Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 20:35

affich26.jpg

 

Outre sa création mondialement reconnue du film de zombies, Romero s’est aussi aventuré dans diverses petites productions (avec des budgets toujours assez restreints lorsqu’il travaillait au Canada), en complet décalage avec ses grands succès de revenants. Avec Martin, il s’attaque au mythe du vampirisme, sans pour autant traiter le sujet sous l’angle qu’on attendait. Après les Christopher Lee charismatiques de la Hammer, on passe à un nouveau stade de la mythologie vampirique : le suivi psychologique d’un jeune homme atteint d’une maladie mentale le poussant à boire régulièrement du sang. Totalement inattendu, et par conséquent déroutant, pour le cinéphile qui croyait que son bagage sur les buveurs de sang allait pouvoir lui servir.

L’histoire : Martin est un jeune psychopathe en puissance, nécessitant régulièrement quelques gorgées de sang pour apaiser les voix qui résonnent dans sa tête. Il est envoyé par sa famille proche chez Cuda, un oncle tyrannique paré dans l’habit du bon chrétien.

 

http://shockratorium.com/pages/images/Movies/Vampires/martin.jpg


Martin décide d’annoncer la couleur dès le départ, avec une introduction sobre, montrant immédiatement le mode opératoire de Martin. Il choisit toujours une femme seule, s’assure de son isolement avant de l’endormir d’une injection de sédatif, puis de la vider de son sang (et de coucher avec le corps endormi, même si cela ne sera jamais montré). C’est amoral, c’est saignant, et on constate d’entrée de jeu que Martin a un problème psychologique (qui ne lui fait jamais perdre son discernement : il maquille toujours ses meurtres en suicides ou en accidents). Martin est un être malade. Cependant, il a conscience de sa maladie et de son explication purement psychologique. Il n’a pas les attributs d’un vampire, ni même leur charisme. C’est un jeune adulte complexé au niveau sexuel (incapable de pratiquer autrement que sur une femme endormie qu’il va saigner à blanc), d’une timidité rassurante, et plutôt intelligent au contact de son entourage. Il est régulièrement assailli par des hallucinations visuelles et auditives, qui même si elles contribuent à installer une ambiance vampirique, restent toujours présentées comme des symptômes. La maladie ne fait aucun doute, et de cette certitude, Romero peut alors se pencher sur le contexte dans lequel Martin est placé : une famille catholique qui a carrément honte de lui, et qui le considère comme un authentique vampire. Martin n’a de cesse de rappeler que son état est dû à une maladie (dès son arrivée, il mange de l’ail et fait voler les crucifix), parfois assez finement (la métaphore de la magie), mais le caractère obtus de l’oncle Cuda ne cèdera jamais à la raison. L’œuvre de Romero trouve ici son fer de lance : la critique de la superstition sous un angle psychologique. Le film fait clairement le postulat que c'est ce contexte qui est en grande partie responsable de l'état de Martin. L’accent qui est mis sur les symboles religieux en rajoute, mais servant plus d'écrin au thème principal du film : la superstition. Le film utilise la religion comme poid moral (même si il tente d'être universel, il sera surtout axé sur la branche catholique), mais j'ai tendance à croire qu'il vise plus l'obscurantisme (le prêtre invité à déjeuner étant lui aussi surpris par le discours agressif et superstitieux de Cuda (quoiqu’il est un peu gênant d’écrire cela, les cas de possession nous mettant toujours un peu dans l’embarras quand il s’agit de se placer du côté de la science ou de la religion)), avec ici le mythe du vampire tel qu’il était vu au moyen âge. Ainsi, ce ne sont pas les objets (aulx, crucifix, pieux…) qui sont menaçants, mais bel et bien les symboles qu’ils représentent, et l’état d’agression psychologique dans lequel Martin est toujours plongé. Un quotidien familial où il est harcelé par son oncle, alors qu’il passe pour le simplet du village dans la communauté. L’ambiance du film est donc lourde, aboutie (les portraits psychologiques qui sont faits sont tous remarquables), et gravite autour de Martin, dont on suit le quotidien, de crises en crises. On suivra donc l’évolution de son comportement, de sa maturation progressive au contact d’une villageoise qui tombera amoureuse de lui jusqu’à ses confidences à une radio locale. Il est assez intéressant de voir que ces échanges téléphoniques avec l’animateur radio permettent de montrer combien le mythe vampirique est toujours populaire, mais aussi de dénoncer la tendance des médias à traiter d’un sujet parce qu’il est original, et à le tourner peu à peu en dérision (le ton ouvertement cynique des derniers échanges est clair). Quant à la compagne de Martin, elle finira par se suicider, probablement par pression morale et par auto-persécution (elle est le plus fort argument anti-religieux du film, vu que la seule piste qu’on ait pour expliquer son acte est sa pratique de la religion catholique). Enfin, le dénouement sera d’une brutalité rare, à la fois ironique (impossible d’en dire plus sans spoiler) et suffisamment choquante pour bien nous rappeler au message principal du film : l’obscurantisme est totalement dépassé (Cuda est incapable de s’adapter au rythme de la jeunesse). Avec ce film, Romero nous offre en plus d’une étude psychologique quelques scènes de thriller assez bien foutues (de son propre aveu, la lutte dans la villa est la scène la plus efficace qu’il ait jamais réalisé), qui ajoutent un peu de suspense, dynamisant un récit qu’on aurait pensé plus posé (ennuyeux ?). En tout cas, il réussit son pari : celui de réaliser un film vampirique subversif qui démystifie le monstre au lieu de le consacrer. Un habile travail, bien réalisé et qui se révèlera surprenant à chaque vision.

 

5/6

 

1977
de George A. Romero
avec John Amplas, Lincoln Maazel

 

http://api.ning.com/files/fJBuaBG*GPrk15zZ5D-3i-mT0yX3D29qKywEa50B6xOMdGoJTA*EDanSq1okMWwANNol66lTrYRwn4qTkRP77JFT*9FXyBhy/martin9.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

titi70 12/11/2011 09:53


Je n'avais pas accroché à ce film que je trouvais très bizarre et qui ne racontait pas grand chose. Sans compter l'acteur principale est absolument minable.


voracinephile 12/11/2011 23:50



Martin n'est pas non plus un film à la Zombie, c'est sûr. C'est surtout une étude psychologique très fine du comportement d'un ado étouffé par son environnement familial au point d'en avoir
développé une maladie psychologique. C'est un portrait de caractère, et pas un film d'horreur classique. C'est la même méthode que Season of the Witch (que j'ai détesté quand je l'ai découvert,
mais que j'ai ensuite aimé après avoir pris le recul nécessaire). Après, je ne suis pas d'accord sur la performance de John Amplas, qui joue assez juste cet ado incompris et psychologiquement
atteint. Ce doit être le rythme lent qui donne cette impression, mais son mutisme et sa mélancolie passent plutôt bien, j'ai trouvé.



Ze Ring 07/11/2011 18:29


Difficile à trouver? C'est juste une des plus belles pièces de la collection Les introuvables de Wild Side, et une des moins chères et des plus réputées...


voracinephile 07/11/2011 19:04



Quand même, je ne l'ai jamais croisé dans les boutiques de dvds où j'ai l'habitude d'aller. Après, dès que tu commandes par internet, ça devient facile, mais sans ça, c'est clairement un peu plus
délicat. Après, si il n'est pas trop difficile à commander, parfait, on sera d'autant plus nombreux à pouvoir le voir !



alice in oliver 07/11/2011 15:06


hâte de lire ta chronique. Certains fans du réal parlent même de son meilleur film.


voracinephile 07/11/2011 18:58



Le dressage de l'animal et l'étude du comportement simiesque sont e tout cas des points forts du film.



alice in oliver 07/11/2011 14:36


c'est un peu comme incidents de parcours de Romero! ce film jouit également d'une excellente réputation. Par contre, pour le trouver, bon courage !


voracinephile 07/11/2011 14:57



Pour le moment, j'ai un TV-rip de qualité assez médiocre, en attendant de trouver une édition dvd qui l'ait distribué (j'ai récupéré pas mal de vieux Romero chez Les introuvables). D'ailleurs, sa
chronique sera bientôt prête.



alice in oliver 07/11/2011 10:58


cette rareté horrifique jouit d'une très bonne réputation, mais jamais vu !


voracinephile 07/11/2011 11:42



Après, il est rare ! Je n'ai pu le découvrir qu'en le commandant par correspondance. Dur à trouver, mais un grand cru de Romero !



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche