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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 11:21

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On m’a toujours vendu Lost Highway comme le film le plus lynchien de sa filmographie. Il y avait donc une certaine réticence à le découvrir, ainsi qu’une prémonition d’embarras devant l’énigme qui s’annonçait. Et effectivement, une fois l’objet révélé, on est assez embêté pour tenter de rationaliser l’affaire (c’est sans doute un des objets les plus biscornus que j’ai pu découvrir cette année (loin devant Beyond the black Rainbow). En fait, rarement l’expression film miroir aura été aussi bien portée.

L’histoire : Fred Madison, saxophoniste, reçoit d’étranges cassettes vidéos montrant une l’intérieur de son domicile. Sans recours, il est alors confronté à la personne s’étant introduite dans son domicile et se retrouve accusé du meurtre sauvage de sa femme.

 

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Il est assez perturbants de se retrouver dans un film qui conserve toujours des lieux communs, mais qui organise régulièrement des ruptures si énormes qu’elles brouillent totalement les repères du spectateur, ou le perdent dans des boucles (Renee, sœur jumelle ou pas ?). Encore une fois, le film se révèle être un tel casse tête que beaucoup de chroniques se bornent à décrire les différents axes, au vu de l’incapacité à cerner globalement le film. Il compile beaucoup de thématiques subtilement diluées dans le fil du récit, comme l’impuissance dans la première partie, la jouissance totale dans la seconde, et l’introduction du porno dans le récit (le personnage de Dick Laurent en est l’incarnation même, jusque dans son nom –Dick, pas besoin de faire un dessin (on pourrait d’ailleurs rebondir sur l’impuissance et la première phrase du film : « Dick Laurent is dead. »)). Pas nouveau de découvrir un contexte sexuel chez Lynch, ce dernier est toujours très présent, mais il bénéficie d’un développement conséquent (faisant même un clin d’œil au voyeurisme par l’intermédiaire des deux policiers chargés de la surveillance qui épient les moindres faits et gestes de notre protagoniste principal, y compris pendant ses escapades), car lié avec la folie, disons le, schizophrène, qui habite le film. Commençant comme un authentique thriller (excellente trouvaille que ces vidéos insidieuses qui s’infiltrent dans le logis pendant le sommeil des occupants). On penserait à Caché de Haneke, sauf qu’ici, dès la seconde, on est déjà dans l’angoisse totale. La menace n’est pas identifiée que le spectateur est déjà aux aguets. Le responsable de la menace, semblant tout droit sortir des années 30, est là aussi une vraie claque cinématographique, amorçant une micro boucle téléphonique, premier véritable élément fantastique du récit (et annonciateur de folie) ? La première partie du film se déroule dans une ambiance étrange, limite tordue, comme un thriller de home invasion où le quotidien de nos personnages semble vampirisé par le machiavélique intrus. Puis a lieu le traumatisme central (le meurtre, dont on ne verra que de vagues images très agitées), qui amorce le revirement complet de la narration, introduit le thème de la folie avant de rompre brutalement avec le changement pur et simple du personnage central. Par un miracle scénaristique, Fred Madison devient Pete Dayton, personnage qui n’avait jusqu’à maintenant jamais été abordé par le récit. Relâché après vérification de son identité, on suit alors Pete dans sa petite vie de garagiste. Question rupture, on a rarement été aussi coupé dans une narration. Et par intermittence, de petites connexions reviennent… Un air de saxophone à la radio, des crises d’amnésies… Jusqu’à la rencontre avec Alice, et pas tout à fait celle de ses rêves. Liée au maffieux Eddy par son obscure profession, ses appels au secours ne laissent pas Pete indifférent, et la planification d’un nouveau meurtre commence. Le ton du récit devient plus agressif, à l’image de la bande originale, qui donne alors dans le Rammstein et Marilyn Manson… Agressivité qui culmine au cours d’une nuit plutôt chargée question meurtre, et qui se livre à un curieux jeu concernant Renee / Alice (qui se ressemblent comme des jumelles), qui apparaissent sur la même photo, semant le doute dans l’esprit du spectateur avant une séquence cauchemardesque dans un couloir. Quant au retour de Fred (qui remplace donc Peter), il est lui aussi abrupt (il n’est occasionné par aucun élément déclencheur, on pourrait même croire à un faux raccord), rompant totalement avec toute tentative d’explication logique. On sort clairement du contexte de délire schizophrénique, on est au-delà. L’incarnation de la folie réside en tout cas dans l’étrange visiteur des années 30, qui armé de son caméscope, se révèle être le fidèle compagnon de Fred, l’épaulant dans sa « vengeance ». C’est d’ailleurs ce personnage qui introduit en premier dans le récit la « dualité » par son jeu de boucle téléphonique, et le premier donc à voir deux personnes à la fois (le même jeu qui se reproduira avec le premier rôle féminin du film). Tel qu’il est structuré, Lost Highway échappe à toute analyse. Il brasse en revanche une foule de thématiques (le spectateur sera d’ailleurs attiré par ce qui lui tient à cœur, dans le cas de ce blog, ce sera donc l’impuissance de la première partie et l’aura troublante de Renee/Alice), mélange les genres (policier, thriller, horreur pour les principaux) et joue surtout avec les codes cinématographiques, rompant volontiers avec la cohérence pour perdre intentionnellement son public dans une énigme sans issue (la fin sous forme de fuite en pleine transformation physique n’en est qu’un détail). Aussi déstabilisant que les promesses le laissaient entendre.

 

5/6


1997
de David Lynch
avec Bill Pullman, Patricia Arquette

 

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Published by voracinephile - dans OFNI (m'as tu vu )
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commentaires

borat8 21/08/2013 01:48

Perso cela ne me dérangerait pas de passer à la vitesse supérieure. D'ailleurs, j'ai malheureusement loupé Mulholland Drive lors de sa diffusion sur le câble... au contraire de mes parents! Ces
petits canaillous ne m'ont pas dit qu'ils regardaient ce film et quelle ne fut pas ma stupéfaction en les voyant en train de regarder le film. Au final, mon père n'a rien compris ou tout du moins
seulement à la fin, ce qui ne l'a pas convaincu quand même et ma mère pas plus que ça. Je n'ose imaginer sur Lost highway et pourtant ma mère aime beaucoup Twin Peaks au contraire de la filmo de
Lynch qui lui est indifférente. En revanche je me souviens des quatre films que j'ai vu de Lynch: Blue Velvet (le début n'est pas soporifique mais plutôt hypnotique, Lynch se faisant Microcosmos
avant l'heure en suivant un insecte jusqu'à un doigt! Sinon pour le reste, j'ai adoré), Une histoire vraie (sympathique mais pas non plus enthousiasmé) et le prequel et le pilote de Twin Peaks (le
premier ne m'a pas intéressé plus que cela et est surtout un beau trip et le pilote est une mise en abîme merveilleuse qui me donne toujours envie de me frotter à cette série). Mais j'ai Dune sur
mon ordi alors on ne sait jamais!

borat8 24/08/2014 16:24

Non mais un pote me l'a téléchargé comme Eraserhead!lol

Voracinéphile 24/08/2014 15:03

Après un an, voici enfin ma réponse ^^ J'espère que tu l'auras rattrapé depuis, il a vraiment un rythme particulier, très angoissant dans sa première partie, puis rupture totale. C'est peut être ce passage qui est le plus dur à négocier pour le spectateur, accepter de repartir à zéro et de commencer une nouvelle histoire dont il nous manque une partie, et dont la suite nous donnera quelques éléments de réponse...

alice in oliver 20/08/2013 15:21

excellent cru de DAvid Lynch: chacun aura sa propre interprétation de ce film ofni

voracinephile 22/08/2013 22:47



^^ C'est indéniable. Quoiqu'il est difficile de formuler clairement une interprétation personnelle. Le film est finalement si troublant qu'on peut facilement être décontenancé. Mais la patte de
Lynch fait vivre de vrais moments de cinéma.



princécranoir 19/08/2013 18:54

Vu en salle : une grosse claque. Montée de stress dans la première partie, qui laisse sonné ("Dick Laurent is Dead" paraît-il) pour entamer la deuxième. Un trauma, une fuite mentale (et physique)
plus loin et c'est l'entrée dans le cauchemar lynchien type, toujours sur la ligne blanche. "I'm deranged !" clame Bowie dans le générique. Lynch aurait pu dire la même chose.

Voracinéphile 24/08/2014 15:00

J'imagine que l'expérience a dû être marquante ^^.

Skal 21/08/2014 09:24

Vu en salle aussi, un dimanche matin dans un cinema de quartier à Paris, l'ecran pour moi tout seul ...frisson .

voracinephile 20/08/2013 13:05



En salles ? Quelle expérience ! Avec un peu de recul, j'ai l'impression de Lost highway est un film où deux réécits différents se combattent pour exister, pour supplanter l'autre... D'où le
mélange des éléments communs aux deux parties, et un final en pleine fuite où l'intégrité physique du personnage principal n'est même plus certaine... De quoi se torturer les méninges pendant
longtemps...



borat8 19/08/2013 15:35

Il faudrait que je le vois au moins pour l'expérience. Et puis Lynch quoi! Comme je suis très en retard avec ce réalisateur, cela ne me ferait pas de mal de passer à la vitesse supérieure.

voracinephile 20/08/2013 13:02



Oh, pour Lynch, il ne faut pas se presser. Autant attendre de vouloir s'y confronter pour apprécier pleinement l'expérience. J'ai dû attendre 3 ans pour découvrir Lost Highway, et ce n'était pas
de trop, le résultat est enthousiasmant. Je reverrai blue velvet pour vérifier lequel des deux je préfère (Blue Velvet est assez dérangeant par moments, mais je me rappelle d'un début assez
soporifique...)



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