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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 06:27

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Clive Barker a des thèmes fétiches, un peu comme Lovecraft. Il caresse notamment l’idée de mondes souterrains, de vérités cachées derrières les apparences, d’entités supérieures et de prédestination. Des thèmes riches qui font souvent l’ampleur de ce qu’il décrit, et qui permettent de faire de l’original en partant de la façade du quotidien (Midnight meat train). Dans Lord of Illusions, on n’a donc pas affaire à un monde parallèle de souffrances et de plaisir (Hellraiser), mais un monde magique situé en dessous du notre, où le Pouvoir est maître. Clive part donc dans un trip jamais vu, donnant au monde de la magie des consonnances plus noires que d’habitude. Une œuvre fantastique tout simplement indispensable.

L’histoire : Au cours d’un rituel païen, Swan, un jeune magicien, parvient à neutraliser le Puritain, une sorte de prophète maléfique pactisant avec les forces du monde d’en dessous. Des années plus tard, Damour, un détective engagé dans une affaire de filature, découvre un des anciens membres de la secte à l’agonie, et se lance dans une enquête personnelle sur l’affaire.

 

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Si Clive ne renouvelle pas tant que ça ses thèmes (un monde au-delà du notre, le quotidien qui est une illusion, des puissances malfaisantes…), il les adapte au monde de la magie avec un brio épatant. C’est bien simple : on a rarement vu aussi inspiré depuis… Hellraiser. En utilisant le monde de l’illusion et du spectacle pour lancer une intrigue dealant avec de vrais pouvoirs, il fallait avoir l’idée et le talent de Clive, qui s’attèle vraiment à façonner une histoire qui tourne parfaitement. Dès l’introduction costaude (un enlèvement, un sacrifice en prévision, une secte menaçante et un babouin vraiment impressionnant), on sent qu’on a affaire à un spectacle qui va non seulement faire plaisir, mais aussi qui va donner dans le fantastique sérieux, qui n’est pas sans arrière pensée. Partant du principe que beaucoup de choses sont des illusions (la vision de l’humanité est particulièrement dégradante, même si les effets spéciaux ont mal vieilli), le script enchaîne sur les pistes sympathiques (la mort est une illusion) et les design torturés (la prison de Nix, le repaire de la secte…), tout en restant fermement inscrit dans le climat de son époque : les années 90. Notre héros est un homme mûr, branché paranormal, qui a tout du héros charismatique. Intelligent, gentiment malpoli devant ces illusionnistes qui le font bien marrer, et toujours prompt à sortir une réplique qui tue, et qui est quasi tout le temps de bon goût. Sa sympathie est totalement assurée de long en large (quelque chose de capital pour un film pareil), et sa compagne (Famke Janssen) est tout simplement magnifique. Swan, le magicien blanc du film, possède un caractère assez compréhensible vis-à-vis de la magie (il est le seul de sa profession à utiliser des pouvoirs et non des astuces), et sa relation avec le fantastique fait plaisir à voir (car respectant vraiment les pouvoirs qu’il manipule). Si l’enquête de Damour connaît parfois quelques longueurs (l’interrogatoire de Jennifer, pas très utile, mais un poil stressant), l’histoire se tient bien, et comporte largement son lot de rebondissements pour nous plonger intégralement dans ses méandres et nous faire accepter ses règles. Car au niveau des règles, Clive se révèle assez permissif, ce qui permet de voir un homme de main particulièrement retord, adepte du scalpel et suivi d’un gorille qui ressuscite à chaque tentative de neutralisation. Sans grandes limites, le film culmine jusqu’à un final assez poussé dans le fantastique (nouvel affrontement entre le bien et le mal, préparation de l’anéantissement du monde…). Clive aime les effets spéciaux et se révèle comme toujours généreux avec son public, en optant parfois pour des designs qui déchirent (le sortilège des serpents de feu). Malheureusement, ce sont les effets spéciaux qui trahissent le plus Barker après ces années. En effet, le numérique des années 90, c’était pas encore ça, aussi, la métamorphose en pliage de papier et la chute du grand méchant ont particulièrement mal vieilli, passant pour de pauvres incrustations sans grande saveur. Mais si c’est dommage, le spectacle n’en sera nullement gâché, le rythme et la sympathie du casting emportant largement le morceau. Un script original, un casting à la hauteur et une série B généreuse. Que demander d’autre ?

 

5/6

 

de Clive Barker
avec Famke Janssen, Scott Bakula

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commentaires

Leatherface 30/07/2011 01:00


A voir en dvd zone 1 car le dvd zone 2 est censuré ! Pour ma part, je possède le film en Laserdisc Pal qui lui a échappé à la censure.


voracinephile 01/08/2011 20:33



Ah... Je l'ai vu en version censurée alors. Un gore un peu timide, mais avec quand même de beaux restes. N'empêche que je me mords les doigts de savoir ce qui passe à la trappe après la censure.



2flicsamiami 29/07/2011 19:21


Vu il y a pas mal de temps et je me souviens que s'était vraiment sympa (la malediction inaugurale est vraiment excellente) et puis Scott Bakula est un des acteurs que l'on utilise que trop peu
alors qu'il est top (Code Quantum for ever :) ).


voracinephile 01/08/2011 20:31



Oui, une belle introduction, dynamisée par un ton vraiment frais sur le monde de la magie. Heureux que le travail de Clive ait été à la hauteur de tes attentes.



Alice In Oliver 29/07/2011 09:30


pas vu, mais je connais juste ce film de réputation: donc, un de plus à rajouter à ma longue liste de films à regarder


voracinephile 29/07/2011 09:50



Franchement, c'est un moment super agréable. Quelle douce sensation de se mettre entre les mains d'un réalisateur de talent qui nous emmène là où il veut, et qui vous fait apprécier l'intégralité
du voyage.



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