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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 07:14

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Il est intéressant de découvrir aujourd’hui un film aussi underground que Les funérailles des roses, œuvre méconnue du cinéma japonais qui se propose, en 1969, d’infiltrer l’univers des travestis sous couvert de tragédie oedipienne. C’est essentiellement pour la vision dépassionnée, loin de tout jugement que le film tire sa valeur, en accordant toute la décence que méritent les personnages, sans toutefois convaincre sur tous les tableaux.

L’histoire : Eddie, jeune travesti, afin de pouvoir vivre avec l’actuel compagnon de sa mère castratrice et infidèle, tue cette dernière et son amant de passage. Il se retrouve alors propriétaire de l’hôtel, qui devient un club gay huppé. Toutefois, les temps changent, et les mœurs de la clientèle aussi.

 

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Sujet bien sulfureux que celui des travestis, même à la fin des années 60 et l’arrivée des années choc 70’s. Et Les funérailles des roses poussent l’audace de s’y attaquer en ajoutant beaucoup de séquences expérimentales, cultivant beaucoup son esthétique noir & blanc. Mais la forme se stylise beaucoup pour aussi se réclamer du cinéma underground, le fond est finalement beaucoup moins sulfureux vu de nos jours. En fait, le ton est plutôt à la décence et à l’objectivité, ainsi qu’aux révélations des sentiments des personnages, travestis ou non. Un point de vue finalement judicieux, puisqu’il n’a absolument pas vieilli en plus de 50 ans. C’est principalement sur Eddie que le film se concentre, sur ses doutes, sa situation amoureuse ainsi que sur la vie de l’hôtel, où apparaissent bientôt des travestis beaucoup plus portés sur la sexualité que ce que la décence d’Eddie pourrait tolérer. Ainsi, LFDR souhaite instaurer une distance entre le travesti et la connotation sexuelle couramment associée, qui finalement empoisonne le regard des autres à l’extérieur de l’hôtel. Le film met également en scène des travestis qui n’ont rien de provoc, qui tendent simplement à assumer une féminité vestimentaire et cosmétique (par l’intermédiaire d’interviews qui renforcent le côté « cinéma vérité », le film évacue gentiment la transsexualité, avec des personnages se comportant en filles sans pour autant vouloir en devenir une) sans se vivre comme une provocation ambulante. Il n’y a pas de provoc dépassant simplement les sujets abordés, rien de purement gratuit (peut être que le tournage du film porno-trans auquel participe Eddie froissera une partie de l’auditoire, mais en dehors de séquences expérimentales peu démonstratives, rien de bien lourd). C’est là la principale qualité du film, et l’explication la plus claire de son efficacité intacte. Hélas, tout n’est pas non plus réussi. Les séquences expérimentales auront beau être stylisées, certaines se révèlent comme pur artifice ou désagréables (l’orgasme sur une musique de cirque…). Quand certains traits d’humour se révèlent finalement un peu à côté de la plaque (le gag de l’accéléré complètement éculé, souvent ressorti lors d’affrontements efféminés de travestis) et agaçants sur la longueur. Enfin, il y a la tragédie oedipienne qui jalonne le récit. Suivre les personnages aurait pu justifier l’intérêt du film, mais régulièrement, de petits éléments viennent rappeler qu’on est dans une variation du mythe d’oedipe (avec le côté homo qui vient inverser les canons d’attirance et de haine). Ce qui nous aiguille vers un final grandiloquent et téléphoné, qui n’apporte rien à l’histoire. En fait, le film finit par être prisonnier de la tragédie qu’il reproduit (plutôt que de simplement chercher à faire des parallèles, le film retrace complètement le cycle), et se retrouve obligé de suivre les directives de ce dernier quitte à en perdre sa logique (Eddie qui se crève les yeux… mais pourquoi ?). Dommage que la copie se révèle imparfaite, peut être trop ambitieuse alors que le sujet se révélait suffisamment iconoclaste pour son époque. En résulte un film étrange et esthétique, très appréciable pour son rejet du manichéisme…

 

4/6


1969
de Toshio Matsumoto

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