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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 21:17

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Un film de Soderberg, c’est un peu comme jouer à pile ou face. On peut tomber sur d’intéressants essais (Contagion, Traffic, Tché…) comme sur des produits insipides (Ocean’s 12 & 13, Girlfriend experience…). Son meilleur essai restera définitivement le mésestimé Kafka (un film plus Cronenberg que Le Festin Nu). Mais Ma Vie avec Liberace, conçu dans le dos d’un Hollywood frileux, nous fait le plaisir de réussir son pari, à savoir un biopic amoureux intense qui s’appuie sur de belles performances d’acteurs.

L’histoire : Scott, jeune dresseur pour animaux bissexuel, rencontre Liberace à l’occasion d’un concert en 1977. Ce dernier, séduit par sa jeunesse, l’implore de demeurer à son service, en lui offrant un emploi de secrétaire. Conscient de l’opportunité et admiratif de Liberace, Scott accepte.

 

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Ma vie avec Liberace, c’est avant tout la splendeur d’une direction artistique de haute volée. Eblouissante photographie, merveilleuse gestion des ambiances lumineuses dans un déballage continuel de kitch entièrement connoté (on croule sous les lustres en cristal, les statues grecques et les bibelots de porcelaine), Ma vie avec Liberace est un bonheur pour l’œil, chaque scène bénéficiant d’une esthétique soignée. C’est peut être le plus bel objet de la carrière de Soderberg. Un magnifique écrin pour un histoire d’amour gay finalement classique, mais retranscrite avec une passion sincère. Si l’entrée du film pouvait un peu éveiller la suspicion (le film cherche beaucoup à faire rire en pénétrant le quotidien de Liberace et en exposant tous ses tics homosexuels (si on m’autorise l’expression, un peu michou quand même (mon dieu, ces caniches…))), il gagne indubitablement en sincérité au fur et à mesure que l’histoire se développe, et qui d’ailleurs ne s’attarde pas sur la sexualité de nos personnages (du moins, pas quand elle n’est pas un problème). Il y a une certaine déférence envers les personnages interprétés ici, et si les excès de chacun sont retranscrits sèchement, le film se rapproche toujours au plus près d’eux, délaissant parfois la réalité pour s’offrir de véritables moments de cinéma (le final, ultime déclaration en paillettes dynamitant les yeux, les oreilles et le cœur). L’objectif du biopic, sur la longueur, est finalement plutôt d’illustrer les aléas d’une vie de couple, ici homosexuel et célèbre, souhaitant conserver leur bonheur à l’abri des regards indiscrets (plutôt par peur du scandale). Il est atteint, l’état d’esprit du film changeant en cours de route, focalisé sur le parcours de Scott, qui est d’ailleurs notre référent (on découvre Liberace avec lui). Les hésitations, les joies, qui se muent en peine, en blessures, en mesquineries… Jusqu’aux coups dans le dos, et dans l’humiliation du reniement de la relation au cours de batailles juridiques. Le parcours de vie sonne juste, les mêmes séquences utilisées avec humour dans l’introduction prennent une tournure tragique au cours de la seconde moitié du film… Soderberg a suffisamment potassé son sujet pour livrer un drame honnête et efficace, ponctué de vrais instants d’émotion. Avec en prime le sel de retrouver des acteurs hollywoodiens dans la peau de personnages aussi hauts en couleurs.

 

4,5/6


2013
de Steven Soderbergh
avec Michael Douglas, Matt Damon

 

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commentaires

borat8 05/10/2013 20:47

Je l'avais revu récemment et je dois dire que je l'apprécie toujours autant . Peut être le meilleur film d'Ang Lee. J'ai hâte de lire ton avis sur RIPD, parce que le dézingage ambulant m'a fait
évité ce truc en salle. Mais il faut que je fasse un article sur ce qui s'est passé cet été à Hollywood à savoir cette trop grande profusion de films au point de se casser la gueule. Une sorte de
bilan faisant office d'avertissement avant l'énorme bordel de 2015. Et puis dans quelques jours c'est l'anniversaire de Ciné Borat!

borat8 05/10/2013 00:23

Mais le pire étant quand même que Brockback Mountain a fait un carton et a même été récompensé aux Oscars, alors que le sujet est aussi délicat que celui de ce film. En gros si c'est trop gay, le
bouton "out" est clair, net et précis à Hollywood. Moi je ne m'attendais à pas grand chose si ce n'est revoir agréablement Michael Douglas. Cela faisait depuis Traffic que l'on ne l'avait pas vu
aussi grandiose.

voracinephile 05/10/2013 18:18



^^ Oui, ça me fait penser qu'il va falloir que je revois Brockback pour le juger enfin dignement (je l'avais vu entre deux films il y a assez longtemps, sans prendre le temps de m'y attarder...
Mais bon, j'ai un joli programme déjà à rattraper, et quelques truculences dans mes prochaines chroniques (dont le démontage dans les règle de RIPD, un vrai déchet).



titi70 04/10/2013 17:23

Voila un film dont je vais guetter attentivement la sortie DVD, car, il me tente beaucoup.

voracinephile 04/10/2013 18:04



^^ Tu attendras un peu, mais il en vaut clairement la peine. Un très bon cru dans la carrière de Soderberg. De lui, j'essayerai bientôt Effets secondaires, au pitch intéressant...



princécranoir 03/10/2013 21:01

très belle chronique pour un film qui la mérite amplement. Tu as raison de souligner l'inconstance du réalisateur qui, malgré ses fautes de parcours, un parfait esthète (usant parfois un peu trop
de filtres colorés comme dans "A fleur de peau"). Le magnifique final vient enfoncer le clou émotionnel qui restait tout au long du film en surface, à bonne distance du pathos larmoyant. Un film
tout en paillettes mais qui n'est pas que de la poudre aux yeux.

voracinephile 04/10/2013 17:47



Oui, le pathos est effectivement subtilement évité, avec une pointe de cruauté redoutable par endroits (la chirurgie esthétique très trash, la bataille juridique faite de reniement...).
Esthétiquement, je ne remettrai jamais en question les qualités dont Soderberg a sû faire preuve (même une merde comme Ocean's thirteen rayonne), et MVAL ne déroge pas à la règle. C'est
finalement l'honnêteté de l'approche des personnages qui fait la grande force du film. Merci aussi pour le compliment, j'avais beaucoup aimé ta chronique également.



borat8 03/10/2013 11:44

Un chant de cygne final pour le Soderbergh cinéaste (il a déjà des projets à la télé et au théâtre) et je pense que la gestation de ce film fut trop douloureuse pour continuer. Un projet qu'il
avait déjà en 2001 et qui a fini à la télé aux USA mais au cinéma dans le monde. Dans le genre vraiment cons les producteurs ricains se posent là. Ils ont perdu plus d'argents qu'autre chose
(triomphes à Cannes, Deauville et aux Emmy Awards). La dernière scène est à l'image de cette fin de carrière: Soderbergh part vers d'autres horizons à l'image de Liberace. Un des plans les plus
poétiques de l'année.

voracinephile 04/10/2013 17:41



Effectivement, un choix assez stupide de la part des distributeurs américains (peut être des pressions ont pesé pour cette décision), vu les éloges de par le monde (enfin, on en rajoute un peu,
histoire de stigmatiser un peu au passages les amerlocs encore frisquets sur ces sujets). La séquence finale est effectivement un grand moment de chaleur pour le coup, on se souviendra de cette
séquence rayonnante. Une bonne surprise pour ma part, je m'attendais à être déçu.



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