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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 17:00

http://joreviews.files.wordpress.com/2009/10/rivieres-pourpres-br.jpg?w=382&h=480

 

A sa sortie, Les rivières pourpres avait eu l’effet d’un petit électro-choc, le cinéma français se permettant une petite saillie de violence qu’on n’avait pas l’habitude de voir. Il faut dire qu’avec un casting de qualité (Cassel et Reno, quand même !), le projet était assez prometteur, et le dynamisme de Kassovitz pouvait tout à fait payer. Aujourd’hui, qu’en est-il ? Si le film reste une petite référence du polar français, on pointe quand même du doigt quelques défauts qui handicapent l’objet en question, qui malgré sa volonté de livrer un spectacle fonctionnel, se laisse parfois aller vers la facilité.

L’histoire : A guernon, le commissaire Niémens enquête sur le meurtre sanglant d’un bibliothécaire. A des kilomètres de là, l’inspecteur Max Kerkerian enquête sur la profanation de la tombe de Judith Hérault, ainsi que sur la disparition de ses archives scolaires…

 

http://imados.fr/history/5/7/7/Vincent-Cassel-Jean-Reno.jpg

 

Dès le générique, on sait déjà qu’on ne va pas s’ennuyer. Filmant en gros les plaies d’un cadavre grouillant d’insectes (dont un phasme, qui est végétarien), Les rivières pourpres annonce la couleur : ça va être un polar choc qui n’hésitera pas à mettre les pieds dans le plat. Et ça commence avec Jean Reno qui ouvre le bal avec la découverte d’un cadavre plutôt insolite, ce dernier arborant des traces de tortures assez impressionnantes. C’est la séquence choc qui accroche le spectateur, et qui l’incite à faire attention aux détails. Si ces 5 minutes ont le don d’accrocher (on notera l’excellent travail des effets spéciaux sur les corps, criant de vérité), le fil conducteur qui commence à apparaître : les indices par les yeux, apparaît déjà comme artificiel. On sent qu’on a voulu nous faire un truc chiadé, mais qui sonne comme une mise en scène purement clichée (« je crois que ce tueur nous donne des indices pour comprendre ce qu’il est en train de faire… » oh là, le gros psycho-killer qu’on essaye de nous faire avaler !). Mais si le fond est artificiel (à aucun moment, on ne pourra éprouver un quelconque sentiment pour le tueur), dans la forme, le thriller tient la route. La réalisation de Kassovitz est ultra compétente, aussi dynamique dans le rythme que lisible dans ses scènes d’action. En termes d’efficacité, le film a de quoi faire autorité puisqu’il parvient à ne céder à aucun temps morts et à ménager de belles séquences glauques sans virer dans la surenchère de tripaille. Toutefois, c’est dans sa résurrection du nazisme que le film a du mal à convaincre. Si dans la forme, tout est fait pour le sous-entendre (culte de la perfection, sélection raciale…), les représenter comme des cadres en costard cravate imbus d’eux-mêmes me semble trop caricatural. De même que les démonstrations anti-facho de nos héros, mention spéciale à Max qui boxe pendant une séquence jeux-vidéo une bande de skin-head pour obtenir des informations. Un poil too much, comme démonstration de force. Si l’ambiance dans le village est plutôt payante avec le contexte de consanguinité, le film se lance à plusieurs reprises dans des moments de bravoures qui tendent à faire passer la pilule sur des idées un peu grosses à avaler. Ainsi la course poursuite endiablée entre Cassel et l’assassin jusque sur les terrains de sport de l’école sert à camoufler qu’il fallait que les inspecteurs tombent sur le tueur dans l’appartement (tueur qui les attend à côté du corps, il apparaît sur quelques plans avant la course). Le carambolage sur le pont, joli moment d’action bien filmé, sert à nous éviter de trop penser aux dernières paroles de Reno : « ce n’est pas une fac, c’est un élevage ». Asséné de la sorte, l’idée aurait souffert d’un temps de réflexion, mais avec un nazillon en costard cravate qui commence à  essayer de tuer nos inspecteurs, voilà une thèse qui prend du galon. Et il en va de même avec le final, qui essaye de nous faire gober une histoire de vengeance jumelle (on s’en doutait de la vengeance, mais nous ressortir le dilemme psychologique du « je suis comme elle ! » « Non, tu n’es pas comme elle ! », c’est un peu faible), qu’on abrège avec une gun fight rapide et une scène d’avalanche assez bien foutue (quoi qu’on ait du mal à croire au retournement en douceur du camion-neige). Dommage que les séquences d’actions soient utilisées pour combler les faiblesses du scénario, mais en l’état, Les rivières pourpres résiste au temps qui passe et se révèle toujours regardable par une soirée creuse. Au moins, Kassovitz évite d’entrer dans des allusions politiques, on lui en est reconnaissant, un dérapage comme celui-ci aurait risqué de le transformer en annonce de Frontière(s).

 

4/6

 

2000
de Mathieu Kassovitz
avec Jean Reno, Vincent Cassel

 

http://www.gaumont.fr/files/oeuvrea/0002091/0002091_gal_018_med.jpg

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commentaires

B
La haine a vieilli mais reste pas mal. Après il y a L'ordre et la morale, beau brûlot et bon retour pour Kasso après une décennie pourrite.
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V
<br /> <br /> L'ordre et la morale me tente bien, j'y regarderai de plus près.<br /> <br /> <br /> <br />
B
Un premier film peut être éloigné du roman de Grangé (pas lu mais tout le monde le dit), ce qui ne l'empêche pas d'avoir une vraie personnalité. De plus, les acteurs sont convaincants même le Jean<br /> Reno qui me sort des trous de nez. Et puis c'est tellement rare les bons thrillers en France que quand il y en a un d'au dessus de la moyenne, on se doit de le voir. Et puis c'est mon film préféré<br /> de Kasso. En revanche sa suite...
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V
<br /> <br /> Le thriller de Kasso reste sympathique, même si je maintiens mes positions sur quelques uns de ses procédés discutables (les fameuses vérités assénées juste avant une scène d'action sensée<br /> justifier la vérité énoncée). Reste que Jean Reno est plutôt sobre (sa dernière bonne performance que j'ai pu voir, c'est dans L'immortel, film médiocre mais bon acteur). Il faudra que je<br /> m'intéresse à toute la filmo de Kasso. Je dois revoir La Haine pour me faire définitivement un avis dessus...<br /> <br /> <br /> <br />
A
ah oui, la suite est particulièrement médiocre
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V
<br /> <br /> Vérification prévue pour bientôt !<br /> <br /> <br /> <br />
A
un très bon thriller français. Par contre, la suite...
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V
<br /> <br /> En effet, un thriller extrême intéressant qui réussit à poser une ambiance. Les révélations m'ont parues parfois un peu brutales (d'où les scènes d'action), mais les acteurs sont assez investis.<br /> J'avoue en tout cas que je suis curieux de voir la suite, unaniment rejetée par tout le monde. Une production besson en plus, je sens que je vais bien me marrer...<br /> <br /> <br /> <br />

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