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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 09:11

 

http://www.jemegaupload.com/picture/Le-Territoire-des-Loups.jpg

 

Le survival est un genre un peu malmené, qu’il serait bon de redéfinir après toutes ces années d’usage à tort et à travers. Le survival, c’est un sous-genre du film d’horreur (ou, à défaut, violent) dans lequel nos personnages (préférentiellement un groupe) sont confrontés à un environnement hostile, rendu davantage dangereux par l’intervention régulière d’éléments perturbateurs ne dédaignant pas se tailler un steak dans nos personnages. On a ainsi des tueurs tarés de Délivrance au croco furax de Rogue. Et sur le terrain du survival animalier, nous allons aujourd’hui nous intéresser au Territoire des loups, fraîchement sorti dans nos salles et qui se révèle être le meilleur film du mois, avec peut être Cheval de guerre.

L’histoire : Un équipe de manutention de pipe line s’écrase en plein milieu de l’Alaska. Les rares survivants se regroupent rapidement pour faire face à leur nouvel environnement : une température naviguant entre 0 et -20°C, et une meute de loups particulièrement féroces.

 

le-territoire-des-loups-3.jpg

 

Le sérieux avec lequel le film s’attaque à son sujet lui attire immédiatement notre bienveillance, et la réalisation efficace de Joe Carnahan nous plonge rapidement au cœur de l’action. Ce dernier sait vraiment ce qu’il a envie de faire : un bon film d’hommes aux prises avec une nature carrément hostile à leur présence. D’emblée, Liam Neeson fait preuve de tout son talent d’acteur pour nous offrir rien de moins que l’un de ses meilleurs rôles : un chasseur de loup tourmenté par la mort récente de sa femme, qui passera au bord du suicide avant d’avorter son geste et de reprendre l’avion, qui le conduira au cœur de l’enfer blanc. La scène du crash témoigne d’ailleurs d’une volonté d’immerger le spectateur dans l’action. Si la scène n’est pas facilement lisible (la caméra bouge trop, mais on met ça sur le compte des turbulences), l’immersion est totale, et le réveil aussi brutal pour le personnage que pour le spectateur. A partir du crash, l’efficacité du script est pour beaucoup dans sa réussite. Humanisant beaucoup ses personnages et leur offrant toujours une mort dramatique, le film se veut être solide et honnête, ne sacrifiant personne sur l’autel du divertissement. Les amateurs d’action pourront être déçus (bien que le rythme soit vraiment tendu lors de plusieurs scènes), le réalisateur privilégie le réalisme au spectaculaire, choix qui relève parfois de la facilité (la caméra bouge trop lors des attaques de loups), mais qui parvient toujours à atteindre l’impact recherché sur le spectateur. Les loups sont d’ailleurs ici parfaitement gérés, une menace animale rapidement présente sur les lieux du crash, et ne reculant pas un instant devant l’Homme. Ce sont des prédateurs sauvages, teigneux et particulièrement impressionnants, qui ne reculent jamais sans avoir mordu et lacéré ses adversaires. De vrais prédateurs comme on n’en avait plus vu depuis longtemps, et qui terrifient rapidement le spectateur (en l’espace de deux apparitions, le spectateur est tout simplement proche de la terreur, guettant littéralement le moindre bruit pouvant trahir l’imminence d’une attaque). Attaques qui arriveront souvent à l’improviste, et qui seront toujours efficaces, permettant de relancer un rythme qui s’enlisait. Mais en face de la Nature sauvage, Carnahan s’intéresse surtout à l’Homme, qu’il illustre par ses personnages. Un fait qui a ses bons et ses mauvais côtés. J’aime énormément le traitement qui est fait sur les personnages (probablement parce que le film parle aux hommes avec des hommes (aucune femme ne compte parmi les survivants)), illustrant une humanité beaucoup plus attachante en face d’une situation désespérée que ce que d’autres films avaient pu décrire. Si le réal insiste un peu trop sur l’aspect « inexistence de Dieu », il croit en tout cas en l’Homme, et essaye de bien mettre en avant sa volonté de survie, sans pour autant cracher sur ce qu’il y a de noble en l’Homme. Cette vision globalement assez positive témoigne en tout cas d’une certaine maturité d’écriture, très profitable à tous les personnages qu’il sera de plus en plus dur d’abandonner à la nature. Malgré tout, Le territoire des loups n’est pas un chef d’œuvre. Outre l’usage parfois tremblottant de la caméra à l’épaule, les caractères masculins de groupe sont parfois un peu clichés (la bagarre dans le bar, certains dialogues contenant un peu trop d’argot), notamment pour le « salaud » du groupe, qui cumule quelques belles tares comportementales qui ne prendront heureusement jamais trop l’ascendant sur le récit (hormis une rapide bagarre, rien de déterminant). D’ailleurs, le personnage du salaud sera par la suite peu à peu ré-humanisé, gagnant peu à peu notre estime avec des répliques moins connes que celles qu’il débite pendant la moitié du film. Si ses adieux sont interminables, ses dernières répliques tiennent très bien la route (une sorte de réhumanisation, comme les hommes de mains dans Austin Powers 1, mais en sincère), et sa fin est tout simplement sublime (pour le coup, une diffusion de ce seul extrait aurait parfaitement pu servir de bande annonce, l’intensité est exemplaire). A noter aussi des flash back parfois un peu intrusifs qui cassent le rythme alors qu’on aurait très bien pu faire sans (dans un contexte d’efficacité, étonnant que le réalisateur ne les ait pas viré). On n’en dira pas plus sur la survie de nos personnages (l’enjeu réel du film). Toujours est-il qu’en l’état, Le territoire des loups est un film d’une efficacité rare, et mon plus gros coup de cœur au cinéma depuis Enter The Void. Moi qui craignais un peu de voir le Liam Neeson de Taken ou Sans Identité, j’ai pris une belle petite baffe, qui assoit définitivement la carrure de Liam comme l’un des meilleurs acteurs sur le marché, et qui nous propose le meilleur survival qu’on ait vu depuis longtemps. Honnête, foutrement efficace (quoique pas vraiment axé sur l’action, en témoigne un dénouement trop abrupt pour contenter les amateurs d’action) et servi par d’excellents acteurs, e territoire des loups est LE film du mois, à aller découvrir de toute urgence !

 

5/6


2012
de Joe Carnahan
avec Liam Neeson, Dallas Roberts

 

large_591815.jpg

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

Alfgard 07/03/2012 08:43

Et bien, perso, je ne suis PAS intéressée par ce film pour la SEULE et UNIQUE raison qu'il véhicule un stéréotype non seulement mensonger mais aussi très injuste.
NON, les LOUPS n'ont pas la moitié de l'agressivité ou de la hargne que peuvent avoir les humains.
Tout d'abord, ceux qui connaissent les loups savent qu'ils FUIENT l'homme. Même un homme seul n'a rien à craindre d'une meute mais cela, on n'en parle pas dans les médias. Alors qu'un groupe de
loups a TOUT à craindre d'un homme seul.
N'oublions pas que ce sont les LOUPS qui ont été exterminé(par l'homme) sur l'ensemble du territoire français jusqu'à disparaitre totalement et qu'il a fallut 1 siècle pour en revoir dans les
Pyrénées et les Alpes en provenance des pays voisins.

voracinephile 07/03/2012 10:20



Je pense que la plupart des spectateurs ont lu quelques informations sur les loups dans leur vie, et qu'ils sont au courant qu'en effet, ils n'attaquent pas les hommes. Après, dans ce contexte
cinématographique, il fallait un prédateur impitoyable dans ce film, et les loups remplissent alors très bien leur office. Dans le film, nos survivants sont apparemment la seule source de
nourriture dans une nature en plein blizzard, et nos survivants se savent proche de la tanière de la meute. Après ces deux faits ne viennent peut être pas justifier l'agressivité sèche du loup de
façon fidèle à la réalité, mais pour le spectateur, ces raisons suffient amplement pour apprécier le spectacle, bien plus focalisé sur ses protagonistes humains que sur les loups. L'un d'eux fera
aussi preuve de sauvagerie, histoire d'équilibrer la balance.


Certes, les loups ont été exterminés par l'homme. Et leur réintroduction ne cesse de susciter des controverses auprès des éleveurs qui voient leur cheptel allégé d'une brebis ou deux de temps à
autre. Les loups sont une espèce protégée, mais sont aussi nuisibles. La question du loup en France est en tout cas un autre débat, à l'opposé de ce que le film essaye de montrer : l'acception de
la mort par l'Homme dans une nature déchaînée.



2flicsamiami 05/03/2012 14:33

Remarque, tu me mets le doute maintenant :) Peut-être que ça touche à son humanité physique. J'ai trouvé aussi que Neeson est déifié, il est un des émissaires de Dieu pour faire passer ses
compagnons "de l'autre coté" (comme il la fait pour sa femme). Peut-être même qu'il est Dieu, ce qui expliquerai qu'il ne reçoive pas de signe de celui ci. Mais je m'egard surement.

L'interprétation la plus logique (et terre à terre), c'est que ces flashback sont surtout là pour nous dire "c'est lui le personnage principal". On est alors un spectateur omniscient concernant sa
vie (à l'inverse de ses compagnons de fortune, qui ne bénéficient pas de flashback de ce genre).

voracinephile 05/03/2012 18:11



Ah, là, je suis d'accord avec toi pour ce rôle de "passeur", Liamaidant en effet nos compagnons à accepter la mort quand celle-ci se présente. Dieu ne se manifeste à aucun moment dans le film (en
témoigne l'apostrophe sincère du personnage sans la moindre réponse), mais l'acceptation de la mort est ici vraiment touchante. Après, je ne pense pas qu'il soit Dieu (sinon, on a vu un Happy
end, et Liam doit en avoir terminé avec toute la tribue de loup en mode commando), mais il possède une vraie dimension métaphysique.


Et en effet, cette interprétation flash back explique assez facilement pourquoi on a des flashs backs pour notre héros. Je relirai l'interview du réal dans Mad pour voir si il ne détaille pas cet
aspect.



2flicsamiami 05/03/2012 10:05

Pour moi, ces flashbacks me semblent incontournables car on touche ainsi bien plus encore à la psychologie du personnage de Liam Neeson, dont l'humanité est totalement morte (comme ses compagnons,
qui voient leurs proches au moment de leur décès "physique").

voracinephile 05/03/2012 13:51



Intéressante, cette idée que l'humanité du personnage de Liam Neeson soit complètement morte, parce que je ne l'avais jamais envisagé de cette façon. Même là, je doute encore beaucoup, notamment
parce qu'il s'impose vite comme un leader avec des principes, dont le fait de ne pas dépouiller les morts. Après, je trouve l'apparition des proches tout à fait justifiée au moment de la mort
(puisque le film semble toujours en revenir là quand un personnage meurt), les hommes les ayant évoqué à la discussion autour du feu. Le tout sans avoir besoin de flash back. Il n'y a que Liam
Neeson qui en bénéficie. Je pense que je vais attendre ta chronique pour avoir un aperçu "développé" de ton ressenti du film, car nous n'avons apparemment pas renssenti l'évènement de la même
manière.



2flicsamiami 04/03/2012 15:42

Une bombe. Je n'ai pas été dérangé par la camera à l'épaule, qui tente, avec beaucoup de réussite (en tout cas chez moi) de nous faire ressentir les attaques plus que les admirer.
Par contre, tu dis que le réalisateur cherche l'efficacité et qu'il te semble bizarre qu'il est laissé des flash-backs. Je ne te suis pas sur ce point car, pour moi, Carnahan ne cherche pas du tout
l'efficacité mais bien une certaine latence, qui se ressent dans l'élaboration des personnages et dans les scènes de discussion autour du feu.
En tout cas, pour moi, c'est déjà un des meilleurs films que j'ai vu cette année.

voracinephile 04/03/2012 20:49



Ah, content de voir que tu l'as beaucoup apprécié toi aussi ! Indéniablement une bonne surprise. Pour la caméra à l'épaule, je trouve quand même dommage qu'elle bouge autant surtout parce que
quand elle agit ainsi, je ne vois pas le loup. Donc j'ai une petite déception à ce niveau, parce que j'aurai bien aimé un peu les voir en action, ces bestioles, ce qui n'est pratiquement jamais
le cas (on les voit au grand maximum courir vers nos fuyards). Un petit manque de lisibilité, même si on comprend en effet qu'ils se font attaquer.


Concernant la latence du film, je suis d'accord que Carnahan essaye de poser ses personnages (et que le rythme se ramollit un peu pendant ces conversations). Mais quand même, le rythme est ultra
soutenu à partir du crash. Les loups arrivent le soir même, les survivants fuient le lendemain, et à chaque fois qu'ils bougent, la menace les suit et les attaques sont fréquentes. C'est du rytme
pêchu, et on n'est toujours à fond dans le film, on est carrément aux côtés de nos personnages. Et ces flashs backs nous font sortir du survival, ils nous aiguillent vers des souvenirs en dehors
de l'histoire qu'on nous filme avec tant d'efficacité. Si le réalisateur les a gardé, c'est bien parce qu'il trouve qu'ils servent à illustrer la psychologie du personnage de Liam, mais je les
trouve presque inutiles. La lettre introduisait très bien sa blessure morale, et si à la rigueur je trouve les flashs backs de sa femme peu intrusifs, les flashs back du gosse avec son père m'ont
semblé "en trop", en tout cas totalement inutiles, la voix faisant tout à fait le même boulot.


En tout cas, bien d'accord avec toi, il risque de se retrouver dans le top 2012. L'année commence bien ^^ !



alice in oliver 04/03/2012 07:43

pour mieux comprendre de quoi il en retourne, je renvoie à ma chronique de l'agende tous risques.

voracinephile 04/03/2012 13:31



J'irai lire tout ça, mais vu que le débat semble toujours ouvert, je crois que j'apporterai prochainement ma contribution en voyant l'objet du délit ^^



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