Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 18:51

a.jpg

 

Petite incursion dans le cinéma troublant de Polanski (pour mémoire, Rosemary’s baby était bon, La jeune fille et la mort excellent aussi, et le connu Répulsion m’avait ennuyé profondément). C’est aujourd’hui le Locataire qui passe entre les dents de Voracinéphile, sous forme d’une édition collector assez fournie dont un livret qui s’attarde sur le trouble qui imprègne le film et qui lui donne sa flatteuse réputation de chef d’œuvre… Retour sur l’étrange objet de Roman.

L’histoire : un roumain naturalisé français s’installe dans un appartement dont la précédente locatrice s’est suicidée en se jetant par la fenêtre. Il rencontre peu à peu les mêmes personnes que l’ancienne locataire fréquentait, et qui le poussent à adopter les mêmes habitudes…

 

locataire-1976-07-g.jpg

 

Le locataire est une parfaite énigme, dans le sens lynchien du terme, puisque nous n’avons aucune explication du pourquoi du comment, simplement des faits qui s’enchaînent et qui nous aiguillent dans une direction de plus en plus inéluctable. Le locataire s’inscrit pleinement dans la lignée d’un Next door ou d’un Mulholland Drive, dont la fin conclut brillamment sur l’installation d’une boucle perpétuelle qui permet de se repasser le film indéfiniment, ce qui est économique question achat de dvd. Ici, Roman Polanski se met lui-même en scène, donnant à son personnage une carrure chétive et incertaine (voir comment un clochard lui taxe un gros billet sans qu’il s’énerve plus que ça…), qui découvre l’appartement avec une concierge aussi accueillante qu’une porte de prison, avant de rencontrer son futur propriétaire, vieillard radoteur et de plus en plus envahissant au fur et à mesure que le récit prend de l’ampleur. C’est alors que les coïncidences commencent à apparaître, et que le trouble s’installe. En effet, il semble peu à peu évident que notre locataire perd le contrôle de sa vie, subissant ses relations avec les autres plus qu’il ne les crée. On le renvoie constamment à l’image de celle qui l’a précédé, en précisant ses manies. Et l’insistance générale, diffuse, mais régulière, lui fait peu à peu adopter ces manies, comme fumer des gauloises par exemple. Mais en l’écrivant ainsi, j’oriente la perception des lecteurs qui n’auraient pas vu le film. Car si l’ambiance de cet entourage (une variante de Rosemary’s baby) est bien là, le personnage central est lui aussi troublant, surtout quand il opère son virage vers le travestissement. Le récit prend alors une teinte étrange, l’identification à l’ancienne locatrice étant alors poussée à son paroxysme. Et l’augmentation des pressions continuant, nous aurons la scène attendue, le principal choc du film. La particularité du Locataire tient donc non pas à l’illogisme du récit, mais plutôt au bruit de fond qui nous amène dans des directions de plus en plus surréaliste, jusqu’à l’ultime séquence qui annonce enfin la rupture avec la logique, nous ouvrant les portes du fantastique. La théorie du complot ferait probablement l’unanimité si il n’y avait pas ce décalage final vers le fantastique, qui nous ouvre de nouvelles pistes et qui apporte tant à la virtuosité de l’ensemble. Toutefois, ce cru de deux heures m’a par moments fait bailler un peu. D’où ma petite moue quand on utilise le mot chef d’œuvre à son égard. Néanmoins, quand on fait le bilan, un bon film qui exploite intelligemment une banale histoire qui prend des proportions assez inattendues. Reste que je lui préfère les autres films de sa catégorie.

 

4,3/6


1976
de Roman Polanski
avec Roman Polanski, Isabelle Adjani

 

Locataire0_04.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

princécranoir 21/05/2013 20:45

Déçu alors ? Manque un petit coup de tronçonneuse peut-être ? Aurait fallu que Fede Alvarez prête la sienne à Polanski (ça doit se trouver sur kiloutout, ça) histoire de leur trouer leur gueule à
tous ces baveux ! Ah je vous jure !

Pour ma part, ce "locataire" est un grand souvenir, un des films qui m'ont le plus fichu le malaise (le bourdon). Un film symptomatique d'un Polanski perpétuel apatride, trouvant refuge dans sa
ville natale après avoir fui les USA (un vague malentendu avec une fille de 14 ans). Peut-être son film le plus chargé de vécu.

voracinephile 22/05/2013 20:19



Ouais, les jeunes, ils n'ont plus de goûts de nos jours ! La folie pour eux, c'est The Devil Inside ou Rec 3...


En tout cas, j'ai hâte d'en arriver à Répulsion, parce que vu la levée de boucliers pour celui ci, je vais avoir droit à la lapidation publique (du genre, je ne sais même pas si je lui mettrai la
moyenne...). Un film qui sent le vécu, oui... C'est bien. Mais j'ai trouvé ça laborieux par moments...



borat8 21/05/2013 19:03

Bah écoute je vais devoir faire tout comme, vu que mon BR de Pirates ne semble pas marcher, alors que je ne l'ai utilisé qu'une fois. ça me fait chier parce que j'aurais préféré le revoir avant. En
tous cas, je compte au moins faire Pirates et Le pianiste sûr, après vu que j'ai vu Cul de sac, Chinatown et La neuvième porte, je pourrais les aborder en même temps.

Vince12 21/05/2013 18:45

Bon allez je reconnais qu'avec un chien noir aux yeux rouges et quelques démons ça aurait pu être encore mieux

voracinephile 21/05/2013 18:58



C'est ça ! Au moment de sauter par la fenêtre, Polanski habillé en femme se met à tomber dans une spirale de visages et il aterrit dans une salle rouge avec des bras partout et des tentacules qui
le tirent vers un cadavre difforme qui copule avec lui même. Là pour le coup, j'aurais crié au génie !



Vince12 21/05/2013 12:53

D'après les souvenirs que j'en ai, j'aurai tendance à dire comme Oliver, la note me paraît sévère. Serait ce le petit côté anticonformiste de Voracinéphile ? Ou ma foi tout simplement les goûts et
la vision de jamesluctor après tout.

voracinephile 21/05/2013 18:08



La note est sévère par rapport à la norme, effectivement, qui tient en très haute estime ce film. Une injustice quand on voit combien d'autre de ses concurrents sont méconnus (Possession
notamment). Alors qui que pour la performance molle d'Adjani dans ce cru, je plussoie mon 4 ! Insistez et je baisse encore la note ! Sinon, c'est probablement James et ses goûts douteux qui a vu
le film, Voracinéphile est donc innocent de son mauvais goût (magnifique argumentaire schizo).



titi70 21/05/2013 12:14

Pas vu, mème si j'en ai beaucoup entendu parler, en tout cas, content de voir que je ne suis pas le seul à m'ètre emmerdé devant Répulsion.

voracinephile 21/05/2013 18:02



On en parle effectivement beaucoup (trop). Reste un cru notable du cinéaste et un petit OFNI dans son genre. Je plussoie pour Répulsion, je me suis grave emmerdé ! C'est chiant, ça parle, faut
attendre, attendre, attendre. Puis un meurtre enfin, puis on ré-attend, et générique. Gné ? C'est ça le chef d'oeuvre de la psychologie promis ? Bon, je suis hyper méchant, mais ma chronique,
quand je le reverrai, sera iconoclaste...



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche