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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 06:53

http://www.sortir.re/upload/evenements/663/manderlay.jpg

 

Lars Von Trier est un réalisateur génial, qui arrive à faire preuve d’un mauvais goût tout bonnement scandaleux en restant totalement pertinent avec son sujet. En clair : un réalisateur qui a une maîtrise totale de son art, et qui développe à moindre frais des histoires passionnantes, souvent dérangeantes, mais dont la portée réflexive peut créer des débats immanquablement passionnants. Et aujourd’hui, nous allons parler d’un de ses chefs d’œuvres méconnus : Manderlay. La suite de Dogville, qui nous tannera le cuir avec un nouveau problème de société : le racisme.

L’histoire : En 1933, Grace et son père (un gangster accompagné de ses hommes de main) font route vers l’Est des Etats Units et font une halte à Manderlay. Ils y découvrent une maison qui pratique encore l’esclavagisme. Grace, furieuse, libère les noirs avec toute son ingénuité, mais ils se retrouvent dès lors à la rue. Grace décide de rester sur place pour les aider à commencer une nouvelle vie.

 

http://www.openheaven.org/data/openheaven/images/Manderlay_Grace_meeting.jpg


Attention, film hautement subversif que ce Manderlay, puisqu’il permet à son hauteur de développer une histoire apparemment libertaire (elle commence par l’abolition directe de l’esclavage dans une maison où il était encore pratiqué 60 ans après le décret l’interdisant), mais qui va sans arrêt remettre en cause le bien-fondé et les préjugés qu’on a pu nourrir sur ce soi disant « retour à la liberté » des populations noires en Amérique. En effet, dès le départ, Lars fait voler en éclat l’idée illusoire de la liberté en montrant combien la population d’esclave s’est attachée à son mode de vie, et combien elle est en décalage avec la conception naturelle de la liberté en société. Au travers de dialogues au mordant impitoyable, On décrit tout ce qui est habituellement passé sous silence sur les esclaves fraîchement affranchis : ils ne quittent pas le sol sur lequel ils ont travaillé pendant tant d’années, et sont donc engagés par leurs anciens maîtres comme travailleurs. A la différence qu’ils sont cette fois ci payés, victimes d’escroqueries, et finalement tellement endettés qu’ils vivent une nouvelle forme d’esclavage, économique cette fois ci, qui les affilie à nouveau à leur maître. C’est là que Von Trier joue à un jeu dangereux : il manie de gros clichés, les préjugés et les idées reçues avec tant de justesse et tant d’ironie que si l’on est indubitablement balayé par les faits qu’il décrit de façon totalement réaliste (les racistes étaient loin d’être des personnes stupides, les esclaves habitués aux tâches répétitives étaient paresseux et se laissaient diriger sans prendre de décisions…), on sent qu’on est jamais très loin du mauvais goût, certaines situations étant vraiment trop dérangeantes pour nos oreilles (on commence déjà à taper sur la jeune blanche qui vient apporter la liberté, et qui s’attend à de la reconnaissance en retour, alors qu’à chaque nouvelle tentative, elle envenime un peu plus la situation). Ce film, particulièrement ambigu et atrocement subversif (la conclusion qui est faite est l’une des plus renversantes des films que j’ai pu voir), touche cependant un aspect du racisme vraiment dérangeant (notamment dans le fait que les blancs voient souvent dans les noirs le descendant des esclaves africains en premier lieu), qui remet en question beaucoup de choses qu’on croyait avoir acquis sur le sujet. Si le film Chute Libre frôlait de près le sujet en recadrant plus tard sur la politique du mensonge, Manderlay traite du racisme selon un angle nouveau, puisqu’il est l’un des rares à s’attaquer au ressenti des noirs et des blancs après la « libération », et qu’il remet chacun à sa place en utilisant une simplicité dévastatrice. Manderlay, c’est scandaleux, mais c’est aussi tellement réflexif, que l’ami Von Trier réussi à choquer sans toutefois basculer dans un côté moralisateur. Un exercice de mauvais goût tout en finesse qui traite son sujet avec une maîtrise rarement atteinte.

 

6/6

 

de Lars von Trier
avec Bryce Dallas Howard, Isaach de Bankolé

 

http://www.reverseshot.com/files/images/pre-issue22/manderlay.jpg

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  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
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