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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 10:04

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Il y a un avant, et il y a un après Les Diables. Petite production assez méconnue de Ken Russel, ce film est tout simplement introuvable puisqu’il n’a jamais été édité en dvd, et cela dans aucun pays (la warner avait fait une annonce de réédition, avant de revenir sur son louable projet). Il faut dire que le film est entouré d’une aura de scandale assez forte, et qu’il a fortement secoué les milieux catholiques. Car Les Diables doit être l’un des films les plus outranciers et les plus agressifs envers la religion catholique jamais fait au cinéma. Si Beatrice Cenci a pu vous choquer, attendez vous à un tout autre type de baffe avec Les Diables, qui explose littéralement tous les quotas de violences en milieu religieux, s’attaquant méthodiquement à toutes les institutions présentes en France du temps du cardinal de Richelieu. Même aujourd’hui, le choc est tel que bon nombre de spectateurs devraient rester tétanisés devant leur écran, sans parler des catholiques qui vont voir leur Eglise violentée à bien des niveaux.

L’histoire : Le prêtre Grandier est un catholique qui gouverne la ville fortifiée de Loudun. Désireux d’unir toute la France derrière le roi, le cardinal de Richelieu ordonne que ses murs d’enceinte soient détruits. Grandier se dresse contre cette manœuvre…

 

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Oui, The Devils est un putain de film choc, qui remet absolument tout le monde à sa place et qui finalement s’attache à faire le portrait d’un homme : le père Grandier. Ce prêtre, d’une bonne corpulence et doté d’une moustache virile, est un tombeur de fille. Il s’en sert pour ses plaisirs, certes, car il aime les femmes et parce que son pouvoir lui permet de tels excès sans grande crainte de châtiment (notons qu’elles sont toutes consentantes sur le moment). Mais si son vœux de chasteté est rompu, ce personnage se révèle un fin diplomate, très habile en politique et en religion. Il a toujours conscience de ses torts, et il sait qu’il a choisi cette voie afin d’acquérir du Pouvoir. Mais si il jouit maintenant des fruits de son ambition, il persiste à croire en Dieu et à exécuter le dessin qu’il se fait de son rôle. En pleine guerre contre les Protestants, il réussit à maintenir les deux religions en paix dans l’enceinte de sa ville et proclame une certaine liberté de culte. Il veut préserver l’indépendance de la ville afin de conserver la liberté de ses habitants et ainsi d’éviter de nouveaux massacres (le sort des protestants sera maintes fois illustrés). Malgré sa vie privée peu reluisante (mais finalement peu débauchée), cet homme a une politique louable, et si son pouvoir vient de son habit, c’est aussi parce que c’est le moyen le plus direct qu’il a suivi pour accéder au pouvoir. Si son comportement avec les femmes qu’il a aimé fait froid dans le dos (il les congédie toutes de manière brutale, parfois enceintes), ses autres traits de caractères tendent à le racheter, et au vu de l’atrocité que constitue les autres institutions, il devient bien vite le personnage le plus sympathique du film. Richelieu est l’exemple parfait du manipulateur fielleux et fourbe, qui monte tous ses ennemis contre eux (y compris dans les rivalités intestines entre ordre de moines), et qui tente de manipuler sans arrêt le roi de France pour ordonner la destruction des murs de Loudun. Le Roi Louis XIII est une espèce de travelo efféminé qui passe son temps à se divertir dans une cours fréquentée par beaucoup d’homosexuels (connotés ici comme des débauchés corrompus par leur fric) et qui se moque absolument des affaires du royaume, plus occupé par ses prochaines orgies et par l’exécution de prisonniers déguisés en oiseaux qu’il abat depuis son balcon. Quand il ne tourne pas en ridicule les autorités religieuses par une intervention destinée simplement à amuser sa cour… Les sciences sont représentées par un médecin et un apothicaire, des charlatans qui abusent de la crédulité des gens pour leur vendre des remèdes qui ne font qu’aggraver les situations (le coup des frelons appliqués sur les bubons des pestiférés est juste dégueulasse) et qui se joindront à la religion dès que celle-ci leur proposera de l’argent pour confirmer leurs dires « d’un point de vue scientifique » (que personne ne remettra jamais en cause).

 

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Enfin, la religion catho s’en prend plein la gueule avec Sœur Jeanne, la mère supérieure d’un couvent follement amoureuse du père Grandier et si enfermée dans ses frustrations qu’elle les perçoit sans cesse comme des tentations démoniaques. Le spectateur pourrait croire que son personnage en fait trop, mais au contraire, cette impression est due au fait que sœur Jeanne est l’incarnation d’une idée poussée à son paroxysme. Elle en vient à tellement mélanger religion et frustrations, avec tant de volonté, qu’elle finit par se persuader elle-même d’être possédée. Ses fantasmes, apparaissant sous formes de visions hautement blasphématrices (elle se voit en train de lécher les stigmates du christ…) et la persuadent tellement d’être en faute qu’elle finit tout simplement par péter un câble monstrueux qui y sera pour beaucoup dans la chute de Grandier. Enfin, l’ultime coup est porté par le personnage de l’abbé Barré, qui pour le coup est vraiment barré. Ce prêtre, spécialisé dans l’exorcisme, taré de première, qui rentre carrément en transe pendant ses séances d’exorcisme, qui parle toujours d’une voie exaltée et prompt à voir le mal partout, est un fervent adepte de la torture. Ou de la douleur purificatrice, au choix. Par exemple, après avoir torturé une femme qui avoue avoir couché avec le démon (classique), il lui fait nettoyer le vagin avec de l’eau bénite bouillante. Cash. Très vite, le film bascule dans la folie religieuse et la débauche de violence totale, ce qui crée un climat de jamais vu dans le monde du drame religieux, tant la notion de folie de masses est poussée jusqu’à son point de non retour. Véritable concentration de tous les maux de l’époque, Les Diables explose littéralement, dans une orgie de kitch et de violence qui n’a aucun égal. Un extrémisme qui rebutera donc certains spectateurs, tant le réalisateur va loin dans son délire sur la folie qui s’empare du peuple dès qu’on agite des menaces sous son nez, grossies par l’obscurantisme ambiant. Véritable orgie de mauvais goût, de violence psychologique (le film est quasi insoutenable à ce niveau là) et physique (si il est un peu moins démonstratif qu’un La Marque du Diable, son suggéré est loin d’atténuer ses nombreuses scènes de torture), Les diables en devient kitch misant davantage sur ses symboles et sur l’excès de son histoire pour faire passer son message radical sur les institutions de pouvoir de l’époque. Une satyre aussi jusqu’auboutiste ne s’était jamais vue, et rivalise en droite ligne avec les films les plus violents qu’il m’ait été donné de voir. Si La chair et le sang avait pu surprendre, Les Diables vous envoie carrément dans les cordes, brut de décoffrage sans jamais ralentir son allure pendant son heure quarante. La mise en scène est plutôt chiadée, et les acteurs s’investissant tous à fond dans leur rôle (l’abbé Barré est tout simplement monstrueux, alors qu’Oliver Reed fait preuve d’un charisme énorme pour son personnage du prêtre Grandier, surtout sur sa fin). Si le film est un brûlot qui donne une nouvelle définition au mot « incendiaire », il risque de diviser son public (qui pourra prendre mal l’excès d’une telle histoire). Me concernant, ce film est un putain de chef d’œuvre, une œuvre unique en son genre qui enterre tout autre film traitant de l’inquisition car cumulant avec un sens accru de l’excès à peu près tout ce qu’on peut dire dessus, qui plus est avec des personnages crédibles et de purs élans de provocations qui ne manqueront pas de faire réagir n’importe quel public. Et ce film est toujours introuvable, uniquement visible sous forme de copies numériques téléchargeables sur le net. Peut être l’un des films les plus haineux envers les institutions religieuses, mais la puissance de la péloche est là, et rien ne devrait vous empêcher d’en profiter vous aussi.

 

6/6

 

1970
de Ken Russell
avec Vanessa Redgrave, Oliver Reed

 

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commentaires

Ze Ring 24/01/2013 17:49

Top 10 pour moi, et je ne l'ai vu qu'hier! Je pense qu'il a de grandes chances de rejoindre mon top 5...
Et oui, il est disponible en DVD en Angleterre, chez BFI. Il manque encore la scène du viol du Christ, mais elle est de bien meilleure qualité que l'édition "X", qui est aussi longue, mais
irregardable : le format change toutes les deux secondes, le DVD est laid... Le DVD BFI est aussi long et est en plus magnifique, et aucun problème de format (+ beaucoup de bonus)

voracinephile 25/01/2013 13:24



^^ Ce qui est bon, c'est que ton top 10 est régulièrement ajourné ^^


Sinon, merci pour l'info. J'ai commandé le dvd hier soir, impossible d'attendre plus longtemps. Dommage pour les sous titres en revanche, j'essayerai d'en chercher sur le net. Je ne connaissais
pas l'existance de cette scène, mais venant de ce blasphémateur de Ken Russell, je ne suis pas surpris ^^. Sûr qu'elle devait contribuer à attiser davantage la folie qui règne dans le film...



Ze Ring 23/01/2013 21:02

Voila, je l'ai enfin vu, je te fais un copier-coller de l'avis peu détaillé que j'ai écrit pour un site : (tu penses bien que je me suis pris une grosse baffe)

"Un des films les plus controversés de l'histoire du cinéma, The Devils est également l'un des plus censurés. Il est a ce jour encore impossible de voir la version intégrale dans une qualité
correcte, même la version BFI, la plus complète et la plus belle a ce jour, ne comporte pas la scène la plus provocatrice et controversée du film, le "viol du Christ". Je suis très curieux de voir
a quoi ressemble cette scène, d'ailleurs, mais bon, on la verra sans doute jamais : merci Warner.
En l'état, même s'il manque toujours au film 5 minutes, c'est la meilleure version disponible a ce jour et ce léger manquement n'atténue pas la baffe intergalactique qu'est le film de Ken Russell.
Il est de loin l'un des plus noirs et l'un des plus subversifs que j'ai vu. Son fond est très provocateur et le tout peut paraître parfois absurde, mais en réalité, c'est une vision de l'humanité
extrêmement réaliste que nous offre Russell ici, rendant le film encore plus dérangeant qu'il ne l'est déjà. Les personnages y sont tous horribles, mais en même temps profondément réalistes : le
trait n'est jamais forcé, et tout s'explique en même temps que les choses se déroulent. Russell propose une chronique sociale aboutie, réfléchie mais aussi très intelligente, ne sombrant jamais
dans la caricature ou le surfait mais sombrant définitivement dans la folie la plus pure et la plus insupportable... Les diables est un film complètement hystérique, autant dans son scénario que
dans ses visuels, et certaines scènes, en conséquence, sont vraiment difficiles d'un point de vue moral. Le film, visuellement, est ceci dit magnifique, mais complètement délirant : le plan final
semble tout droit tiré d'un post-nuke, par exemple, et le film, de manière générale, est d'un baroque extraordinaire et grandiose. Les décors sont étonnants, originaux, et audacieux, car
complètement What the fuckesques, mais o combien magnifiques... Sans déconner, certaines scènes se rangent parmi ce que j'ai vu de mieux, à commencer par la dantesque scène d'introduction, aussi
sublime qu'elle est insolite.
Dans tout cela, on a aussi deux acteurs principaux de très grand talent... Vanessa Redgrave est sidérante et ne parlons même pas d'Oliver Reed : outre la puissance et l'intensité de ce qu'il a
toujours considéré comme sa meilleure performance, bon sang, quel charisme, quelle présence! Les acteurs de ce calibre sont rares aujourd'hui...
Quel chef d'oeuvre, putain. L'année commence bien"

voracinephile 24/01/2013 13:49



^^ Heureux que tu l'ais enfin vu ! Il est disponible en dvd du coup ?


Sinon, le film est tellement hystérique, il contient tellement de choses subversives que c'est impossible de tout aborder en un  commentaire... Un pur chef d'oeuvre, provocateur, couillu,
jamais vu et impossible à refaire aujourd'hui. Une telle frénésie artistique, ça te fous le moral par terre tellement ça va loin , mais tuu en sors aussi avec une pêche pas possible tant la baffe
était grosse ! Indubitablement un chef d'oeuvre et il rentre largement dans mon top 15.



Vince12 31/05/2012 13:27

Je vais aller voir ça et pour Scarface ma chronique sear publiée aujourd'hui u peu après 16h15 sur naveton. A voir absolument ce film !

voracinephile 31/05/2012 18:01



Vu ta chronique, en effet, c'est un film à visionner d'urgence. Très curieux de voir le résultat qui a inspiré DePalma...



Vince12 31/05/2012 11:50

Je pense qu'il ne l'a pas vu en entier en tout cas il m'a dit qu'il avait vu en deux fois ce qui est loin d'être idéal pour ce film. Ensuite même s'il l'a vu en entier je pense qu'il l'a regardé en
disant "bon je l'ai depuis des mois faut que je le regarde pour lui rendre" donc comme une formalité.
Sinon oui pour les Diables je pense que ça sera ma prochaine chro après celle du vieux Scarface de 1932.

voracinephile 31/05/2012 13:23



Ah oui, c'est vrai qu'il existe une ancienne version de Scarface que je n'ai jamais vu... Curieux de le découvrir par l'intermédiaire de ta chronique. Au fait, ma chronique sur Inglorious
basterds est sortie !



Vince12 30/05/2012 17:52

Oui en principe, sauf quand il me dit que Requiem pour un massacre est bien mais sans plus, quoique je pense qu'il a juste regardé le début et comme il avait mon DVD depuis longtemps il a voulu me
le rendre assez vite.
Sinon je chroniquerais surement Les Diables sur Naveton.

voracinephile 31/05/2012 10:36



Aïe pour Requiem... De mon côté, il n'y a que sur internet que j'ai lu des avis positifs sur ce film. Espérons qu'il aura de nouveau l'occasion de le voir au complet...


Je reste à l'affut sur Naveton en attendnt ta chronique !



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