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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 17:24

Affiche-du-film-Noe.jpg

 

Noé n’est pas le film qu’on attendait. La bande annonce le cachait, laissant les gros arguments épiques et les symboles bibliques parler pour lui. Ainsi, tout le monde attendait le retour de la fresque biblique façon Les 10 commandements, avec le poids massif des effets spéciaux et d’un casting massif (Crowe, Connelly, Hopkins, Winston…). Et bien on s’est bien planté, c’est un film pré-apocalyptique, à forte connotation théologique et carrément épique.

L’histoire : La descendance de Caïen, fils d’adam, a épuisé les ressources terrestres avec des villes industrielles et exterminé les veilleurs, des anges déchus errant sur terre et enfermés dans des corps de pierre. Noé, dernier descendant de la lignée d’Abel, voit en songe la fin du monde, et emmène sa famille en lieu sûr.

 

noepaysage.png

 

« Au commencement, il y avait l’Eden » Ah ouais, ça claque ! « Succombant à la tentation, Adam et Eve furent chassés du paradis. » Les cuivres tonnent. Ca claque ! « Caien, fils d’Adam, tua son frère Abel, avant de fuir à l’Est. » Ca va chier ! « Et la descendance de Caien pilla la terre avec des citées industrielles et extermina les Veilleurs, des anges déchus venus sur Terre pour les secourir. » … What the fuck ? C’est dès l’intro qu’on sait qu’on ne va pas voir le film attendu. Et pourtant, on n’est pas déçu, juste gentiment surpris. On délaisse le côté strictement religieux pour donner dans l’aventure où des éléments cosmiques sont à l’œuvre, mais en gardant finalement un ton assez proche du conte. C’est un film kitsch sobre, qui assume ses partis pris esthétiques et qui veut avant tout réaliser un beau voyage, tout en s’inspirant très librement des fondements des principales religions monothéistes. Dès le départ, le monde des hommes et le concept de société sont perçues comme des plaies, qui ruinent le monde, pillent sans vergogne les ressources et s’entretuent pour se les approprier. Une vision volontairement manichéenne pour justifier l’attitude de Noé, personnage mis à rude épreuve par le Créateur (on évite de dire Dieu, ce qui rajoute le côté finalement très SF de ce film, un peu comme la dernière histoire de Cloud Atlas). La première partie du film, c’est la fuite vers les montagnes, fuite devant les hordes d’hommes rendus affamés par le manque de ressources sur un monde qui se meurt. Un véritable survival, où le danger est présent (gros nombre de morts et quelques blessures gores), mais où l’ambiance biblique et posée empêche toute peur de s’installer (d’où le côté fable humaine). Puis les veilleurs entrent en jeu, et là, on sait qu’on met les pieds en plein fantastique. Des créatures, des miracles, des déserts de cendres jalonnés de cadavres… La splendeur kitsch du film et de ses effets ravira tous les amateurs d’aventure à l’ancienne, qui trouve encore une façon de s’émerveiller devant l’ingénuité. Enfin, je suis gentil de dire ingénuité, car le fond humaniste du film est assez naïf (le monde il est méchant mais on y trouve de la gentillesse, ponctuellement). C’est la naïveté de ce ton, ainsi que l’ambiance extrêmement posée du style de Aronofski (on clairement ici dans la mouvance de son sublime The Fountain), qui font à la fois le charme et le défaut du film. En effet, difficile de se sentir vraiment menacé dans un climat aussi kitsch, ni devant des messages aussi simples sur le monde. C’est bienveillant, mais un peu trop sommaire pour qu’on soit autre chose de diverti. Néanmoins, la fascination d’Aronofski pour les symboliques permet de faire quelques parallèles très beaux et stimulants pour l’esprit, et son esthétique peaufinée enchantent littéralement la plongée dans ce monde mourant au seuil de l’apocalypse. On a même quelques tableaux marquants, comme l’infiltration de Noé dans un bidonville humain, portrait du cancer de la Terre asséné avec un sens aigu de la symbolique (je n’ai pas senti une telle densité depuis les films de Mel Gibson (Apocalypto notamment, la Passion dans une moindre mesure)). Des visions marquantes, et des tableaux très agréables pour la rétine (d’autant plus que l’arche devient un dortoir confortable et douillet, grouillant de vie et havre de paix quand les éléments se déchaîneront au dehors. La sensation de sécurité atténue le souffle épique, et empêche donc une implication en profondeur du public. Toutefois, le cas de Cham, fils de Noé désirant trouver une épouse, permet de planter les prémisses de ce qui sera le cœur noir du récit. Le troisième acte du film (après l’exil et la construction) plante un contexte bien plus sombre, Noé révélant clairement son projet de sauver les innocents (animaux) et d’exterminer toute la race humaine, jusqu’à sa propre lignée. Une sorte de Shining, avec un survivant extérieur introduisant la discorde et flattant les bas instincts, incarnant clairement les valeurs humaines les plus sombres possibles. Pas de spoilers, mais cette tournure inattendue permet de pimenter le récit en réservant quelques surprises au spectateur. Néanmoins, le constat positif ne sera pas clément avec tout le monde. Anthony Hopkins fait clairement office de papy gâteau assez gênant (« tu veux une tasse de thé ? »), Emma Watson s’affole des hormones après un joli jeu de focale branche morte-branche fertile (un élément déterminant pour la suite du film), Noé sombre dans l’alcoolisme… Des éléments un peu gênants qui alourdissent ponctuellement un récit plutôt humble malgré l’échelle cosmique des éléments à l’œuvre (l’eau, le feu, la terre, seul l’air semble avoir été oublié). Au final, le film est suffisamment beau (magnifiques paysages) pour justifier le visionnage en salle, et se laisser bercer par un conte à l’ancienne, adulte dans sa violence, mais jeune dans ses émotions.

 

4/6


2014
de Darren Aronofsky
avec Russell Crowe, Jennifer Connelly

 

noefamille.jpg

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Published by voracinephile - dans Aventure (la mine d'or)
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commentaires

borat8 20/04/2014 21:09

D'ailleurs la chronique a été publié sur Ciné Borat tout comme celle de La crème de la crème.

voracinephile 23/04/2014 19:51



Vu. Je vais y réagir !



borat8 17/04/2014 19:57

Mais moi je m'en fous du conte!lol D'ailleurs son comic-book n'a rien d'un conte donc... Le problème est que pour la Paramount cela ne devait pas dépasser le PG-13 et ce même malgré Aronofsky.

voracinephile 20/04/2014 14:12



XD



2flicsamiami 15/04/2014 15:56

Un bon film, qui puise sa force dans ses faiblesses et dans une seconde partie très mordante (j'adore ta comparaison avec Shining, sauf que Crowe n'est pas Nicholson). J'adore aussi l'esthétique "à
l'ancienne" des Veilleurs. On se croirait revenu à l'époque de Jason et les Argonautes.

voracinephile 16/04/2014 22:57



Oh non, Crowe n'est pas Nicholson ! Mais la comparaison me semblait évidente, renforcée par l'aspect huis clos.


Content de te voir l'aimer pour des raisons similaures aux miennes. J'aime aussi la touche divertissement à l'ancienne (malgré l'effet assez cheap de la rivière qui s'étend), avec le vent de
classicisme adapté au côté SF théologique de l'ensemble.



borat8 14/04/2014 18:40

C'est le papy pépère par excellence quoi! Je ne l'ai pas vu aussi intéressant depuis Wolfman. Donc depuis 2010 et encore avant il faut remonter aux années 90 je crois. Je n'ai par contre pas été
touché par ses interprétations de Hannibal Lecter depuis Le silence des agneaux. Le problème est bien entendu que ce soit un PG-13. Je pense que cela aurait été plus brutal en Retricted, mais Black
Swan ou Requiem for a dream n'étaient pas des blockbusters.
En entendant l'humanité tue pour passer devant l'autre et est opportuniste au point de croire qu'ils ont une place dans l'arche de Noé.

voracinephile 16/04/2014 22:32



Plus brutal, on aurait perdu le côté conte. Je ne vois pas de toute façon comment ça se pourrait, à moins de bouleverser complètement l'histoire et ses visées. Le portrait de l'humanité au bord
de l'extinction est bon en revanche, l'aspect fléau antique est bien rendu par cette mise en scène. En cela, le film est agréable. Mais cette vision biaisée de la société est un peu légère quand
même...



borat8 14/04/2014 00:17

On a vu pire il est vrai mais pour la classification, c'est plutôt violent. Je pense au passage du camp, au piétinement, aux massacres humains avant le déluge, les quelques animaux attaqués et même
l'évocation d'un infanticide... C'est pas toujours jojo Noé! Pour Mathusalem, je pense que c'est ironique qu'il trouve des bées rouges à un moment pareil. ;) Ce qui me fait rire avec le personnage
de Jackson c'est qu'il méprise son père pour l'avoir laisser mais pas l'autre crevure dont les troupes ont volontairement piétiné sa dulcinée. Complètement con!

voracinephile 14/04/2014 16:11



Le problème du personnage d'Hopkins, c'est qu'il ne provoque aucune surprise. D'ailleurs, il ne surprend plus dans aucun de ses rôles. Aucune performance ici non plus, il cabotine en mode vieux
sage facétieux qui vient faire un petit miracle pour le fun. Mais malgré son interface de conte, le film cherche à être violent. Frustrant qu'il ne soit pas parvenu à me convaincre, même dans les
moments clefs de tension (l'affrontement avec le roi, les gamines sur le pont du bateau). Le problème, c'est qu'il aurait fallu passer à l'acte une fois pour vraiment montrer que ça peut arriver,
que le conte peut virer au cauchemar.


Pour Jackson, pas vraiment d'accord, vu que l'humanité est alors en proie à la panique de son extermination et qu'elle courre vers son salut. En revanche, aucun n'a pensé à construire de son côté
un radeau de survie, malgré les avertissements de Noé. Si les humains sont paresseux au point de ne jamais se sortir les doigts du cul, j'approuve le Créateur !



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