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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 11:37

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Tony Scott est un réalisateur que j’apprécie très moyennement. Si True Romance possède effectivement une essence cinéphile tarantinienne souvent jubilatoire, il s’est parfois perdu dans des petits navets comme L’attaque du métro 123, ou dans des objets digne de Taken (l’énervant Man on Fire que tout le monde aime). Pourtant, son premier travail tient du chef d’œuvre de mise en scène. Les prédateurs, film de vampire admirablement mené, est un régal en termes d’ambiance, notre cadet lorgnant vers la classe de son aîné Ridley. Une filiation pour le meilleur, le temps d’un premier long.

L’histoire : Miriam et John forment un couple de vampire d’un raffinement certain. Hélas, John ayant été transformé par Miriam pendant la renaissance (donc pas vampire de naissance), recommence à vieillir à vitesse accélérée. Il réclame alors de l’aide au docteur Sarah Roberts, qui cherche à ralentir le vieillissement d’un organisme…

 

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Tout d’abord, c’est le style visuel de Tony Scott qui se fait immédiatement remarquer. Loin du « fonctionnel » assez pauvre de ses futures productions, il gère ici des ambiances sombres, mélange les styles avec aisance (introduction clippesque qui précède une exposition des personnages éclatée dans le temps sur fond de quatuor à cordes), et surtout, par son montage, il ose des séquences qui flirtent avec l’expérimental. On note assez vite l’obsession visuelle du film, qui refuse les teintes chaudes (à l’exception du sang) et se maintient constamment dans une atmosphère sombre, propice donc aux vampires (qui ne semblent plus craindre le soleil), et très dense (Ridley Scott avait tendance à « saturer » les ambiances de ses lieux de tournage en y ajoutant de la fumée, ici, la saturation est plutôt auditive, Tony rajoutant beaucoup de bruits d’oiseaux, de musique classique, de sons étranges…). Avec de véritables envolées sur les terres du fantasme quand du vent commence à agiter de minces rideaux de soie transparents (tous les temps forts du film contiennent cet aspects : des scènes entièrement vues au travers des tissus, tantôt assimilé à un linceul pour la mise en bière, tantôt à un drap nuptial durant la sulfureuse rencontre très fantasmée entre Miriam et sa prochaine candidate à l’éternité). Mais c’est par le raffinement des personnages et des effets que le film remporte définitivement l’adhésion. Elégants, mis en scène avec un romantisme qui alterne entre le torride et le glacial, le film explore un langage sentimental d’une intensité inattendue, cernant avec pertinence une mélancolie vampirique aussi touchante que la mort revient s’interposer entre les deux amants. Ainsi, le film se divise en deux parties : l’achèvement d’un cycle avec David Bowie (dont le vieillissement est admirable, un modèle en son genre), et le commencement d’un nouveau, encore plus fantasmé, qui s’aventure sur le terrain houleux du saphisme avec une grâce ma foi… éblouissante. Un film à regarder avec des lunettes de soleil donc, ce qui s’accorde assez avec les personnages du film qui en portent constamment… Gérant son histoire avec un rythme lent qui permet quelques digressions développant grandement l’ambiance très austère qui imprègne le film, Les prédateurs refont en quelque sorte la mythologie du vampire, évacuant tous les enjeux qui sont habituellement de rigueur (pas de croix ou de pieux, seulement des êtres avec un sang étrange qui se nourrissent d’autre sang pour survivre) pour se focaliser uniquement sur la passion qui se dégage de ces créatures fantastiques. Plus que jamais, le vampire est un monstre de séduction, qui non seulement lui permettent d’accéder facilement à sa nourriture, mais qui guide constamment ses actes. Libre de tout enjeu matériel (pas de pouvoir, de rivalités, de contraintes…), ils vivent comme ils l’entendent, et ne semblent finalement s’attacher qu’à la recherche d’un bonheur durable axée avant tout sur des individus. Concluant avec un final cauchemardesque (vision particulièrement terrifiante), le film ne conclue pas, il préfère même repartir immédiatement sur la note mélancolique qui donne le ton du film, dernier plan qui condense assez bien l’atmosphère qui nous a été distillée sur une heure et demie. Un film méconnu, et probablement le meilleur de son réalisateur.

 

5/6


1983
de Tony Scott
avec Catherine Deneuve, David Bowie

 

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commentaires

Zogarok 22/09/2013 16:50

Pourquoi l'aurais-je relevé ?

Oui, la mise en scène est inhumaine et en même temps le scénario met en avant (sans savoir les cultiver) les sentiments hypertrophiés - comme dans "Déjà Vu".

voracinephile 22/09/2013 17:58



Parce que nous vivons en société, et que l'avis général peut difficilement être écarté d'une critique objective... Mais on se fout de l'objectivité ici (et j'apprécierai toujours ta franchise
dans l'affirmation tranchée de tes avis, type "Je lutte contre le monde ?... Ah!"). J'imagine que je le relève moi simplement pour souligner davantage la prise de position marginale.


Déjà vu, il faudra que je le revois, il revient aussi souvent comme un cru honnête de Scott. Je n'y ai pas particulièrement adhéré pour ma part, en fait, l'implication dans l'intrigue est assez
ratée. Malgré la tentative originale de jeu avec le temps, je n'ai vu aucune virtuosité.


 


Par contre, je suis au regret d'écrire que, dans un élan de remise en doute cet après midi, j'ai revu Top Gun... Définitivement non, même si l'humour des années 80 fait parfois mouche. Mais
sinon, c'est... trop. Beaucoup trop. Et ce n'est même pas du mépris pour se donner un air de sélection, c'est vraiment les bidasses s'envoient en l'air avec rebondissements enchaînés les uns aux
autres. Et fibre nostalgique ou pas, la bande originale est in-su-ppor-table.



Zogarok 22/09/2013 12:24

Quoi, mais qui peut aimer "Man on Fire" ? C'est comme "Déjà vu" : limite pas humain.

Premier et meilleur film (mais je n'ai pas vu "Vengeance" ni "Le Dernier Samaritain"), je le crois aussi ("True Romance" derrière).

C'est bien en tout cas. Prochaine mission : prendre le parti de "Top Gun". Là tu serais VRAIMENT transgressif !

voracinephile 22/09/2013 12:56



Tu dois avoir constaté par toi même que Man on Fire doit être le film le plus populaire de Tony Scott (avec True Romance, qui a une essence tarantinesque déjà plus séduisante). C'est amusant que
tu dises le résultat non humain, vu que justement, les sentiments de Denzel Washington sont souvent mis en avant dans les chroniques partisanes... Mais cette justification de la vengeance est
tellement classique (Besson a fondé la quasi totalité de sa filmographie sur cette pulsion) que ça en devient une règle admise... C'est ce qui rend génial un projet comme Universal soldier 4, qui
se sert de cette pulsion pour "manipuler" son héros principal. C'est une puissance rarement osée !


Pour Top Gun, je suis hystrionique et masochiste, mais là... Autant se faire fister par un Rafale... Peut être un peu extrême comme comparaison, mais... Bon sang, le thème du film est entrain de
me revenir en tête, je ne vais pas pouvoir l'oublier pendant une heure... Naaaannnnnnn !



Vince12 08/06/2013 22:52

je viens de regarder et en effet ça a l'air nanardeux. la voix off c'est le pire de cette BA, on dirait une parodie des inconnus

voracinephile 08/06/2013 23:34


Et malheureusement, elle est incomplète... Mais la tag line de la fin, "attention aux morsures !" est un régal ! Je l'ai sur un dvd, j'essayerai de l'uploader dans les prochains jours...


Vince12 08/06/2013 21:35

Clairement Les Prédateurs tient aussi du fantasme et une fois encore je trouve que c'est aussi sur Deneuve (mais elle fait fantasmer tout le monde celle là). Scott la filme d'une telle façon.
Remarque son frère Ridley a lui aussi filmer les femmes de façon magnifique et rarement vu dans Blade Runner, Sean Young,Joanna Cassidy mais je pense surtout à Darryl Hannah dans le rôle de Pris,
une vraie plante vénéneuse qu'il ne faut contempler qu'avec les yeux.
je prend note pour à l'Aube de la nuit. Mais le meilleur film de vampires de tout les temps reste à venir, et c'est ce bon vieux Jimmy Screamerclauz qui le fera !

voracinephile 08/06/2013 22:28



Oh oui, Pris, qu'est-ce qu'elle était bien f...filmée. Blade Runner, je n'aime pas particulièrement malgré l'atmosphère Scott, mais certains passages sont éblouissants (et Harisson Ford a
toujours de la gueule...).


J'ai revérifié le titre, c'est bien Aux frontières de l'aube. Et pour ce qui est de vampires avec des yeux rouges proférant des paroles sataniques, le film existe déjà : Le crépuscule des morts
avec Armand Assante. Je t'en prie, regarde la bande annonce, ça m'a l'air d'être un nanar pur premium ! http://msn.canalplay.com/films/cinema/le-crepuscule-des-morts,297,-23,12575.aspx



Vince12 08/06/2013 17:38

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