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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 19:43

snowpiercer-poster.jpg

 

The Snowpiercer partait moyennement bien dans mon estime, en rapport à sa bande annonce qui insistait beaucoup sur une géographie sociale assez primaire, à grand renforts de symbolisme lourds (1ère classe, seconde classe, fret …) et de procédés convenus (et vas-y que les gardes tapent dans le tas pendant qu’on leur pique les enfants) qui n’auguraient rien de bien nouveau. Mais ce transperceneige parvient astucieusement à passer au travers en délocalisant son intérêt sur l’avancée des protagonistes dans le train, et finalement sur la découverte complète du fonctionnement du microcosme préservé sur les rails de la civilisation…

L’histoire : après une tentative désespérée d’apporter une solution au réchauffement global, les scientifiques ont déclenché une nouvelle ère glacière. La seule infrastructure humaine semblant subsister est un train roulant en circuit fermé sur l’ensemble de la planète, avec à son bord les derniers hommes, triés par classe.

 

Snowpiercer6.jpg

 

Et vas-y que la clim est trop chaude, et vas-y qu’on ne trouve pas le wagon-bar, et que la couleur des sièges est pas sympas… Heureusement, The snowpiercer évite les écueils du quotidien de la SNCF pour se focaliser sur la dignité des « pauvres » qui ont survécu et que Willford tient compartimentés dans la queue du train, à l’écart des autres passagers et sous bonne garde. Avec de réguliers prélèvements d’enfants et de fréquents accès de violence des gardes. Aussi, le film commençait moyennement bien en voulant coûte que coûte déterminer des camps bien/mal, alors que la simple répartition sociale se suffisait bien à elle seule. Mais l’immersion au sein de cette micro société soudée par la promiscuité (on oublie les querelles intestines ultra égoïstes d’un Blindness) finit finalement par payer, le bidonville ferroviaire parvenant finalement à intégrer le spectateur dans son projet de reprendre le train. Vient ensuite la violence de la remontée, où les coréens font encore une fois preuve de leur affection pour les armes blanches, car quand on n’a plus de cartouches, on n’arrête pas le combat pour autant. Autant dire que l’esprit de révolution qui soufflait est mise à rude épreuve, et que les wagons importants ne sont jamais gagnés sans verser des hectolitres d’hémoglobine. La violence méchante, gore par moments, redonne incontestablement un sérieux à ce Transperce-neige, qui fait souffrir ses protagonistes tout en leur laissant peu à peu entrevoir les compartiments qui ne leurs étaient pas précédemment ouverts. A quelques lourdeurs près (les insectes… mais franchement, qu’est-ce que vous croyiez ?, l’école ou comment c’est crispant les actrices qui jouent comme ça), les découvertes sont de belle teneur visuelle, nous plongeant par endroits dans des décors fabuleux (l’aquarium, la serre…), et la prise du train continue donc, jusqu’au face à face final avec le créateur de la machine et la conversation avec lui. C’est probablement cette dernière qui permet d’emporter définitivement le morceau avec sa conception de l’ordre et sa gestion draconienne d’un écosystème, sans pitié, mais qui se justifie par le contexte de survie. Bon, il fallait une conclusion manichéenne à cette discussion (pour ne pas qu’on oublie les camps établis dans l’intro), d’où le détail final tellement énorme qu’on se retient de rire devant l’attitude aussi  hypocrite de Willford, mais bon, ça relance l’action du coup, pour un final rocambolesque qui ouvre sur beaucoup d’incertitude (vont-ils se faire bouffer par l’ours ? Idéologiquement, mieux vaut l’anarchie à la société de classe ?). Reste que le développement du Transperceneige le rachète largement, en suivant des personnages d’une certaine étoffe (le dernier tiers éclaircira les choses) et en s’offrant des effets spéciaux fabuleux, qui aide à rendre le contexte moins absurde qu’il ne le paraissait (tchou tchou le p’tit train dans la neige, ben, ça fonctionne). Une agréable surprise de fin d’année.

 

4,5/6  


2013
de Bong Joon Ho
avec Chris Evans, Song Kang-Ho

 

snowpiercer-620x338.png

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commentaires

princécranoir 11/11/2013 10:51

Il n'y a pas que la diversité des décors, il y a aussi la formidable inventivité de mise en scène (ralentissement/accélérations, progression latérale, formidable gestion de l'exiguité de l'espace
du train, point de vue subjectif, etc...), le mariage très réussi du tragique et du comique (un truc que les ricains faisaient très bien à l'époque de Ford, Walsh ou Hawks). Le schématisme
socio-économique est là que pour servir un discours qui dépasse le simple constat, qui se traduit par la désillusion de Curtis en bout de train et l'ouverture vers une voie alternative. J'aime
assez la place de l'enfant en tant que "rouage" du système. Bref, de quoi largement me surprendre qualitativement, me satisfaire visuellement, me rassasier intellectuellement (pas comme Thor qui
oblige à mettre ses neurones au placard).

voracinephile 11/11/2013 20:06



Oh oui, Thor ne joue pas dans la même cour. Tu es vraiment dityrhambique au sujet de ce Transperce-neige. La direction artistique a assuré en tout cas, même si certains détails du script rayent
un peu la peinture (l'explication du repère de niveau de la neige...). Ah, l'image de l'enfant t'as plu... Elle est intéressante, vraiment massive pour le coup (et le commentaire de Harris en
mode détail m'a bien fait rire, comment revenir dans le bon vieux droit chemin).



borat8 10/11/2013 16:59

Pour la machine à viande dans la BD on pouvait la voir en action et on ne peut pas dire que la viande était grandiose. Après, ce sont des sortes de cafards dans la machine et on ne peut pas dire
que ce n'est pas un insecte qui ne reproduit pas en masse.

voracinephile 11/11/2013 10:34



La machine à viande invisible donne de très belles moitiés de boeuf dans le film et beaucoup de poulets. Quant à la machine à rations de survie, elle est parfaitement cohérente.



princécranoir 09/11/2013 17:08

Prodigieusement inventif, totalement libéré de son matériau original (et qui invite tous ceux qui ne l'ont pas déjà fait à se ruer sur la BD culte de Lob/Legrand/Rochette), c'est pour moi un des
meilleurs films vus cette année. On peut regretter effectivement la note finale, s'interroger sur le point de vue anar, mais c'est le choix fait par Bong qui s'affirme par là comme un véritable
auteur, avec un grand A. Sans parler de la mise en scène qui se renouvelle à chaque wagon, l'interprétation de haut vol de Song Kang-Ho et le cabotinage gilliamesque de Tilda Swinton. Excellent, je
vous dis.

voracinephile 11/11/2013 10:14



Pour ce qui est de la variété des wagons, les designs sont effectivement à la hauteur de l'ampleur du projet. Des décors magnifiques, hélas, il y a matière à critiquer dans le film. Si les
classes pauvres posent problème et sont vécues comme un poid par l'ensemble du train, pourquoi ne pas essayer de les impliquer dans cet écosystème ? Comme les riches oisifs d'ailleurs ? On
finirait par avoir l'impression qu'en dehors des gardes, personne ne bosse... Culinairement, des erreurs aussi (viandes et oeufs sans la moindre explication). Mais le film évite de trop
s'apesantir sur le malheur des dernière classe pour lancer bien vite la révolution, lançant le film dans un bon rythme jusqu'au final... Plutôt une bonne surprise finalement.



borat8 09/11/2013 00:25

Je préfère pour le coup la BD mais cette adaptation assez libre dans l'ensemble peut s'avérer être une sorte de tome 4. D'ailleurs ironiquement le premier traitement de la BD alors dessiné par le
dessinateur Alexis (décédé après avoir réaliser dix-sept planches) ressemble étrangement à ce que montre cette adaptation! A savoir la traversée des petits vers les grands. Néanmoins, le
réalisateur a gardé les codes sociaux, la violence du propos (mais pas graphique, Rochette n'ayant pas fait dans l'hémoglobine et préféré mettre de la fumée sur les victimes lors des coups de feu)
et certaines idées (le tiroir pour la prison, la nourriture préfabriquée, la salle des végétaux, la discothèque qui était un harem dans la BD même si cela revient au même, la partie "sainte", la
loco principale et sa spécificité). Le casting est excellent, visuellement c'est très bien réalisé (je pense notamment au plan found footage qui est réellement lisible) et on passe un excellent
moment devant. Reste que je te conseille vivement la BD qui comporte deux histoires (tome 1 et tomes 2 et3).

voracinephile 10/11/2013 16:27



C'est ce qui se dit effectivement, cette adaptation s'éloigne de son modèle, ce qui n'est pas plus mal pour surprendre un peu tous les publics. Malgré quelques incohérences (le wagon à viande...
what ? D'où sort cette barbaque toute fraiche ?), un divertissement tout à fait à la hauteur des attentes. Il faudra que je réorganise mon top.



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