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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 11:31

lemora-poster.jpg

 

Alice au pays des merveilles a décidément été une source d’inspiration pour de nombreux névropathes cinéphiles, qui ont couchés leurs idées sur pellicule avec une fièvre graphique qu’on devine inversement proportionnelle à la maigreur du budget. En résultent des OFNI passionnants, des contes pour adultes aux symbolismes puissants, prompt à entraîner avec eux le spectateur dans un monde aux règles remaniées. C’est le cas de Lemora, a child’s tale of supernatural, dont le quotidien très tentateur se mue en freak party pour le moins hypnotisante…

L’histoire : Lila Lee est l’incarnation même de l’innocence. Récupérée par un prêtre après l’assassinat de sa mère infidèle par son père maffieux, elle a grandi dans l’innocence et la discipline des écrits religieux. Mais à l’approche de la puberté, elle commence à faire tourner bien des regards. Recevant une lettre de son père agonisant la suppliant de venir le voir, elle décide de quitter l’église et d’entamer un périple vers Lonsdale, ville de sinistre réputation…

 

extrait_lemora-a-child-s-tale-of-the-supernatural_0.jpg

 

Un véritable conte pour adulte, c’est ainsi que se présente Lemora…, véritable enchantement visuel pour nos yeux malmenés par les blockbusters. Il est assez intéressant de voir comment le film s’amuse à mélanger les genres dans son introduction, mêlant le film de gangster à une situation initiale tenant du conte, nous présentant la jeune Lila Lee comme un vestige de pureté dans ce monde crasseux, et dont la principal don est une voix cristalline que son protecteur prêtre comparera volontiers aux gardiens des cieux. Mais on sent bien vite les visées peu catholiques du film, qui du logiciel du conte, s’orienterait plus vers une variation de Sade… Effectivement, tant de pureté et d’ingénuité chez un personnage suscite immédiatement des envies de corruption. Ragots de commères, sous entendus graveleux, Lila sent toujours un malaise qui accompagne ses apparitions, mais se raccroche toujours à sa bonne éducation de parfaite petite chrétienne. Jusqu’à ce que le prêtre lui-même sente poindre un désir irrépressible devant la beauté naissante de sa pupille. Question subversion, on est dans le cliché, mais c’est complètement efficace. Puis arrive la lettre du père, somment Lila de venir à son chevet, dans la demeure de Lemora à Lonsdale, ville éloignée à la réputation sulfureuse. Lila part seule accomplir ses devoirs de bonne chrétienne, et c’est un véritable voyage initiatique qui commence, où l’innocence se retrouve dans un monde parsemé de multiples tentations. Chacun des personnages qu’elle croise est patibulaire, tous semblent vouloir profiter de sa jeunesse, bref, c’est Sade sans la lubricité, et avec une fièvre graphique digne d’un Giallo. Et une fois dans le bus pour Lonsdale, c’est le train fantôme fantasmagorique qui commence. Attaqué par de sinistres monstres de carrure humaine, le bus finit dans le fossé et Lila est capturée par ses agresseurs. En constante évolution, complètement imprévisible et bénéficiant d’une direction artistique à tomber par terre (pour qui parviendra à visionner une copie de qualité, c’est un régal visuel de tous les instants), Lemora est l’incarnation même de ce que la magie du cinéma est capable d’offrir en terme de kitch flamboyant, en mélangeant adroitement les genres et en misant sur l’immersion complète dans un monde différent, que nous découvrons avec notre héroïne. Malgré une petite conclusion à l’image de son introduction, Lemora… se fixe davantage sur les péripéties traversées par notre héroïne, et surtout par l’angoisse du moment présent. Chaque minute passée dans cet inconnu, n’offre aucun répit, aucun sentiment de sécurité. On est constamment dans l’interrogation, dans l’angoisse tant les sources de menace varient. Et quand nous arrivons enfin dans la demeure de Lemora, c’est le décollage complet, la propulsion dans la stratosphère. Le personnage de Lemora est immédiatement magnétique, sorte de mélange entre les styles d’Argento et de Lynch, et la troupe d’enfants monstrueux qui l’entoure n’aide vraiment pas à se sentir en confiance. Peu importe finalement que le film perde parfois de vue un quelconque message, son ambiance dense emporte tout. Une aubaine inespérée.

 

5,5/6


1975

de Richard Blackburn

avec Cheryl "Rainbeaux" Smith, Hy Pyke

 

lemora01.jpg

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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