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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 06:44

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Terry Gilliam est un grand rêveur, et ça se ressent particulièrement dans son cinéma. En plus d’avoir un univers vraiment personnel, il a tâté de tous les genres, du film historique (ou presque) au thriller de SF jusqu’à l’OCNI visuellement riche. Le tout avec des hauts (Brazil) et des bas (Las Vegas Parano). Il a aussi fricoté avec l’aventure grand public, en étalant sur plus de deux heures un univers tellement fascinant qu’aujourd’hui encore, il occupe la première place dans mon classement des films d’aventures. Oui, c’est énormément subjectif, mais avouez que c’est rare d’avoir un film aussi rêveur, aussi riche et aussi original que Les aventures du Baron de Munchausen. Véritable ode au rêve comme Terry a le goût d’en faire, le film ne se refuse rien et va jusqu’au bout du monde connu, en disant merde à toute vraisemblance. Bienvenu dans le rêve éveillé le plus chargé que j’ai pu voir, et probablement le plus généreux de Terry Gilliam.

L’histoire : Dans une ville fortifiée assiégée par les armées turques, une troupe de théâtre joue à la populace Les aventures du baron de Munchausen. Soudain, la représentation est interrompue par un individu qui dit être le baron, et qui prendra vite la décision de sauver la ville afin de rétablir sa réputation.

 

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Que serait un bon Terry Gilliam sans échec commercial. Avec un beau budget et un casting mirobolant, Les aventures du baron de Munchausen est un ratage complet, un four multinational. Pourquoi un tel échec ? Tout simplement, je crois, parce que ce film est avant tout un film ultra kitch, qui prend toutes les libertés qu’il désire, ce qui a de quoi déboussoler le public. On est loin des tribulations d’Indiana Jones. On a ici des personnages qui font des gags, et des héros qui ont de la classe à l’ancienne. C’est presque un OCNI quand on regarde son univers dans le détail. La lune, d’abord ronde, devient un croissant dont nos héros atteignent le bout avant d’y attacher une corde pour redescendre sur Terre. Il faut accepter ça. Franchir ce cap pour être réceptif à toute la poésie et aux envies de cinéma de Terry Gilliam. Et une fois qu’on y parvient, c’est la satisfaction totale. Réceptif, le spectateur découvre émerveillé un monde comme il ne l’a jamais vu. D’un manichéisme calculé (Jonathan Price en gouverneur de société, faisant exécuter les héros de guerre qui démoraliseraient les simples soldats obéissant aux ordres), son univers kitch se pare d’un charme certain, faisant vivre d’abord un théâtre dont les murs sont en ruine (l’illusion de l’espoir) avant de nous faire carrément vivre les péripéties illustrées par la piécette jouée les 15 premières minutes. Chez le sultan en Orient, la mise en scène toujours kitchissime crée un cadre exotique comme on n’en a plus vu depuis le cinéma des années 60, qui en profite d’ailleurs pour se parer d’un mauvais goût très amusant dans sa représentation naïve du Sultan cruel qui joue d’un orgue torturant plusieurs prisonniers situés de l’autre côté. Bref, c’est la bande de vieux compagnons avec chacun leur pouvoir, et dont chacun joue un rôle au cours d’une bataille. Si le dénouement de cet épisode est super cliché et peut même faire bailler, c’est le fait de faire vieillir ses héros qui rend le film très intéressant. La vieillesse est d’ailleurs l’ennemie des héros dans ce film. C’est elle qui émaille leur réputation, amoindrit leurs réflexes (et leurs aptitudes) et les rapproche de la mort. La Mort qui accompagnera le baron tout au long de son aventure, funeste compagne qui réclamera son dû régulièrement et que la petite fille (Sarah Polley, mignonne petite blonde) ne pourra tenir à l’écart bien longtemps. Au cours de leur longue aventure dans cet univers si remarquable, ils rencontreront divers personnages atypiques, mélanges de mythologies et de contes fantastiques, qui apporteront chacun un éclairage sur une thématique saugrenue. Le roi de la lune représente le corps comme la somme de l’esprit et de la chair. Sa tête se sépare de temps à autres, désirant se destiner à la méditation, et se sauvant devant le corps, qui est préoccupé par la nourriture et le sexe. On croisera aussi Mars au fin fond d’un volcan, engrangeant les armes qui détruiront le monde (en y foutant sans la moindre gêne des missiles inter continentaux). Pendant cette séquence, on atteindra le point culminant du kitch avec l’arrivée de Vénus, tentant de reproduire le tableau de sa naissance avec des petits angelots qui volent autour. Malgré le kitch qui peut agacer, on sent le grand moment de cinéma avec le Baron dansant en apesanteur avec Vénus d’abord dans la salle de bal, puis se perdant dans les nuages. Naïf, mais si sincère… Mais on ne se laissera pas attendrir bien longtemps, et les aventures reprendront de plus belles, avec un remake de Pinnochio impressionnant, et une bataille finale jubilatoire pour les coups d’éclats de chacun des protagonistes. De l’aventure inoffensive, mais indubitablement généreuse et bien fournie, qui livre des messages un peu décalés par ci par là. Les aventures du baron de Munchausen est un conte, un conte pour grand enfant, pour ceux qui aiment les valeurs qui autrefois étaient sûres, avec une montagne de kitch et un vrai goût pour raconter des histoires. La rêverie, elle est tellement rare de nos jours. Le dernier film de Gilliam déclenchant des opinions très diverses (j’aime, et mes connaissances n’aiment pas), on se rend compte combien les folies visuelles sont rares de nos jours. Pour les amateurs old school de ma trempe, ce film est un petit brin de folie qui met du baume au cœur. A noter que l’excellente bande dessinée De cape et de Crocs reprend en bonne partie cet univers en l’enrichissant de personnages hautement sympathiques. Indispensable…

 

6/6 (note surement exagérée, mais le charme opère toujours)

 

de Terry Gilliam
avec John Neville, Jonathan Pryce

 

http://storage.canalblog.com/46/13/378710/39239932.jpg

J'aurais voulu être un artiiiiiiiiiiste....

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

varlin 27/07/2011 08:45


Figure toi que cet humble Robin n'a pas voulu être un argument prommotionnel pour le film car il était en désaccord avec le producteur.Apparemment les deux gars ne pouvaient pas se blairer,mais
tout cela sent le fric à plein nez.


voracinephile 27/07/2011 10:02



Oh oh ! En effet, ça ne m'étonne pas de Robin. Avec ses déboires sur Batman, cet acteur se sera fâché avec plus d'un...



varlin 26/07/2011 16:07


Dommage car le deuxième DVD raconte pas mal d'anecdotes notamment concernant Robin Williams et du fait qu'il n'apparaisse pas au générique.


voracinephile 26/07/2011 16:42



Tiens, c'est vrais que j'avais noté noté l'absence de Robin au générique ! Qu'est ce qu'il s'est passé ?



varlin 26/07/2011 14:18


Excellent film de Gilliam,j'y ai vu aussi un clin d'oeil à Méliès .
Impossible,pour moi de lui mettre moins de 6/6.
A noter le passionnant documentaire de la version double DVD.


voracinephile 26/07/2011 15:02



Aha... Tu as eu la chance de trouver l'édition double ! Moi, je me contente de la simple (mais  c'est déjà bien, je peux revoir à loisir ce trésor de mon enfance. Merveilleux de long en
large, un pur film de nostalgiques de l'aventure onirique !



Alice In Oliver 11/07/2011 12:22


je suis un grand fan de J. Verne également: mais comment ne pas l'être ?


voracinephile 11/07/2011 12:55



Comment ne pas être fan de Jules Vernes : avoir moins de trente ans et ne pas aimer lire des vieux bouquins. C'est d'ailleurs assez dramatique, les adaptations cinématographique devenant dès lors
des raretés alors que les films sont excellents.



Alice In Oliver 11/07/2011 11:20


très bon cru de Gilliam, curieusement oublié: je le vois un peu comme un hommage à l'univers de Jules Verne


voracinephile 11/07/2011 12:03



Intéressante idée de l'hommage à Jules Vernes, on peut en effet y voir un peu ça, sans le style de ce cher Jules toutefois, qui se plaisait à faire de la vulgarisation scientifique sur fond de
belles histoires. En tout cas, j'ai retrouvé pas mal l'ambiance des films d'aventure que j'adorais pendant mon enfance (dominée clairement par 20 000 lieues sous les mers et Voyage au centre de
la terre). Dans les Jules Vernes que j'adore, il y a aussi l'île mystérieuse et l'île à hélice, jamais adapté celui là).



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