Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 16:56

Le_Syndrome_de_Stendhal.jpg

 

Le syndrome de Stendhal est un des films qui commence à infléchir les louanges que l’on a toujours témoigné à Dario Argento. Arrivant après un Trauma mitigé, ce syndrome témoigne de réelles ambitions d’innovation de style, à la fois dans l’esthétique mais aussi dans les codes du suspense. Et finalement malgré un gros point négatif, le film parvient à emporter l’adhésion.

L’histoire : une jeune inspectrice sujette au syndrome de stendhal se lance sur la piste d’un serial killer terrorisant Rome.

 

syndrome-de-stendhal-04-g.jpg

 

Sacré revers de la part de Dario, puisqu’on évacue complètement l’esthétique flamboyante qui a fait le succès du maître pour privilégier les décors froids (appartement ou bureau), vides (musées), ou glauques (le squat, la ruelle). Après la fantasmagorie, le réalisme glacial et une focalisation beaucoup plus torturée sur la psychologie de ses personnages. Jusqu’à maintenant, le cinéma de Dario ne complexifiait pas ses protagonistes principaux (qui avaient souvent un caractère ingénu quand ils étaient féminins), mais les faisait évoluer dans un monde changeant, fantasmé (Ténèbres est le seul qui annonce la nouvelle vague argentesque, en prenant à contrepied toutes ces règles). Ici, les fantasmes viennent du personnage même, par l’intermédiaire de crises d’angoisse pendant lesquelles les peintures semblent s’animer, occasionnant quelques hallucinations (incongrue dans le cas du poisson à visage humain, angoissant pendant la période de séquestration). Dario vise les maladies mentales, en raffinant celle de sa protagoniste, et en restant sommaire pour celle de son psychopathe. Le véritable point fort de cette intrigue, c’est qu’on identifie clairement le coupable dès sa première apparition, et le film ayant conscience de sa posture, il entame encore plus vite les hostilités en mettant dès les 20 premières minutes son héroïne à la merci de sa supposée proie. Finie, l’enquête pépère à la Maigret qui plomberont Card player et Le sang des innocents, on est dans la confrontation et quelques truculences gore pas toujours très belles quand Dario expérimente (le très laid plan numérique de balle traversant une mâchoire). Passé ces scories, la violence est sale et un certain jusqu’auboutisme permet clairement au film de trouver une intensité qui a largement de quoi tenir en haleine. En cela, la première heure du film est une réussite, l’intrigue est resserrée, proche de ses protagonistes et suffisamment original pour continuer à apprécier le style du maître. Malheureusement, une fois la trame principale achevée (vers 1h10), le film dure encore pendant… 40 minutes. Ouch. Et là, le vide commence à se faire sentir. En comparaison de la hargne qui habitait la première partie du film, cette seconde moitié traîne la patte. Le film s’appuie alors totalement sur Asia Argento, et malheureusement, son jeu ne se révèle pas toujours à la hauteur (délicat de transformer une victime psychotique en prédatrice féérique). Car c’est pendant cette phase que le film tente une métamorphose, qu’on n’attendait pas, mais qui rate un peu le coche en rallongeant bien trop la sauce. Bien dommage au vu de l’idée, mais le handicap est là. Néanmoins, malgré cette déconvenue, le sentiment global est bon, et Dario ne s’est clairement pas laissé aller à la facilité, en soignant toujours sa mise en scène (l’art de blesser son héroïne dès l’introduction, à la fois physiquement et psychologiquement) et en aimant ses protagonistes (si les motivations du psychopathe restent sommaires, sa mise en scène est jouissive d’efficacité). Malgré les failles qui apparaissent dans ses fondations, l’édifice est encore assez imposant pour justifier la visite, et laisser les tableaux du maître prendre vie.

 

4,5/6

 


1996
de Dario Argento
avec Asia Argento, Thomas Kretschmann

 

syndrome-de-stendhal-02-g.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

hdef 25/04/2014 12:03

"et a une approche davantage tournée vers le réel. " par rapport à quoi ?
Si c'est par rapport à Chihiro je ne suis pas d'accord car tout le film est dans un monde parallèle au réel mais qui lui ressemble bcp (c'est ce qui fait peur). Cf la scène du train.
Si c'est par rapport à Suspiria, pas d'accord non plus, vu que l'héroïne cherche toujours une explication rationnelle à ce qui se passe avant de mettre le doigt sur l'affaire de sorcellerie;
Je te conseille de revoir le tout tout tout tout début de Suspiria, lorsque l'héroïne passe la porte automatique de l'aéroport, ces portes qui s'ouvrent et se ferment presque en même temps, dans
une inquiétante synchronisation, une inhabituelle symétrie. Grâce à la BO et à la tension que Argento instaure dans cette scène, nous comprenons que nous passons dans un autre monde...

Pour Le Syndrome Stendhal, la psychologie est différente, mais elle se met au service d'effets faciles, ce que je déplore.

voracinephile 27/04/2014 11:00



Raahh ! J'abandonne, je voulais juste dire que les personnages principaux sont torturés psychologiquement, ce qui n'est pas le cas des oeuvres que nous citons en exemple (et je voyais la
psychologie essentiellement par cet angle). De là à qualifier l'approche de "facile"...


J'ai en revanche revu Suspiria (et pas que le début, une fois le film lancé, impossible de l'arrêter), et je confirme tout mon amour pour ce cru. Je comprends un peu mieux la scène d'exposition
avec effectivement ce montage sonore étrange qui m'avait toujours interloqué...



hdef 17/04/2014 10:57

"L'émerveillement change complètement l'approche. Je n'aurais pas cité comme exemple Chihiro, tout simplement, car l'aspect "voyage initiatique" dans un monde merveilleux, ça n'a pas la même
optique que des films adultes tentant de dépeindre des déviances ou des traumas." Je ne suis pas sûr que l'émerveillement change l'approche de quoi que ce soit, c'est juste une façon de toucher à
la fois les petits et les grands dans Chihiro et uniquement les grands à cause de la violence (et encore Suspiria ne mérite pas son -16 ans) dans Suspiria.
Je ne comprends pas non plus ta distinction avec les films adultes : pour moi, Chihiro comme Suspiria sont des films parfaitement adultes ! Et dans les deux cas, on a affaire à un monde
merveilleux.
Je ne pense pas que Suspiria soit un film d'horreur

voracinephile 20/04/2014 14:11



Je suis en train de perdre pied dans cette comparaison entre Chihiro et Suspiria (intéressante comparaison d'ailleurs), donc je vais me recentrer sur le syndrome de Stendhal. L'approche de la
psychologie est différente ici, car le film a vocation à avoir des explications (même pour les éventuelles hallucinations de ses personnages). Il donne des faits tangibles pour comprendre ses
personnages et a une approche davantage tournée vers le réel.



hdef 15/04/2014 15:26

" Peux-tu me dire ce qu'il y a de psychologique dans Le voyage de Chihiro ? Personnellement, je ne vois pas, c'est comme dire que Alice au Pays des merveilles est psychologique. " alors là tu me
surprends !!! Ben tout simplement qu'au départ, Chihiro est une gosse comme les autres, capricieuses, et qui va se découvrir des qualités qu'elles ne se connaissait pas et développer une forme
d'"instinct de survie". Elle va aussi s'épanouir affectivement en trouvant l'amour. Voilà ce que j'entends par "psychologique". Ce qui rend un tueur fascinant ? Ben un bon acteur déjà ce serais pas
mal...
Te fatigues pas sur Les Frissons de l'angoisse, je l'ai pas vu ;)

voracinephile 16/04/2014 22:54



Ah, l'apprentissage de la vie, mais dans le rêve... Cesser de faire des caprices et devenir quelqu'un de sociable, avec tout plein d'amis colorés qui sont plus ou moins gentils... La maturité et
le développement, ce sont évidemment des thématiques intellectuelles, mais le contexte propice au rêve place l'intérêt ailleurs. L'émerveillement change complètement l'approche. Je n'aurais pas
cité comme exemple Chihiro, tout simplement, car l'aspect "voyage initiatique" dans un monde merveilleux, ça n'a pas la même optique que des films adultes tentant de dépeindre des déviances ou
des traumas.


 


Et hop, mon argumentation sur Les frissons de l'angoisse est inefficace. J'espère que tu le rattraperas bientôt ^^



hdef 14/04/2014 12:04

à james : désolé pour la lenteur de ma réponse : "Quant à la prestation de Thomas... Je l'ai trouvé à la hauteur (il est impressionnant, couvert de sang et en sueur, le vrai psychopathe qui
tétanise dans l'instant)." vraiment je ne te suis pas ! Dario Argento, en aspergant son protagoniste d'hémoglobine, ne réalise qu'un effet gore gratuit de plus. En ce qui concerne Kretschmann, j'ai
vraiment l'impression que sa palette de jeu est très réduite, et son interprétation reste assez oubliable, d'autant qu'il se contente de faire les yeux de petit malin et de "sexy serial-killer"
façon Billy dans Scream. "Comme toujours, on aurait aimé d'avantage d'éléments pour étoffer le personnage" ben oui tout de même : tu dis ça comme un détail ! Ensuite, je ne suis pas d'accord avec
ton "comme toujours" car la grande force de Suspiria (par exemple) était de faire la part belle à la psychologie (on peut voir le film comme une épreuve initiatique façon Le Voyage de Chihiro) et
de ne pas se limiter à une succession de scènes de meurtres certes impressionnantes mais dénuées de caractère, comme c'est le cas (à mes yeux) ici

voracinephile 14/04/2014 16:42



Ah cool, de la répartie !


Je ne sais pas du ce qui rend un tueur impressionnant pour toi. J'imagine que l'esthétisation et la mise en scène très fantasmée des grands crus de Suspiria transcende la violence et donne une
ampleur visuelle qui rajoute un "plus" pour l'évènement. Mais si je prends pour exemple Les frissons de l'angoisse, on reste avec simplement un meurtrier au hachoir et à l'eau bouillante (oups,
j'allais oublier le poignard). Du gore gratuit là aussi, mais je note que tu préfères une mise en scène colorée qui en donne davantage à voir. Pour moi, un tueur impressionnant, c'est un plan où
l'analogie avec la bête de muscle, de libido et de sang culmine (un exemple arrivera bientôt avec mon visionnage de la version uncut de Murder set pieces). Et ponctuellement, Kretschmann est à ce
niveau (et puis, je l'aime bien, il a tourné dans quelques bons films : Resident Evil II, next, dracula 3D, Wanted, Hostel III... Mon dieu, c'est vrai qu'il a enchaîné les merdes... Mais il a
joué dans Grim Love et King Kong et ça je respecte). C'est sur la psychologie en revanche que nous différons. Peux-tu me dire ce qu'il y a de psychologique dans Le voyage de Chihiro ?
Personnellement, je ne vois pas, c'est comme dire que Alice au Pays des merveilles est psychologique. C'est un conte éblouissant avec un monde fascinant, ponctuellement chargé de symboles, et
dont on a envie d'être proche (c'est ainsi que je l'ai ressenti), mais l'initiation à un monde merveilleux ne fait pas la profondeur. Ici, il y a une intention claire de dépeindre les crises de
l'héroïne, de son équilibre instable (rajouté au stress de sa situation) et de l'évolution de son caractère au cours du dernier tiers du film. Il y a moins d'intérêt dans les meurtres que pour
les personnages en eux même. Mais bon, comme on est habitué à la violence dans le cinéma de Dario et qu'il sait aussi qu'il faut en donner à voir, on ne crache pas sur quelques démonstrations de
force froides mais grisantes.



princécranoir 13/04/2014 21:54

Passionnant ! ce regard critique et oblique sur un des derniers (le dernier ?) film intéressant du plus mort que vif Argento. Je l'ai vu il y a bien longtemps et mes souvenirs sont flous (je me
souviens tout de même de cette chute d'intérêt sur la fin). Voilà qui me donne envie de remettre la main sur le couteau et trancher dans le vif les dernières œuvres du maître qui attendent leur
pluie de critique sur mon étagère.

voracinephile 14/04/2014 15:55



Et bien, je trinque à ce commentaire ! Content de lire un peu d'enthousiasme pour cette chronique un tantinet polémique (mais Dario peut clairement être encore défendu, on n'est pas encore dans
le TV film ni dans le navet infâme). J'irai jusqu'à dire une honnête tentative.



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche