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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 12:11

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On ne le dira jamais assez, mais les oeuvres qui se servent des codes de certains genres pour partir dans des directions totalement inattendues, ce sont des petits trésors qui vous secouent un auditoire (pourvu que le réalisateur soit pourvu d'un minimum de talent). Ainsi, quand un film s'appelant Les proies, faisant jouer Clint Eastwood et dirigé par Don Siegel, s'apprête à vous parler de guerre de sécession, on s'attend tous à un film d'aventure haut en couleurs. Et c'est là que le film arrive à dévier de nos attentes. Il devient un thriller psychologique des plus inattendus, parvenant à retrouver l'intensité d'un Misery (juste un des meilleurs thrillers jamais fait).

L'histoire : le capitaine McBe, nordiste blessé au cours d'une embuscade, trouve refuge en plein territoire ennemi dans un pensionnat de jeunes filles. Voulant d'abord le dénoncer, la maisonnée décide alors de le soigner à l'insu des troupes sudistes.

 

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Ouh, le plaisant récit que voilà ! Si il commence sur des bases très classiques, et qu'il sera filmé toujours d'une façon aussi classique, l'histoire se pervertit peu à peu, car se focalisant sur les sentiments de ses personnages. En effet, tout se passe dans un couvent de jeunes filles. Ces demoiselles, peu habituées à vivre en présence d'un homme, sont toutes émoustillées par la présence de cet inconnu (d'autant plus que Clint Eastwood est bel homme, il faut le dire). Rapidement, trois figures se mettent à tourner autour du blessé, totalement à la merci de ces dragons femelles : il y a l'adolescente débauchée, la première à lui faire des avances sérieuses. Puis vient la jeune institutrice, fille vertueuse tombant sincèrement amoureuse de McBe. Et enfin il y a la tenancière de la maison, une vieille femme qui tient d'une main de fer toute la maisonnée, et qui veut plier Mc Be à ses exigences (elle a besoin d'un homme pour cultiver la terre, et aussi pour s'acquitter du devoir charnel que son frère honorait jusqu'à lors (c'est beau, la famille)). Avec un tel contexte, on voit que Mc Be est dans de beaux draps, risquant d'être dénoncé si une seule de ces trois filles n'est pas satisfaite. Mais MacBe devient lui aussi un personnage très ambigu au cours du récit. Il baratine sans vergogne chaque conquête féminine (il embellit notamment son passé, où il n'était qu'un chien de guerre responsable de la mort de nombreux ennemis), il essaye de jouer ses atouts auprès de chaque femme l'entourant (la petite fille qui l'a découvert dans la forêt tombe aussi amoureuse de lui). Bref, une intrigue faite de manipulation, de désir sexuels et de frustrations se tisse, et prend une ampleur de plus en plus effrayante. A vrai dire, la situation dérape vraiment quand Mc Be est poussé dans l'escalier par l'institutrice frustrée, que sa fracture lui déchire complètement le mollet, et que la tenancière décide de l'amputer. Sous prétexte que la gangrène puisse se développer, mais on sent aussi la frustration de la femme qui est derrière, et qui espère garder son homme surplace en lui ôtant tout moyen de s'enfuir. Mc Be commence enfin à avoir peur, et le récit deviendra de plus enragé, jusqu'à ce que Mc Be découvre l'histoire de la tenancière et aussi son flingue dans la commode. Sans spoiler le dénouement de cette histoire, on peut dire qu'on a là un thriller psychologique inattendu, de toute beauté (il est magnifiquement joué, et Clint est parfait dans son personnage), qui fait de la tension avec pas grand chose et qui se révèle passionnant comme étude de caractères. Une excellente surprise.

 

5/6


1971
de Don Siegel
avec Clint Eastwood, Geraldine Page

 

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commentaires

dasola 07/11/2011 18:31


Rebonsoir, un bon Siegel avec un Clint étonnant en homme victime de toutes ces femmes frustrées. Un film à voir.


voracinephile 07/11/2011 20:21



Un projet assez surprenant dans sa manière de partir sur un tout autre sujet que celui qu'on attendait. Un vrai petit thriller psychologique solidement interprété ! Merci d'être re-passé ! ^^



Goodfeles 29/10/2011 19:45


De rien c'est toujours un plaisir ;) sinon autant ne pas aller sur les blogs ciné :D


voracinephile 29/10/2011 20:47



^^ Je jetterai prochainement un coup d'oeil au tien.



Goodfeles 28/10/2011 17:02


Sans n'atteindre pour autant la noirceur d'Abel Ferrara cependant ^^ Plus avec une touche Peckinpah ! On parle bien peu de Siegel ! C'est dommage car c'est un cinéaste qui a vraiment du bon savoir
faire ! Et avec Eastwood c'est un peu comme Scorsese et De Niro ou Depp et Burton, la collabo marche bien ! L'evadé d'Alcatraz est très bon à mon souvenir ! Siegel joue même dans un des meilleurs
polars signé Eastwood : Un frisson dans la nuit si mes souvenirs sont bons ! Le plus connu reste Harry bien sûr, rangé proche de French connection dans le meme genre ^^


voracinephile 29/10/2011 15:06



Je n'ai pas encore vu assez de Ferrara pour me prononcer sur sa noirceur (quoique l'ange de la vengeance était déjà bien agressif, et son Body Snatcher une série B plutôt convaincante). Peckinpah
en revanche, il décape à chaque nouveau film ! Je rechercherai de mon côté Un frisson dans la nuit. Je suis un peu en manque de polar ces derniers temps, alors avec un duo pareil, ça risque de
faire de belles étincelles. Merci pour les références !



Goodfeles 28/10/2011 14:22


C'est de Don Siegel pas de Leone ! Dans tous les cas c'est un orfèvre du Western ;) Don Siegel est de la vieille école et a souvent collaboré avec Clint, notamment ensuite avec le cultissime
Inspecteur Harry ! Mais personnelement j'ai un meilleur souvenir de celui là !


voracinephile 28/10/2011 16:52



Diantre, quelle méprise ! Merci d'avoir rectifié, je modifierai l'article en conséquences. Inoubliable Dirty Harry en effet, qui engendrera un vrai goût pour ces personnages de flics manichéens
(occasionnant des dérives du type Cobra de Cosmatos).



goodfeles 27/10/2011 20:09


Un film assez inoubliable il est vrai ! ça m'a bien donné envie de le revoir, j'ai le souvenir d'une très grande interprétation !


voracinephile 28/10/2011 10:17



Bonjour Goofeles ! En effet, l'interprétation du film est solide, les caractères illustrés y étant plus "nerveux" que d'habitude. Je ne m'attendais pas à ça de la part de Sergio Leone, je n'ai
pas été déçu.



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