de plans plutôt lents, d’un cadrage à l’ancienne et d’une bande originale privilégiant largement l’ambiance). Eli, pendant la majeur partie du film, ne cherche jamais à convertir qui que ce soit. Ceux seront toujours les autres qui s’intéresseront à ce savoir qu’il a emmagasiné, et qui reproduiront ses gestes et ses mots, d’abord sans les comprendre, puis en sachant quelles croyances se cachent derrière. Dans ce monde désolé et très violent, le retour à la religion se fait de lui-même au sein des populations survivantes (alors que la religion pourrait être une cause du cataclysme qui a ravagé la planète). Avec des thèmes religieux aussi subtils, le film manie avec un certain  savoir faire les codes du western en les adaptant à un futur proche plutôt réaliste (on ne découvrira aucune autres technologies), et se révèle être un film d’action largement divertissant (qui s’offre en prime le luxe de quelques séquences ambitieuses : le plan séquence de la gun fight dans la maison isolée). Avec une fin qui surprend la première fois (mais à la seconde vision du film, en faisant attention, on constatera que le film ne se contredit jamais à ce niveau là), le film conclue assez adroitement sur la notion de savoir, au final exploitable uniquement si l’individu a l’état d’esprit permettant la compréhension des écrits sacrés. Le vrai savoir n’est dès lors accessible qu’à ceux qui sont en mesure de comprendre ces écrits, et pas par ceux qui souhaitaient les exploiter sans en saisir les tenants et les     aboutissants. Le livre d’Eli est en conséquence un western post apocalyptique d’excellente qualité, doublé d’une réflexion sur le savoir et son utilisation en temps de crise. Très bien conclu par un twist à l’ancienne qui viendra simplement souligner la modeste réflexion qu’il s’est autorisé pendant 1h40. Beaucoup plus fréquentable que ce qu’on a laissé entendre.

 

4.5/6

2010
de Albert Hughes, Allen Hughes
avec Denzel Washington, Mila Kunis

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commentaires

Leatherface 02/11/2011 17:39


M'intéresse tiens du coup alors que ça ne me disais rien avec un tel titre pompeux.


voracinephile 02/11/2011 20:10



Vu que tu es fan de cinéma à l'ancienne, le côté Mad max devrait t'étonner. Donne lui sa chance, il vaut mieux que ce qu'on a pu laisser entendre (les frères Huges ne sont pas des génies, mais
leurs films sont plutôt solides).



2flicsamiami 01/11/2011 09:18


Je l'ai revu il y a peu, j'ai été heureux de constaté que j'ai conservé le même enthousiasme débordant pour le résultat. Visuellement magnifique, une bande son à tombé et une Denzel Washington
intensément sobre.
Et puis, comme tu le dis, le faux procès que l'on a fait au film concernant ce coté évangélisation ne tient pas. Bien que je ne soit non croyant, il est évident que les enseignements de la Bible
elle même sont extrêmement positif et pacifiste, et le film retient avant tout cela.


voracinephile 01/11/2011 14:18



Ravi de te voir dans d'aussi bonnes dispositions concernant ce film ! Les frères Hughes ont réussi à créer un univers cohérent, violent, mais aussi puissamment réflexif, et au final très positif
sur les écrits religieux. L'idée de voir la bible repensée par un homme, et réécrite selon sa parole, est aussi très intéressante, puisqu'elle met aussi l'accent sur le ressenti d'un fidèle au
contact de cette écriture, qui va alors redonner sa propre vision du texte sacré. Un fait qui s'est déjà produit avec toutes les traduction manuscrites du moyen âge, où les moines traducteurs
ajoutaient un peu de leur patte au texte qu'ils écrivaient.



Alice In Oliver 31/10/2011 16:08


plus que jamais, les frères Hughes confèrent à ce film de SF une ambiance post apocalyptique. Plutôt réussi ds l'ensemble, le film reposant largement sur les épaules de D. Washington.


voracinephile 31/10/2011 19:36



Bon réflexe que de parler de la bonne prestation de Denzel Washington que je n'ai pas abordé dans mon billet. Vraiment, l'univers qui nous est décrit a tout pour se faire aimer du public (ultra
mad max, les bagnoles en moins). Dommage que son accueil ait été assez froid.



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