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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 11:47

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Les parcours humains intéressants, le cinéma en raffole. Qu’ils soient rattachés à une cause (Au nom du père) ou purement tournés vers un parcours humain (Lawrence d’arabie), ils sont souvent prétexte à devenir de petits ou grands chefs d’œuvres. Alors, quand Gérard Butler surprend en s’engageant dans Machine Gun Preacher, on ne se doutait pas forcément avoir affaire à un parcours humain de cette richesse, cernant assez bien les enjeux qui animent ses personnages, sans pour autant faire preuve du génie des œuvres précédemment citées.

L’histoire : Sam Childers, motard violent marié à une catholique convaincue, sent le vide de son existence et tente de le fuir. Après avoir commis un meurtre en état de légitime défense, il tente de trouver Dieu et commence à voyager dans le tiers monde dans des missions caritatives.

 

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Le reproche principal qu’on puisse faire au film, c’est qu’il se contente d’être un reflet du parcours de Sam Childers. Il se contente d’illustrer son parcours passionnant, en appliquant des effets de narrations classiques, sommaires pourrait-on dire, qui manquent clairement de proximité avec le personnage. On le suit, on voit ses sentiments, mais le film se contente d’être une sorte de reconstitution documentaire, il décrit sans prendre parti, et il ne s’affirme pas vraiment en tant que film authentique, mais plutôt comme une reconstitution de bonne tenue jamais surprenante. Ca se ressent essentiellement dans l’aspect religieux du personnage. Pour faire simple, Sam est un bad guy désireux de racheter son passé (expédié en introduction), et en découvrant la réalité du tiers monde, il tente d’abord de lancer de multiples projets caritatifs avant de dériver vers des interventions armées sanglantes contre les seigneurs de guerre. Il y a donc des contradictions fascinantes dans le personnage (qui délaisse complètement sa famille pour risquer sa vie dans les zones à risque du globe), et la religion étant montrée comme la planche de salut qui l’amènera à vouloir aider son prochain, on était en droit d’attendre quelque chose de très positif à ce niveau là. Un magnétisme spirituel pourrait-on dire, ce qui n’est pas vraiment le cas à l’écran. La communauté évangéliste ici illustrée est gentille, au mieux, mais elle échoue à expliquer la brutale ferveur de notre personnage. C’est d’ailleurs l’enthousiasme de ce dernier à vouloir transformer le mal en bien qui devrait justifier ses décisions, alors que le film peine à mettre en relief la vanité de cette quête (le personnage se rend compte de sa solitude devant sa famille de plus en plus effrayée par ses allers retours), s’attachant à l’angle sentimental de son héros. Le film aborde beaucoup sans traiter, par exemple dans la critique que Sam fait des gens, qui gaspillent de l’argent en loisir alors que des enfants meurent dans le monde. Une culpabilité de riche plutôt intéressante dans le contexte de l’amérique, survolée ici en quelques dialogues. Toutefois, le film est touchant dans son amour des enfants. En effet, l’aide que veut apporter Sam se tourne essentiellement vers eux, et ainsi, cette biographie trouve une certaine chaleur sentimentale qui peine à exister dans les biopics d’hommes costauds. Car, et c’est là aussi ce qui fait l’intérêt du film, il est à plusieurs reprises traversé de scènes d’action réalistes bien pensées, essentiellement des gun fight, qui relancent le rythme et donnent une carrure supplémentaire au personnage de Sam, qui a de moins en moins peur de ses salir les mains pour protéger ses enfants. Bancal mais puissant, Machine Gun Preacher est une surprise en soi pour son parcours atypique caritatif en zones de guerre d’un américain qui sacrifie sa vie en amérique pour apporter une aide ponctuelle au tier monde. Si la sincérité du film n’est pas à remettre en cause (Gérard Butler tient là sa meilleure performance), la simplicité de son traitement assez sommaire (religion inoffensive mais qui sauve des âmes, ou encore la paix que l'on défend en éradiquant les méchants miliciens) et son implication impersonnelle gâchent un peu le matériau, ce qui est dommage vu la richesse thématique d’une telle vie. Mais on est loin d’un discours caritatif américain classique, et d'ailleurs on peut lui reprocher une petite propension à dire qu’ensemble tout devient possible, surtout avec des mitraillettes…

 

4,3/6

 

2011
de Marc Forster
avec Gerard Butler, Michelle Monaghan

 

gerard-butler-machine-gun-preacher-.jpg

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commentaires

FredTarantino 16/02/2013 13:34

J'avoue qu'il a pas mal de qualité, l'histoire en elle même est vraiment touchante, c'est assez prenant, puis Gerard Butler est vraiment bon, ensuite ce qui m'a chagriner ces la mise en scène de
Forster qui ne se pose jamais, caméra qui tremblote des qu'il se passe quelque chose, bref un manque de simplicité évident, puis aussi une grosse tendance a passer d'un extrême a l'autre dans le
personnage de Sam Childers, le basculement d'une vie a l'autre et trop abrupte pour que j'y adhère

voracinephile 16/02/2013 21:46



Ah, content de lire l'avis de quelqu'un qui a quand même apprécié le personnage et ses tentatives de "changer les choses". Il y a un vrais contexte sentimental intéressant, et parfois une cruauté
rare (quand il doit choisir au milieu des gosses lesquels il sauve et lesquels ils laisse sur le bord de la route...). Malheureusement, nous sommes aussi d'accord sur la mise en scène
impersonnelle du film et la trop grande distance qu'il a avec son personnage, qui du statut de meurtrier junkie devient un parfait catholique en 10 minutes avec un chant anglican...



2flicsamiami 12/02/2013 07:46

Toujours pas tenté par ce film malgré ta critique enthousiaste. Comme Borat, j'apprecie que très moyennement Gerard Butler.

voracinephile 12/02/2013 16:41



Pas très surpris, ce film ne semble provoquer qu'un engouement léger... Une gentille surprise pour ma part, mais le fond idéologique est effectivement assez bancal. Le film se prend un peu les
pieds dans son message, mais le parcours humain est intéressant. Bref, j'ai déjà tout dit dans la chronique, mais clairement pas un indispensable de l'année...



borat8 11/02/2013 19:38

Je n'aime pas Forster (Quantum of solace premier Bond en dessous de la moyenne depuis Meurs un autre jour, A l'ombre de la haîne d'une chiantitude affligeante), je ne suis pas fan de Butler en
dehors de 300 et la bande-annonce ne m'a pas intéressé malgré un sujet ambitieux.

voracinephile 11/02/2013 22:49



Donc, peu de chances que tu vois ce film... Je pense que ses contradictions t'agaceraient, mais l'idée est intéressante, et le parcours humain sent le vécu. Dommage que le film ne s'approprie pas
davantage le personnage...



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