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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 11:26

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On le savait, de Niro qui joue les psychopathes, ça donne Taxi Driver ou encore  Trouble jeu. Mais on ne pouvait pas vraiment s’attendre à la claque des Nerfs à vif, thriller scorcesien de bonne facture (quoique beaucoup plus bis à l’accoutumée), qui se propose de jouer avec le fameux dilemme des avocats de la défense : défendre un client que l’on sait pertinemment être coupable. Une bonne idée, qui met finalement en relief (on s’y attendait) les grandes capacités d’acteur de de Niro…

L’histoire : après avoir tiré 14 ans de taule, Max Cady, un brin psychopathe, respire pour se venger de son avocat, mettant en doute l’intégrité de ce dernier pour l’avoir défendu.

 

Cape_Fear.jpg


Remake du film éponyme des années 60 (dont il recycle les deux têtes d'affiche), Les nerfs à vif se veut être une relecture nerveuse et ancrée dans le style scorcesien, mais en bigger than life. Autant noter tout de suite que malgré ses allures de thrillers un peu bis, Les nerfs à vif est un véritable film à casting. De Niro, Lange, Nolte, Lewis, Mitchum, Peck… Du bon gros casting avec des noms connus, et ici un peu de méchanceté, comme en témoigne l’emploi de la violence faisant toujours mal (les meurtres de la partie finale impressionnent) et les fréquents élans du film à vouloir égratigner la belle façade de la famille américaine riche, torturée par ses propres démons et harcelée par notre psychopathe de service. Dans le genre rôle jubilatoire, celui de Max Cady se pose là, et on sent immédiatement la jouissance de De Niro à l’interpréter. Le scénario lui fait d’ailleurs la part belle, notre taulard étant tout simplement indestructible (il encaisse des chocs démentiels, il se bat après une séance de tabassage à la barre de fer…), tout en se révélant adroitement manipulateur, esthète cultivé (ses fréquentes citations des grands auteurs) et accessoirement violeur et un brin pervers. Un rôle pour le moins riche, et ici complètement tourné vers son interprète qui fait éclater à tous les instants le charisme évident du personnage (tout en lui conférant une rage impressionnante pendant les séquences de violences. Avec un personnage aussi haut en couleur, les seconds rôles se disputent les miettes qu’il reste, sans pour autant renoncer à bien jouer leur personnage. Nick Nolte se débrouille dans son rôle d’avocat pincé qui cède peu à peu à l’illégalité dans l’espoir de se débarrasser de l’importun, et faisant finalement face au dilemme moral dont on l’accuse (partialité), Lange gagne beaucoup en charisme dans les derniers soubresauts de tension, et Juliette Lewis se révèle à la hauteur de son personnage, gentille sans être particulièrement charismatique (malgré les programmes télé qu’elle regarde, digne de La machine à laver). On retiendra surtout l’intensité du rythme de la narration, qui enchaîne sans temps morts les différents échelons de notre escalade de violence, jusqu’à un final véritablement tendu qui tient toutes ses promesses, en se donnant même le luxe de prendre parti (Nolte n’a pas à se salir les mains, le scénario s’en charge pour lui). Une tension latente qui éclate de plus en plus violemment, jusqu’aux attendus meurtres qui viennent tâcher la tapisserie avec un punch remarquable, quoique pas vraiment inattendu de la part du réalisateur de Casino. Une découverte sympathique en tout cas, qui a le mérite d’apporter une bonne dose de divertissement à des enjeux moraux pertinents question justice américaine.

 

4,3/6


1991
de Martin Scorsese
avec Robert De Niro, Nick Nolte

 

Audiences-TV-Les-Nerfs-a-vif-et-Envoye-special-20-ans-au-co.jpg

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commentaires

princécranoir 08/07/2013 09:06

Je suis d'accord avec Vince, la version de JL Thompson est à voir ! d'abord pour ses deux acteurs géniaux que sont Peck et Mitchum mais aussi pour son sublime Noir et Blanc expressionniste et
hitchcockien.

voracinephile 08/07/2013 13:41



Je souligne Cape Fear dans ma liste. J'ai revu le remake depuis, les audaces pop sont effectivement vraiment présentes régulièrement dans le montage. Et le générique le reproduit très bien à lui
tout seul (avec ces animaux prédateurs...).



Vince12 07/07/2013 19:03

Je te conseille l'original qui est non seulement un excellent thriller mais qui permet aussi de vraiment comprendre la démarche du remake. Et peut être qu'après ça tu sera d'accord avec le terme
"Héros" ;)

voracinephile 07/07/2013 22:04



Compris, je rechercherai ce cru précieux et j'en profiterai pour amorcer une comparaison...



Vince12 07/07/2013 14:40

Un Scorsese très sous estimé. Quand on a vu l'original on comprend la portée de celui ci. L'original met en scène la famille américaine modèle opposé au "grand méchant loup psychopathe". Ce remake
inverse les rôles la famille n'est pas du tout modèle. Le Mari trompe la femme qui est hystérique, la fille paumée se drogue. Dans l'original Cady veut se venger de l'avocat qui est intervenu pour
sauver une de ses victimes, ici il revient pour se venger d'un avocat qui a manqué à son devoir de défenseur.
Au frinal Cady devient presque le héros du film, une sorte de justicier apocalyptique venu châtier cette "famille de pécheurs". D'ailleurs le personnage fait sans cesse référence à la bible et
dispose d'une force surnaturelle (ce qui n'était pas le cas dans l'original). Scorsese ironise même en donnant à Mitchum le rôle de l'avocat de Nolte et à Peck celui de l'avocat de Cady. Un
retournement de situation incroyable et un remake intelligent qui dénonce les mythes de la société américaine.

voracinephile 07/07/2013 18:52



Justement, je n'ai pas vu l'original et ça doit se sentir... Exit le manichéisme, bienvenue les coups bas des deux côtés. C'est ce qui fait tout le sel de ce thriller finalement. L'avocat qui se
lance dans des procédures de plus en plus illégales pour régler le problème, et de l'autre le dur à cuire qui réplique par une violence cinglante.


Je n'aurais pas osé dire un héros, mais effectivement un redresseur de tort, à sa façon. Merci pour le détail final, un clin d'oeil amusant à l'original qui souligne davantage les ajustements
faits sur ce remake.



princécranoir 02/07/2013 21:58

Remake haut en couleur d'un classique du Film Noir, Scorsese recycle et régurgite la matière cinéphilique comme aucun autre (le film aurait dû échoir à Stephen Frears, il aurait sans doute eu une
toute autre allure) : il invite Peck et Mitchum bien sûr, mais convoque aussi Freddie Francis, le vétéran de la Hammer pour donner un éclairage fantastique, et Elmer Bernstein pour revisiter la
partition originale de Bernard Hermann (et multiplier par là-même les référneces à Hitchcock). Il se paie les services du graphiste génial Saul Bass afin de mieux déguiser son remake sous une tonne
de stylisation. Il y a les pour et les contre. J'avoue que, même assez fan de l'original, je me laisse envoûter par le cabotinage de De Niro et la mise en scène maniériste de Scorsese. C'est
presque du Pop Art.

voracinephile 03/07/2013 12:40



Oh, que d'éloges ^^ ! Incontestablement pas mal d'ambitions dans ce remake efficace qui transpose le pitch à notre époque, avec une hargne tout à fait appropriée. Le cabotinage de De Niro est un
plaisir de tous les instants. Et effectivement, on sent un maniérisme visuel beaucoup plus présent que sur d'autres oeuvres de Scorcese, habituellement dépouillées de tout effets (Casino,
merveille dans ce genre, le seul artifice cinématographique étant son montage dynamique, tout le reste est quasi documentaire). J'aimerais lire des critiques contre sur ce film, il posséde une
belle identité à laquelle j'ai pleinement adhérée...



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