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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 11:23

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J’ai eu d’énormes réticences à découvrir ce film. Un mois déjà avant son lancement, sa bande annonce m’avait complètement déprimé, j’y voyais là une accumulation de clichés, une compilation de l’homosexualité et de la transsexualité en mode grosse farce… Le genre de film inoffensif et étouffant de légèreté. C’est donc un peu résigné que je suis allé le découvrir en salle, 3 mois après sa sortie. Pour un résultat plutôt piteux. Si c'est moins pire que la vulgarité à laquelle je m'attendais, on est devant un bien fade représentant de son genre…

L’histoire : Guillaume a toujours été élevé par sa mère comme si il était une fille. Gentiment efféminé et agissant régulièrement en fille pour rendre sa maman fière de lui, il entame des études supérieures au cours desquelles il tombe amoureux d’un étudiant.

 

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Avec La vie d’Adèle, c’est la production officielle LGBT de 2013 (celle de 2014 n’ayant pas tardé depuis : YSL). C’est aussi et avant tout un sérieux coup marketing (pour être resté aussi longtemps en salle, difficile de le voir autrement). Peut être un peu audacieux de miser sur un divertissement connoté pour faire de grosses ventes, ce qui laisse supposer une certaine confiance dans le public (dont on a pu mesurer l’intérêt avec Ma Vie avec Liberace (ayant trouvé sa place dans le top 20 de votre chroniqueur)). C’est aussi un film calibré pour le grand public, avec humour léger, récit de vie et lointaine réflexion sur le genre. Petites prises de position ponctuelle, mais dans l’ensemble, le tout a été bien arrondi (à l’image des quelques gags sur la peur de la relation homosexuelle, qui ne montreront rien). C’est au final le principal reproche que je ferai à Les Garçons et Guillaume à table, il n’a rien d’exceptionnel, à aucun moment. Ce dont il parle des films l’ont déjà abordé, et avec moins de distances, moins de manières aussi, et en prenant beaucoup plus de risques. Vu l’essence autobiographique même du projet (imposée dès l’ouverture par le maquillage de Guillaume Gallienne qui se prépare pour le grand show de sa vie), il est délicat de porter un jugement sur les évènements vécus, qui ont façonné sa personnalité. C’est son histoire, et les leçons qu’il a pu en tirer sont là. Mais cela valait-il la peine de venir nous l’exposer ? Le postulat est atypique, c’est une évidence. La perspective d’être au sein d’une famille qui nous traite avec un décalage flagrant de personnalité, jamais remis en question, offre un contexte psychologique et émotionnel très riche, mais biaisé dès la base sur son approche des genres (puisqu’il s’agit d’un garçon « normal » traité comme une fille qui se développe et expérimente ses émotions et désirs, personnels ou imposés par son entourage). Ce décalage n’est jamais totalement expliqué, et demeure assez hallucinant (c’est presque une conspiration familiale, d’imposer une telle situation à un proche et de créer une contradiction qui n’avait pas lieu d’être). Mais c’est une comédie, et la légèreté ne vient jamais souligner cela. Les situations s’enchaînent, les expériences aussi, mais le film fait fi de toute gravité, préférant la bonne euphorie naïve à la dépression attendue. Un choix, léger et facile d’accès pour le grand public, qui limite considérablement la portée du discours du film, déjà pas bien grande. Car si les situations s’enchaîne, la situation n’évolue pas, ou alors seulement sur la fin, par un retour à la normale évident et attendu.

Ben évidemment, il y a quelques moments de tristesse, largement noyés dans le lot des péripéties diverses et des gags légers. Sur ce point, le film m’a surpris. Je m’attendais à du sale (la relaxation d’anus dans la bande annonce… ouch !), le résultat est au final plutôt enlevé, du niveau d’une gentille comédie pas très rythmée. Et le portrait de mère (interprétée par Guillaume), est une performance d’acteur amusante (dans ses tics, ses manières, c’est un personnage bien retranscrit). Mais, en tant qu’adaptation d’un spectacle, le film n’offre aucun moment de cinéma. C’est une simple mise en image, avec quelques jolies scènes pour embellir le tout, et quelques gimmicks pour lisser le produit au rayon comédie davantage qu’au rayon drame (la piscine). On ajoute à cela quelques petites piques sans prise de risque, comme cette représentation des pensions catholiques où les jeunes étudiants se masturbent tous en chœur à la lumière d’une croix de néon une fois la nuit tombée (oh les hétéros pathétiques de libido…). En résulte un film globalement tout à fait fréquentable, poli et gentil, avec ses petites expériences et ses petits soucis, mais question ampleur, on a clairement un succédané. Sans doute que les petites vieilles que j’ai vu défiler aux projections apprécient les gentillesses efféminées et maladroites de Guillaume, mais si on décide de s’intéresser un minimum aux sujets (homosexualité, travestissement…), la légèreté de Guillaume s’envole bien vite pour ne plus laisser grand-chose.

 

 

2/6


2013
de Guillaume Gallienne
avec Guillaume Gallienne, André Marcon

 

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commentaires

borat8 01/07/2014 18:50

J'ai vu plus d'une fois The Faculty (un peu trop dirais-je) mais ce n'est qu'un vulgaire détail et ce n'est pas non plus un détail très exploité surtout à la fin. ça l'aide surtout à niquer Jordana
Brewster! lol

voracinephile 13/07/2014 16:57



Oui, évidemment, on est dans un teen movie sauce rodriguez ! Mais bon, il a au moins un talent pour la photographie qui lui donne un potentiel. Je reverrai quand même the faculty !



princécranoir 27/06/2014 20:39

Tu n'as pas à t'excuser pour ces effusions, d'abord parce que tu es chez toi et que tu fais ce que tu veux, et ensuite parce qu'elles sont très bien effusées. ;)
Je ne vais pas pour autant m'aligner sur ton argumentaire critique, non pas que j'adhère à cette théorie fallacieuse évoquée et à mon avis hors du propos de Gallienne, mais parce que tu sembles
regretter le choix de la comédie pour traiter d'un tel sujet. Tu cites à juste titre d'autres très beaux films comme "tout sur ma mère" qui choisissent le pli dramatique, mais combien, depuis "some
like it hot" ont préféré le parti d'en rire (intelligemment s'entend, donc pas la peine de me sortir "la cage aux folles" ou "pédale douce" et consorts). Je crois que Gallienne voulais juste
partager à sa manière, un vécu sincère, sans forcément avoir envie d'en faire un manifeste sur le genre. Lorsque tu évoques la "proximité sentimentale" de Lawrence anyways, je reste aussi interdit
que toi face aux gags qui m'ont pourtant bien fait rire dans le film de Gallienne.Il me semble pourtant que les prétentions artistiques de Gallienne sont plus sympathiques que l'esbroufe clinquante
du québécois narcissique.

voracinephile 29/06/2014 13:47



Si je dois reconnaître que mes goûts en matière de comédie ont tendance à être peu subtil (OSS 117, le dîner de con, nos jours heureux...), j'essaye beaucoup de faire la part des choses. Je sais
que je ne suis pas bon public en termes de comédie, mais certaines restent efficaces pour passer une bonne soirée. Quand l'humour tourne essentiellement autour d'un personnage, à moins d'un bon
prétexte pour le rendre transparent (meilleur exemple : le grand blond avec une chaussure noire), il m'ennuie vite. Et ici, c'est un personnage vraiment banal (la particularité du climat familial
ne crée rien en lui, il ne l'exprime que via des petits gags (gentiment humiliants pour lui) mais pas méchants. Mais j'ai l'impression que peu de monde le ressent ainsi. Viser une légèreté
frivole, c'est léger pour l'esprit, mais quand la galerie des personnages dévoilée est aussi piteuse (seule la mère offre un intérêt)... Vivement que je découvre Grand Budapest Hotel, lui a au
moins l'air d'avoir une identité.



Vince12 27/06/2014 17:01

Pas vu et pas envie car je constate que ta chro rejoins mon pronostic.

voracinephile 13/07/2014 14:37



Oui, je ne te le recommande pas



princécranoir 27/06/2014 10:33

Moi je suis plutôt comme Hdef. Sans crier au génie, ce film m'a vraiment bien amusé sans que j'ai eu l'impression qu'on me prenne pour un débile mental (genre Danny Boon ou la plupart des comédies
franchouillardes du genre). ça tient sans doute au caractère intime et personnel du scénario. D'ailleurs la gémellité voulue entre Guillaume et sa mère m'a directement renvoyé à Lawrence et sa mère
jouée par Nathalie Baye. Contrairement à Dolan, le film de Gallienne a au moins le mérite de s'essayer à l'auto-dérision.

voracinephile 27/06/2014 15:29



Ta critique était la première que j'avais lue sur le sujet. Et je dois dire que je rejoins plutôt l'avis de Zogarok, totalement contre. Guillame ne nous prend pas pour des débiles (manquerait
plus que ça), mais la légèreté dont il fait preuve n'offre rien de consistant. Il présente sa vie comme une expérience où rien ne semble se produire, l'atypicité du climat dans lequel il évolue
n'est jamais développé au delà de la comédie ou du vague portrait de loin. L'auto-dérision ne sert jamais à autre chose que faire ces petits gags légers (quitte à étaler au monde son impuissance,
autant faire rire avec), mais sur quoi débouche cette légèreté ? Des comédies dramatiques comme Transamérica ou Tout sur ma mère sont bien plus gratifiantes, elles installent une réelle proximité
avec le spectateur, les sentiments m'y ont semblés consistants, alors que Guillaume n'a pas la moindre ampleur dans la description de sa vie quelconque. J'aurais mis la moyenne si il avait un
charisme (sa mère, c'était déjà mieux, mais elle n'est  pas au centre du récit). Je comprends qu'on puisse rire sans se prendre le choux dessus, mais si Guillaume a évité d'être vulgaire
(malgré la tentation pendant la cure de jouvence), sa vie ne m'a rien offert de conséquent. Dolan a au moins le mérite d'installer une proximité sentimentale consistante, mais froide (et donc, à
moins d'adhérer au comportement, je comprends qu'on puisse être agaçé).


 


Une théorie toutefois m'avait été exposée, celle de dire que la situation de Guillaume servait à intervertir les deux oriantations homo/hétéro, et montrer que l'hétérosexualité pouvait se vivre
aussi comme une épreuve et une épreuve initiatique d'émancipation. Intéressant, et complètement hors de propos. La société étant hétéro, la situation de guillaume est juste un retour dans la
masse, à la normale (car franchement il ne retient rien de ses errances enfantines).


 


Et pour un hétéro repenti, je trouve que Guillaume s'implique beaucoup dans les productions strictement lgbt et connotées. Je sais déjà qu'il n'y a rien qui m'intéresse dans sa vie, c'est dire si
j'espère de ses prochains travaux...


J'ai l'impression d'avoir formulé une réponse vraiment péremptoire et hermétique au sujet de ce film. Mais mon opinion assez braquée ne cherche pas à dissuader de répondre ^^ (je suis un peu
effusif en voulant bien me faire comprendre (car les multiples nominations du bestiau m'avait incité à faire un brainstorming de pourquoi je n'aimais pas trop)).



borat8 27/06/2014 00:38

En effet HDEF, il est bien photographe pour le journal du lycée et on le voit systèmatiquement avec son appareil.

voracinephile 27/06/2014 10:24



Yep ! Merci Borat, quelle mémoire !



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