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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 13:49

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Le cinéma de Clint Eastwood est essentiellement tourné vers le drame, tourné avec un classicisme très agréable (tous ses personnages sont parfaitement construits) et soucieux d’éviter tout second degré, afin de nous présenter des histoires fortes au potentiel sentimental bien exploité. Racontant toujours l’histoire de personnages, les films de Clint prennent souvent des airs de tragédies, comme dans les deux exemples traités aujourd’hui. Avec Mystic river, on s’attaque à l’injustice dans son atrocité (mais pas que), et par L’Echange, au combat dantesque d’une femme contre la Police de sa ville.

 

Mystic river : Jimmy Markum, Dave Boyle et Sean Devine ont grandi ensemble dans les rues de Boston. Rien ne semblait devoir altérer le cours de leur amitié jusqu'au jour où Dave se fit enlever par un inconnu sous les yeux de ses amis. Leur complicité juvénile ne résista pas à un tel événement et leurs chemins se séparèrent inéluctablement.
Jimmy sombra pendant quelque temps dans la délinquance, Sean s'engagea dans la police, Dave se replia sur lui-même, se contenta de petits boulots et vécut durant plusieurs années avec sa mère avant d'épouser Celeste.
Une nouvelle tragédie rapproche soudain les trois hommes : Katie, la fille de Jimmy, est retrouvée morte au fond d'un fossé. Le père endeuillé ne rêve plus que d'une chose : se venger. Et Sean, affecté à l'enquête, croit connaître le coupable : Dave Boyle...

 

L'Echange : Los Angeles, 1928. Un matin, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, celui-ci a disparu. Une recherche effrénée s'ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Christine le ramène chez elle mais au fond d'elle, elle sait qu'il n'est pas son fils...

 

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Mystic river : Délicate tâche que s’impose l’œuvre de l’auteur Dennis Lehane, qui s’attache à nous décrire une injustice dans toute son atrocité, surtout en termes d’intensité sentimentale. Il devient très dur de ne rien spoiler tant ce drame réussit à bien canaliser son public et à le faire aller où il veut, autant grâce au registre du drame familial (on suivra le deuil de la famille en question et ses relations avec le voisinage) que celui de l’enquête policière (c’est bien elle qui ne cesse de faire progresser l’histoire et d’aller de l’avant). La combinaison de ces deux genres permet de donner à l’histoire deux tons différents, un se voulant plutôt objectif (les policiers font leur enquête, et pour le seul passage où ils outrepassent leurs autorisations, ils se prendront un revers de bâton plutôt bien senti) et l’autre jouant essentiellement sur un registre sentimental (la traque de l’assassin par le père de famille, obnubilé par son désir de vengeance). C’est d’ailleurs cet accent qui permettra d’aborder un autre thème tout aussi intéressant que l’injustice : celui de la corruption par le mal. Au cours d’un dialogue magnifiquement ambigu (sur l’instant), Dave évoque comment il a dû oublier qui il était lors de ses 4 jours d’enlèvement, et donc sur la possibilité de création d’une nouvelle personnalité qui n’aurait elle vécue que de la souffrance… Par ce dialogue incroyablement fort, le film aborde un thème particulièrement fort : celui de la croyance en la corruption des victimes par le mal. Le film est loin de donner du crédit à cette thèse. Au final, il se révèle même être une démonstration à son encontre. Comment des individus ayant subis de telles choses pourraient être amenées à les reproduire ? Si le film se garde bien d’être général, il pose aussi le personnage de Dave comme quelqu’un d’incapable de faire du mal dans des circonstances normales. Ce sont ceux qui n’ont pas vécu les atrocités qu’il a subie qui se mettent à le juger, et qui dans leur incompréhension de cette souffrance se mettent à spéculer sur une possible corruption de l’innocence par le Mal. Et pour cause, le public est déjà sur cette piste après 30 minutes de films. Ce n’est vraiment qu’à la toute-fin qu’on découvre l’énormité de notre erreur, ce qui décuple incroyablement la puissance tragique du film, magnifiquement conclu sur le déni de la souffrance de l’autre sous prétexte de sa responsabilité dans l’affaire. Mystic river ne fait pas dans le second degré. Son drame est profond, total et finalement nihiliste. Et cette puissance est soutenue par les codes du cinéma à l’ancienne avec une certaine virtuosité. Avec un thème musical unique repris dans différentes tonalités selon les circonstances et des acteurs juste excellents de bout en bout, Mystic river est un drame marquant qui est voué à chambouler son spectateur à chaque nouvelle vision. Un grand film de l’ami Clint Eastwood.

 

5/6

 

2003
de Clint Eastwood
avec Sean Penn, Kevin Bacon

 

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L’Echange : avec ce film, l’ami Clint se lance dans un portrait inquisiteur de la police des années 20, puisqu’il tape sur son besoin constant de reconnaissance alors qu’elle ouvre avec la maffia. Assez rapidement, avec la disparition de son fils, Christine, une Angelina Jolie qu’on n’a pas connu aussi dramatique depuis... longtemps, est voué à fréquenter deux types d’individus : des membres de la police qui ne cessent de critiquer le comportement de cette femme qui rechigne à accepter le marmot qu’on lui a rendu, et un subversif qui ne cesse de traîner la police dans la boue. Le ton manichéen est placé d’entrée de jeu, et c’est peut être un peu cet aspect qui nuira légèrement à l’estime qu’on porte à ce film, moins apprécié qu’un Mystic river. C’est rapidement le combat de cette femme à l’encontre de la Police qui prendra le devant de la scène, quand ;; est internée abusivement par le directeur d’enquête qui craint pour la popularité de sa brigade. C’est la partie dans l’asile qui se révèle la plus forte, pour la lutte psychologique de tous les instants que ce lieu impose quand on est sain d’esprit, et pour l’injustice flagrante d’une telle procédure (internement sur ordre de la police, avec une libération uniquement sur signature d’un contrat dégageant la police de toute responsabilité). On passe de mauvais traitement en mauvais traitements, alors que l’on découvre que beaucoup de femmes enfermées à l’asile sont victimes de la police ou de leur mari. Le film prend alors une tournure féministe avec l’engagement qu’on reconnaît à Clint Eastwood sur des thèmes aussi engagés (l’usage de la bonne grosse vulgarité à l’américaine !). Si le dénouement sur ce sujet est plutôt jubilatoire (une conclusion sur l’espoir, aussi valable pour la libération des femmes que pour l’histoire tragique de Christine), le film conserve toujours une intensité dramatique avec sa seconde intrigue parallèle : la découverte d’un tueur d’enfant qui pourrait avoir kidnappé le fils de Christine. Concernant ce personnage, le film conserve toujours un ton fortement dramatique (bien plus sombre que la courte introduction de Mystic River) qui ne nous quittera pas jusqu’à l’exécution de son personnage central Gordon Northcott (magnifiquement interprété par Jason Butler Harner) qui réussit à être parfaitement dramatique même si beaucoup s’accorderaient à dire que la punition est ici méritée. Toujours au premier degré et finalement clair dans ses intentions (égratigner la réputation de la police des années 20 et faire mener aux femmes un combat dantesque avec reconnaissance juridique à la clef), l’Echange est un bon drame de Clint Eastwood, même si personnellement, j’y ai moins accroché qu’à Mystic River. Avec une reconstitution d’époque plutôt convaincante, ce film a donc sa place dans la filmographie de l’Inspecteur Harry, qui a compris que le cinéma à l’ancienne resterait toujours aussi populaire auprès des cinéphiles.

 

4.5/6

 

2008
de Clint Eastwood
avec Angelina Jolie, John Malkovich

 

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commentaires

2flicsamiami 08/12/2011 10:03

Ah oui, c'est vrai, tu as raison (en même temps, je l'ai vu il y a un petit bout de temps).
En tout cas, cool que tu l'ais vu, ça permet de parler d'un film assez méconnu du grand publique.

voracinephile 08/12/2011 20:37



Pas de soucis, vu que ça doit être la prestation la plus subtile de Kevin Bacon que j'ai vue. Donc il m'est resté en mémoire. Ravi moi aussi de savoir que tu l'as appécié. Très intéressant de
s'intéresser à un pédophile qui veut sincèrement se racheter, mais qui se heurte régulièrement à la rancune de la société qui n'arrête pas de le rabaisser à sa faute. Un beau film sur le rachat
qui n'enferme pas son protagoniste dans sa dérive. Le meilleur de la carrière de Bacon avec Death Sentance et Hypnose (et je rajouterai aussi Hollow Man). Si tu veux le voir dans un rôle de
méchant sympa, je te conseille Super de James Gunn, ou le bon X men Origins.



2flicsamiami 07/12/2011 17:51

En même temps, dans The Woodsman, Bacon ne joue pas forcement dans l’émotion. C'est d'ailleurs un excellent film sur la réinsertion des pédophiles dans la société.

voracinephile 07/12/2011 20:16



Ah quand même, dans the Woodsman, il est clairement plus sentimental que dans Mystic river. Rien que son amitié avec la gosse, sa tentative de cure psychologique et les attaques contre la société
qui tolère des comportements hypocrites tant qu'on tape sur le pédophile, c'est bien plus recherché que son jeu sobre pour le personnage de Sean (qui n'émeut jamais vraiment, malgré son histoire
avec sa femme qui lui téléphone sans jamais lui parler). The Woodsman est bien plus représentatif des talents dramatiques de Kevin Bacon que Mystic River (c'est d'ailleurs un des meilleurs films
de cet acteur, ravi de constater que tu le soutiens toi aussi !)



2flicsamiami 06/12/2011 15:15

Belle idée cette corruption par le mal. C'est vrai qu'on est mis sur la piste de Dave dés le début avec ce flashback.
En tout cas, Mystic River est un très très beau film avec de magnifiques acteurs (j'adore Marcia Gay Harden dans ce film, notamment lors du final ou elle se rend contre de son erreur).

voracinephile 07/12/2011 17:20



Oui, d'autant plus qu'on est habitué à cette idée de corruption par tous les films de psychopathes dont les traumatismes enfantins seraient des éléments déclencehurs de comportements violents.


Je n'ai probablement pas assez insisté sur les immenses talents du casting, composés d'acteurs parfaits (même si je trouve le personnage de Kevin Bacon très en retrait par rapport aux autres, il
est vraiment plus émouvant dans The Woodsman). Des sentiments parfaitement retranscris pour un drame vraiment réussi.



alice in oliver 04/12/2011 22:52

comme quoi, elle peut livrer une bonne performance quand elle veut. Encore faut-il qu'elle apprennent à choisir ses films

voracinephile 05/12/2011 17:21



Oui, espérons qu'elle tienne dans cette direction. Me suis revu Tomb Raider hier soir, c'était vraiment douloureux par moments...



alice in oliver 04/12/2011 21:42

j'ai beaucoup aimé Mystic River et son scénario plus complexe qu'il n'y paraît, le passé ayant des conséquences redoutables. Quant à l'échange, ça reste un bon cru de Clint Eastwood, Angelina Jolie
trouvant ici le meilleur rôle de sa carrière

voracinephile 04/12/2011 22:28



Oui, Mystic river tient du chef d'oeuvre avec son casting prestigieux et ses sentiments déchirants (Eastwood arrive à nous faire commettre nous aussi cette injustice !). L'échange m'a un peu
moins marqué, le discours étant un peu trop manichéiste à mon goût (le personnage de John Malkovich manque par exemple un peu de recul). En revanche, Angélina Jolie m'a vraiment étonné. Depuis
l'infâme Lara Croft 2, elle a bien progressé.



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