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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 14:00

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Les réalisateurs espagnols nous ont souvent offerts des petites merveilles en allant bosser à l’étranger (The constant gardener, 28 semaines plus tard…), sans toutefois qu’on crie au chef d’œuvre. Mais ça, c’était avant de voir Les fils de l’Homme. Œuvre d’anticipation particulièrement réaliste, au postulat ingénieux et particulièrement révélateur d’un visage de l’humanité, Alfonso Cuaron brosse un portrait gris et sombre d’une société qui se réfugie dans le totalitarisme pour conserver un minimum d’ordre. Des partis pris ambitieux, des enjeux humanistes et des instants de pure contemplation… Les fils de l’Homme est un grand film sous bien des aspects.

L’histoire : 2027, le monde s’est effondré suite à la stérilité de toutes les femmes du monde. Téo, citoyen britannique toléré par la dictature en place, est contacté par les poissons, un groupe terroriste, pour convoyer une femme de la plus haute importance.

 

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Formellement, le film fait déjà preuve d’une cohérence qui force l’admiration en termes d’ambiance. Jamais la grande Bretagne n’a autant ressemblé à une dictature. Une ambiance grise omniprésente, des cadrages qui dévient peu à peu des protagonistes pour s’attarder sur des détails révélateurs du désespoir ambiant (l’omniprésence de la police, le sort des réfugiés, les bûchers…). On nous brosse un futur hypothétique ultra crédible (les technologies sont à peine plus évoluées que maintenant), et les spéculations faites sur l’humanité en pleine période de crise font mouche régulièrement. C’est d’ailleurs ici que réside le parti-pris le plus casse-gueule du film : il persiste à rechercher l’humanité dans ce qu’elle a de plus vil : la xénophobie, le terrorisme, les conflits armés… En affichant cette crasse et ce désespoir, le film aurait pu facilement basculer dans le misérabilisme ou dans le pamphlet anti-humain outrancier. Mais l’interprétation au millimètre des protagonistes (Clive Owen, mais aussi ) permet de dépasser le stade de la misère humaine et de révéler au grand jour les sentiments que les humains peuvent éprouver même dans ces moments noirs de leur existence. Ce drame cerne avec une grâce totale la capacité des humains à changer du tout au tout dès que l’espoir peut renaître. Si l’illustration est globalement en défaveur de la nature humaine, c’est parce que celle-ci est dans une situation catastrophique, et que l’absence d’espoir l’a totalement déshumanisée. Ce qui explique la multiplicité des dérives que nous serons amené à constater : intégrisme religieux, terrorisme, repentants, répression policière… Conséquence : la fin arrive comme une conclusion merveilleuse, concluant merveilleusement sur une note d’espoir, celle qui manquait à l’humanité du film. L’évolution des protagonistes en général est elle aussi assez révélatrice d’une certaine part d’humanité. Téo a la quarantaine bien sonnée, il est cynique et tente de survivre sans histoire ses dernières années. Mais la découverte de Kim et de l’enfant qu’elle porte va peu à peu réveiller des instincts paternels qu’on ne soupçonnait plus chez lui. De même le nouveau chef des poissons tentera tout pour récupérer l’enfant, autant pour s’en servir de bannière politique que pour le rassurer sur son humanité intacte (son déchirant discours en pleine gunfight). Quant à Jasper, il conservera jusqu’au bout son comportement satyrique (avec sa vision de caricaturiste bourré d’ironie permettant de faire face à la situation quotidienne avec un certain recul). En bref, chaque personnage est travaillé, ce qui nous permet de les comprendre avec une réelle empathie, et donc d’apprécier à leur juste valeur leur sacrifice à la cause. Le drame parvient également à transcender son discours en dynamisant son récit au maximum avec des scènes de suspense réalistes et particulièrement immersives (la caméra à l’épaule parvient par moment à capter une intensité que peu de films ont su retranscrire, les long plans séquences n’y sont pas étranger). L’armée n’y va pas de main morte, aussi les 20 dernières minutes du film concurrencent sans peine le final d’Il faut sauver le soldat Ryan. Combinant suspense et portrait de l’humanité, Les fils de l’homme est tout simplement un indispensable, un drame particulièrement énervé et efficace, qui sait révolter autant qu’émouvoir (les terroristes et les forces de polices ne tardent pas à être sur un pied d’égalité), et rend parfaitement justice à l’humanité en ne la privant jamais de ses sentiments. Un chef d’œuvre.

 

6/6

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commentaires

Laurent 05/02/2012 10:49

Un grand film d'anticipation, qui ne vous lâche pas les neurones de sitôt. Quelle injustice que son manque de succès dans les salles.
Je viens de lui consacrer un billet, qui va tout à fait dans le sens du tien...

voracinephile 05/02/2012 15:29



Bienvenue sur mon blog, Laurent ! Je vais jeter un coup d'oeil à ton article dans l'après midi. Merci d'être passé sur cet article, pour un film véritablement excellent qui semble avoir été
pourtant oublié.



2flicsamiami 09/09/2011 10:09


Ah enfin ton retour :)
Très grand film ce Fils de l'Homme. La réalisation quasi documentaire nous permet vraiment de nous plonger dans ce monde apocalyptique mais également de toucher du doigt les vestiges de notre
inhumanité (je pense aux docu sur la seconde guerre mondiale). J'adore Michael Caine dans ce film.

Vivement le prochain film de Cuaron !


voracinephile 14/09/2011 15:02



Retour epileptique pour le moment, car ma fréquentation à internet, risque d'être plus rare pendant quelques temps.


Sinon, excellent film en effet, un vrai chef d'oeuvre pour moi. Michael Caine est parfait dans son rôle d'ancien dessinateur de caricatures. Merveilleux de long en large.



Alice In Oliver 07/09/2011 16:15


clairement, le chef d'oeuvre de SF de ces dernières années: domamge qu'il n'ait pas trouvé son public en salles. Sinon, très heureux de ton retour.


voracinephile 14/09/2011 14:32



En effet, bien dommage qu'il n'ait pas fait plus de bruit que ça. Mais depuis, sa côte grimpe avec  assurance (du moins auprès de ceux à qui je fais découvrir le film). Pour le retour, je
resterai très épisodique, car je ne serai plus en ville cette année. Le cyber café du coin va faire des profits, en attendant de trouver un contrat d'internet par satellite décent.



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