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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 07:13

ruban-blanc-film.jpg

 

Haneke est un savant réalisateur de cinéma. Il conserve toujours une approche de film d’auteur dans ses œuvres (narration lente, aucune action divertissante, facture technique ultra soignée…). Mais à l’inverse d’un Lars Von Trier qui aime provoquer son public (leurs styles peuvent néanmoins être fortement rapprochés), Haneke reste froid et lucide, assénant ses arguments avec la force d’un pédagogue armé d’une masse qui défonce des pans entiers d’apparences et de préjugés dans nos têtes. Avec le Ruban blanc, on a pas mal rapporté qu’il s’attelait à discuter de l’émergence de l’Allemagne nazie. Si les faits décrits comportent en effet des analogies, le coup porté est bien plus inquisiteur au niveau générationnel, châtiant aussi bien les parents que leur progéniture malade. Deux heures et quart d’un noir et blanc en pleine désillusion, ça marque durablement…

L’histoire : Dans un village du nord de l’Allemagne, on suit la vie des habitants tous employés par le Baron. Mais des évènements bizarres viennent perturber la vie en communauté…

 

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Michael Haneke dresse un portrait effroyablement réaliste de la société des années 30, entièrement tourné vers la hiérarchie paternelle et un sens de la famille qui passe avant toute autre chose. Premièrement, le film d’Haneke est assez complexe. En effet, on est amené à suivre différents personnages en profondeur pendant tout le film, ce qui risque de plonger dans la confusion les spectateurs les plus distraits. Ce film dure deux heures et quart, et nécessite une attention constante pour être parfaitement assimilé. Mais une fois que la façade du vieux film en noir et blanc est tombée… Quel abîme ! On tombe régulièrement des nues tant le propos, derrière son réalisme intraitable, frappe sèchement le spectateur. Le premier évènement prend la forme d’un câble sciemment tendu sur le passage du docteur qui allait à cheval. L’homme partira à l’hôpital tandis que le câble disparaîtra mystérieusement. Puis viendra le bizutage d’un des enfants du baron, effectué dans des conditions tout aussi mystérieuses. La grange du village prendra feu d’une façon incompréhensible, et l’enfant handicapé du village sera lui aussi battu de la pire des façons. Ces évènements plongent la communauté dans le trouble, et nous permettent d’y voir clair dans chaque génération, le modèle se répétant souvent. Le paternel fait figure d’élite et d’autorité, et dicte sans discussion sa volonté à son entourage. La jeune génération n’a aucun moyen de se rebeller, et doit se contenter de prendre sur elle. Peu à peu, elle canalise sa frustration sur différents objectifs, qui nuisent de plus en plus à autrui. Ce film, c’est bel et bien une des illustrations les plus subversives sur l’enfance pervertie que j’ai pu voir. Car d’un réalisme saisissant, le film développe leur violence avec une précision millimétrée. Leur progression est totalement logique, d’abord signe de frustration, puis d’intolérance et de pure méchanceté (le gosse handicapé dont les cris se révèleront rapidement insupportables). Mais si cette jeune génération, beau terreau pour le nazisme, est clairement dénoncée (la manière insidieuse dont ils apparaissent à chaque évènement force peu à peu la main au spectateur), la faute est clairement répartie aussi sur les parents.

 

Il suffit de voir le dialogue entre le révérend et l’instituteur en fin de film, qui refuse catégoriquement de comprendre la situation. Cette ancienne génération est prête à s’enfermer dans un souvenir obsolète plutôt que de se retrouver en face de son propre échec, incapable de remettre en cause leur éducation et l’honneur de la Famille. Car si la jeune génération fait preuve d’envie, de cruauté et de mensonge (le vol du sifflet), elle a été à bonne école dans le village. Les paysans s’écrasent ferme devant le baron, et écrasent ferme leurs enfants avec, alors que ces derniers rêvent assurément de mieux. Le couple du baron bat totalement de l’aile, ne tenant plus que par devoir moral. Quant au médecin, infiniment pire que celui de La vie est un long fleuve tranquille, il se satisfait de son infirmière qu’il méprise de la pire des façons, avant de se tourner vers sa propre fille. La découverte de l’inceste par le frère de 5 ans de cette dernière reste une des scènes les plus dérangeantes du film, et annonce déjà les odieuses représailles sur l’handicapé auquel le docteur est particulièrement attaché. Le révérend rabaisse de son côté sans arrêt ses enfants, leur faisant ressentir un sentiment de honte constant (le dialogue lourdement révélateur sur la masturbation). La pomme était pourrie bien avant que le vers ne se développe dans ses pépins. Dans cette société ultra rigide et codifiée par une élite en décalage total avec la génération qu’il tente d’éduquer, Haneke montre comme modèle son instituteur, un homme seul et sans enfant, qui s’attache peu à peu à une nurse venue garder les jumeaux du domaine. Mais leur relation se verra à nouveau réduite par la hiérarchie familiale, imposant sa volonté sans jamais tenir compte de l’opinion des plus jeunes qu’eux (les mères se révèlent toutes soumises à leur maris, à l’exception de la baronne, la seule à balancer des vérités qui font vraiment mal à la face de son époux, uniquement préoccupé par l’amant de sa femme). Haneke ouvrait son film par un fondu venant du noir, il conclut avec le même procédé, dans un plan final où tout le final se réunit à l’église, et où les enfants chantent en cœur pendant que la communauté demeure uniformément unie. Une image qui devrait rester gravée pendant longtemps dans nos esprits.

 

5,5/6

 

de Michael Haneke
avec Christian Friedel, Ernst Jacobi

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commentaires

2flicsamiami 25/07/2011 10:00


"La pomme était pourrie bien avant que le vers ne se développe dans ses pépins" : magnifique phrase ! Je n'ai pas vu ce film mais il à l'air très très intéressant.


voracinephile 25/07/2011 11:06



Je ne crois pas l'avoir inventée, mais elle est ici tout à fait appropriée pour qualifier la situation ^^. Excellent cru de Michael Haneke qui n'a pas volé la palme d'Or ! Un drame puissant.



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