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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 23:34

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La découverte d’un nouveau cru de Scorcese est toujours excitante, surtout quand il se lance dans le pari délicat de découvrir un univers et d’en révéler totalement les rouages. La bande annonce très tapageuse du Loup de Wall Street annonçait un festival de débauche à la démesure de la bourse, annonçant une couleur proche des teen comédies grasses pour ado basique (ce qui pouvait sérieusement nous faire craindre le pire). Le film est-il si débauché que ce que la bande annonce nous laissait voir ? Ô que oui !

L’histoire : Jordan Belfort, jeune étudiant ayant commencé par le bas de l’échelle à Wall Street, découvre les ficelles du métier de courtier et de trader. Viré par sa banque lors du crash boursier de 87, il se lance dans la vente d’action de sociétés douteuses et finit par monter sa propre compagnie boursière…

 

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Il y a quelque chose d’assez jubilatoire dans Le loup de Wall Street. Si le ton de la comédie grasse revient assez souvent (pas forcément pour le meilleur), la success story de Jordan Belfort est animée d’une énergie à l’image de son protagoniste principal. On se retrouve dans un rythme proche de celui d’un Casino, ce genre de rythme qui vous bouffe 3 heures de votre temps sans que vous ne l’ayez senti passé. Le dynamisme de la narration et l’évolution constante de l’histoire en font un film fleuve, et c’est probablement ce qui a entraîné le vent de bienveillance (quelques tops de fin d’année se sont vite emparés de ce pain béni en lui laissant des places de choix). Le trash sexuel provoc, le mauvais goût démesuré, le portrait vitriolé du rêve américain… Avouez qu’il y a de quoi tourner la tête ! Et le loup de wall street veut nous la faire tourner. Cernant beaucoup d’enjeux, parvenant à condenser les détails techniques en des explications brutes (la bourse, c’est du vent, on récupère l’argent des clients, on le gonfle sur le papier, mais le véritable fric sort dans nos commissions pour payer notre train de vie), Le Loup de Wall Street adopte le visage d’une fresque grandiose. Et il n’a pas tort sur beaucoup de points. Notamment sur l’incompétence des masses et leur fascination pour le « rêve américain » (la conclusion virtuose montre avec justesse un des moteurs de la bourse). En fait, il serait assez amusant de comparer le Loup de Wall Street et 99 francs, l’un étant centré sur un sujet américain par excellence. Ces deux films sont des œuvres explorant totalement un univers, sous l’angle d’un cynisme abyssal. Le second point commun est d’ailleurs Jean Dujardin, qui vient cachetonner chez Scorcese dans le rôle d’un banquier suisse véreux comme une pomme à cidre, dont les interventions se révèleront toutes jubilatoires (les insultes que Di Caprio et Dujardin s’échangent sont merveilleuses). Et au cours de plusieurs séquences, Scorcese retrouve la virtuosité dont il était capable, pour le meilleur. Je pense à la séquence où tout part en casserole, avec Di Caprio tentant de rentrer chez lui sous stupéfiants pendant que son associé balance tout par téléphone. Le genre de scène d’une noirceur abyssale, un véritable moment de cinéma. Pour cette pêche constante et ces moments de génie, Le loup de wall street est un film à voir. Toutefois, inutile de s’attendre à de grandes révélations. Le discours sur la bourse est connu d’avance (à son époque, Wall Street d’Oliver Stone était bien plus audacieux, et à la notre, Margin Call est une interprétation extrêmement fidèle à la logique bancaire et à la véritable crise ayant eu lieu), et si quelques ficelles techniques sont dévoilées ça et là, l’essentiel du film se focalisera plus sur la débauche constante de nos principaux personnages, quitte à prendre parfois des allures d’American Pie (je pense aux « nains »). Des situations pas toujours inspirées qui jouent le gag un peu relou ou what the fuck (le vice président de Jordan, quand il avale un poisson rouge ou se masturbe devant les femmes sexy), avec la défonce pour prétexte, où on ne se sentirait pas loin d’un very bad trip… Si le film se jette à fond dans le cynisme pour son portrait de Wall Street, il délaisse aussi beaucoup de détails techniques primordiaux (on zappe les mathématiciens si chers à la Bourse pour leurs calculs servant de base aux spéculations et aux prédictions pour ne retenir que la « navigation à vue ») pour n’en conserver que le cynisme (et sans doute jouer aussi sur la haine de l’opinion publique pour les traders). Mais bon, comment ne pas avoir de la haine pour ces gens là ? (ils collaborent tous et sont au courant de leurs agissements, mais c’est pour leur part du rêve américain). Les séquences où les courtiers miment des sodomies alors qu’ils vendent des actions ont incontestablement quelque de jubilatoire, dans cette obscénité absurde qui fait la marque du loup de wall street, mais carrément too much pour parler sérieusement de la bourse. C’est peut être la vulgarité de son parti pris qui nuit un peu au prestige du Loup, alourdissant parfois plus que de raison ses digressions, mais ayant épargné la narration et les principaux rebondissements qui font l’essentiel du film. Un peu racoleur, mais volontiers virtuose, Le loup de Wall Street illustre la classique ascension/déchéance d’un magnat de la bourse, sous un angle manichéen, pas forcément déplaisant. Un cru très sympathique.

 

4,6/6


2013
de Martin Scorsese
avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill

 

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commentaires

borat8 12/01/2014 23:10

Bah là c'est la crise et on voit que depuis 99 cela n'a pas changé, c'est même toujours aussi vomitif. C'est aussi ça le constat montré: en prenant l'exemple sur un des traders les plus excessifs
de ces dernières années, il montre le portrait de tout un milieu avec des poches bien pleines mais dont rien ne sort jamais en dehors de leur profit. C'est bel et bien une vérité qu'on le veuille
ou non et la crise est le fruit de ce que des gens comme Belford ont usé jusqu'au rabord. Cela me fait penser à la fille d'un de ses collaborateurs qui disait que ce film était un mauvais exemple,
à l'image des critiques US voyant en ce film un film trop trash, trop excessif, trop sexuée. C'est bien de critiquer mais encore faudrait-il se regarder dans le miroir. Dire ça est d'une hypocrisie
monumentale. Ces mêmes critiques sont en train de se gaver de cocktails à la cérémonie des Golden Globes, si ça ce n'est pas clinquant ou excessif.

princécranoir 12/01/2014 14:31

Bien vu James ! Ton texte est pile poil au diapason de ce très grand film de fin d'année. Efficace, jouissif, pertinent, un brin de vulgarité assumée, que du bon. J'ai même du mal à saisir pourquoi
ces réserves au final (reprend donc un cacheton, tu verras, ça va t'aider). Les rapprochements avec le Stone et le Kounen sont en effet légitimes, même si, personnellement, je place le lyrisme
génial de Scorsese bien des étages au-dessus du cartoonisme kounenien et des exposés au balai bien enfoncé dans l'orifice anal d'Oliver. Passons. Sur la question du simplisme financier, j'applaudis
des deux mains cette façon qu'a le réalisateur d'aller à l'essentiel, à savoir montrer le parcours de Jordan Belfort, qui n'est autre qu'un ramasse-miettes de la grande finance qui se goinfre dans
son coin, et le mettre au pilori avec un sens absolu du burlesque. Plus qu'un film sur la finance, comme je l'ai écrit, c'est pour moi un grand film sur l'addiction à l'argent et ses effets sur un
beauf sorti d'une bouche de métro avec un appétit de lion (de Belfort... suis-je le premier à la faire celle-ci ?). Il y a en sus dans ce film une forme d'auto-dérision (comment ne pas penser à
Scorsese lui-même pétant les plombs à la fin des seventies) jusque dans la présence à la fin du vrai Jordan Belfort en animateur télé qui dit à son public tout de même : "je vous demande
d'applaudir ce connard de Jordan Belfort !" (sic!) Moi je dis que quand c'est bon comme ça, faut pas bouder son plaisir.

voracinephile 16/01/2014 12:09



^^ J'avais aperçu aussi ce cru dans ton top, et du coup, je m'en mordais les doigts. La découverte à tête reposée m'a permi d'apprécier gentiment ce cru, qui a pour première qualité de voir les
acteurs s'éclater à jouer des enfoirés notoires.


Pour les réserves en revanche, le cacheton risque de virer very bad trip justement... Désolé, mais les scories de comédie américaine vulgaires dans un grand film, ça m'agace un peu (on dilue le
propos avec un peu de merde et le tout est sensé passer quand même ?). C'est la raison pour laquelle j'ai acquiescé de façon hystérique à la chronique de Vince sur Naveton, qui a bien cerné les
failles du film (malgré une intro sur le mot fuck très lourde).


Pour la comparaison avec 99 francs, je penche plutôt vers Kounen justement. Le milieu m'était inconnu quand je l'ai découvert (ce qui n'était pas le cas du Loup, qui arrive un peu tard), et la
persévérance constante de Kounen à tester des nouveaux trucs m'avait subjugué (la double fin, la pub en bad trip...). C'était davantage trash que bassement comique gras. Reste que Scorcese
délivre des moments d'une belle intensité.


Un film sur l'addiction à l'argent, c'est en effet indéniable. Ca vient étoffer le personnage dans sa vie privée (puisque question ficelles de la bourse, tout est géré comme une phénoménale
arnaque). En revanche, bien vu pour l'animateur télé (tu as regardé le générique jusqu'au bout ? ^^), c'est effectivement à rajouter au capital sympathie du film.



Vince12 10/01/2014 20:45

Bon je ne vais pas m'étaler pour ma part ma chro du film sur naveton demain.

voracinephile 12/01/2014 22:08



énorme ! je vais lire cela !


 



2flicsamiami 10/01/2014 16:00

Exposé comme cela, Le Loup De Wall Street se révèle, effectivement, assez vulgaire. Cela me retient un peu de le découvrir.

voracinephile 12/01/2014 22:08



Ca reste un film assez impoli dans son genre, qui use de cynisme avec beaucoup de férocité. Cette vulgarité m'a parfois un peu gâché le plaisir (il y a des scènes inutiles qui font vraiment
comédie grasse), mais globalement, le cru reste respectable.



borat8 09/01/2014 15:52

Perso je préfère ce film à Wall Street, car Marty prouve que ceci n'a pas changé et pire que les traders prennent exemple sur Gecko qui est d'ailleurs cité dans le film. Un feu d'artifice
hystérique où le casting claque, les abricots donnent envie d'être goûté, le fric claque et le spectateur rigole autant qu'il ne grince les dents.

voracinephile 12/01/2014 22:06



Ca, pour rire jaune et grincer des dents, le film fait très fort. Le cynisme a une belle énergie quand il est distribué avec autant de générosité ! Wall Street, à l'époque, avait justement
matière à montrer les vices du système (et en prime, le crash de 1984 était encore frais dans les esprits). Mais celui de 2009 a quand même eu lieu. Maintenant, on est complètement au courant,
mais ça ne change plus grand chose, les responsables sont toujours là, et les gouvernements ont endossés la dette pour nous la faire payer. Pour le coup, le déjeuner avec le McConaughey sous coke
est féroce, il enlève tous les artifices pour bien cerner le trajet de l'argent dans la chaîne de spéculation... Dommage que le film n'ait pas parlé de la Titrisation, mais bon, Inside Job s'en
est chargé ^^



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