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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 12:55

article_nympho.jpg

 

Lars von Trier, provocateur de premier ordre et grand demandeur de la performance d’acteur, revient en force avec un appareil incongru, un étrange objet comportemental qui se propose de faire, à l’ancienne, le récit d’une vie de femme nymphomane. Ce sujet sulfureux, ajouté au bannissement de la communauté bienpensante cannoise suite à une provocation de trop, et on obtient un film sorti sans promotion (mais quand même sorti) dans une version censurée dont la moyenne de fréquentation est de 8 personnes par salle (et encore, pendant la séance où j’étais, une est partie en cours de film). Et tout cela a pour résultat d’accoucher du premier grand film de l’année.

L’histoire : depuis son enfance jusqu’à ses 20 premières années, une femme raconte quels épisodes ont jalonné sa vie et son approche du sexe.

 

nymphomaniac-nouvelles-images-3.jpg

 

Nymphomaniac est typiquement le genre de film un peu provoc qui sait ce qui est bon, et qui à sa beauté classique très formelle (contemplative) sait doser performance d’acteur, scène choc et art d’exposer les subtilités comportementales de chacun des personnages qu’il met en scène. Commencer par un écran noir accompagné d’un son liquide, puis ouvrir la pellicule sur du Rammstein soutenant des images à la force contemplative vivifiante, et vous avez déjà une merveilleuse idée du potentiel détonant du cocktail. Et ce n’est que pur introduction formelle, le film déborde quant à lui de symboles, de thématiques et de pistes psychologiques si variées, et si cohérentes, que le film tient toutes ses promesses, tout en se révélant surprenant pour ses choix avisés. Jamais enfermé dans une lecture manichéenne (la narratrice se décrit comme une souillure corrompue, son auditeur se distingue comme un soutien empathique et bienveillant), il aborde avec simplicité, humour et franchise, différentes étapes de l’apprentissage amoureux de Joe. Sous l’angle de la sensibilité pendant la jeunesse (les étranges sensations que procurent les frottements des zones érogènes, la fascination pour la nature inculquée par le père (très belle figure de père d’ailleurs, loin de toute figure oedipienne parasitant leur relation)), puis peu à peu sous l’angle de la découverte provoc de l’adolescence. Un dépucelage avec Shia Labeouf dans un rôle délicieusement à contre-emploi (il joue un homme faible à l’opposé de la véritable virilité, essayant désespérément d’acquérir la carrure qu’il n’aura jamais) qui amorce bien les jeux de saute-mouton qui feront par la suite l’essentiel du programme. La métaphore avec la pêche pourra sembler lourde (on ne cesse d’y revenir pendant tout le chapitre), elle est pourtant parfaitement appropriée, dans sa signification autant que pour les multiples éléments qui la composent, et qui trouvent un sens à chacune des étapes du parcours de notre adolescente. Passons le détail des chapitres, chacun se trouve chargé d’un contenu incroyablement riche, ainsi que d’une esthétique propre (le chapitre 4, intégralement en noir et blanc). Les aspirations changeantes de notre héros la conduisent vers le blasphème en guerre contre l’Amour (« il existe un crime de sexe, les crimes d’amour sont innombrables. »), la faiblesse feinte pour exciter la lubricité, les attentes des hommes et leur comportement en face de la provocation… Autant de sujets cohérents que le film traite avec une virtuosité souvent palpable, et édifiante sur de pareils sujets sociétaux. Question performance d’acteurs, on retiendra surtout le caméo de Uma Thurman en mère de famille cocufiée par notre héroïne, qui s’incruste dans l’appartement de Joe et se livre à une scène de ménage éprouvante, avec la hargne de la famille détruite par autant de libertinage gratuit. Une sacré scène qui résume les remords et dilemmes moraux habitant le personnage de la nymphomane, que le film se plaît peu à peu à redéfinir. La nymphomane n’est plus la femme fatale insatiable qu’on s’attendait à trouver, mais plutôt la somme de différentes expériences sexuelles, cumulant les caractères d’hommes pour former l’harmonie recherchée. Un discours finalement plutôt limpide (finalement, c’est un parcours de vie lisible et ordonné), que l’ultime rebondissement jette sur un nouveau terrain, augurant du meilleur pour une seconde partie qu’on espère au moins à l’égale de ce grand feu d’artifice d’ouverture. 2014 commence du bon pied !

 

5,2/6


2013
de Lars von Trier
avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård

 

Nymphomaniac-chapter-one--008.jpg

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commentaires

Ju 07/02/2014 15:29

Et encore, vous n’avez pas vu la version non censurée : https://www.youtube.com/watch?v=8qzzqkEj4rU
:)

voracinephile 07/02/2014 15:48



Oh oui ! Et je n'ai même pas pu voir la seconde partie, qui n'a été diffusée dans aucun cinéma à Montpellier... Un scandale, mais je me rattraperai.


Que dire de cette bande annonce unrated ? Et bien qu'elle est réussie ! Merci pour ce moment de rire sincère, une parodie subtile et bien pensée ^^



Vince12 23/01/2014 15:14

En fait comme tu m'avais parlé de ton intérêt (limité ou pas) pour Dieudo, j'attendais ton avis je le reconnais (puisque jusqu'alors on m'a surtout parlé d'un gourou antisémite et raciste qui
appelle au meurtre dans les coms)
Je ne connais pas assez Hussain mais le gars m'intéresse bien évidemment je tenterai de voir le film. En tout cas c'est effectivement son sourire qui m'a marqué (Allez James met un banière avec un
démon sorti d'un film de Screamerclauz en train de faire une quenelle ! ;) )

voracinephile 24/01/2014 00:08



Histoire que tu cherches au bon endroit, il s'agit du film La belle Bête, le dernier film de Hussain. C'est celui que j'aime le moins, mais son style s'oriente vers quelque chose d'intimiste,
très axé drame psychologique avec de tourmentés personnages (une mère incestueuse, un fils gamin dans sa tête alors qu'il s'approche de la majorité et une soeur lunatique qui torture son frère et
empoisonne la vie de famille). Le genre de divertissement tout public, donc...


Merci pour la suggestion du démon en quenelle, je réfléchirai à quelque chose dans ce genre...



borat8 22/01/2014 23:37

Tout du moins il y a un minimum de scénar et de cohérence dans le déroulement du film, ce qui n'était pas le cas quand j'ai vu Pierrot et Alphaville. Je confirme ton ennui et par la suite, les
extraits que j'ai vu d'Une femme est une femme m'ont bien soulé aussi.
Il faut dire que Caché est assez anxiogène et laisse peu de place au spectateur. Il présente l'action mais c'est tout. Oui plus que l'émergence du nazisme qui paraît très grosse quand même (même si
ça revient beaucoup dans les critiques même des professionnelles), c'est surtout cette violence transmis de parents à enfants et ces mêmes adultes ne comprenant pas que ce sont eux les responsables
de cette haîne.

voracinephile 25/01/2014 17:38



Caché est un film vraiment étrange pour le coup. Il y avait un argument de thriller possible (savoir qu'on est filmé sans en connaître la raison), un trip parano bien senti. Qui part dans une
direction assez inattendue.


Bon résumé avec Le Ruban blanc, incapacité de reconnaître la responsabilité de "l'innocence", et par conséquent de leur responsabilité. Un constat très dur, qui était taillé pour Haneke.



Vince12 22/01/2014 08:10

Sinon il y'a longtemps qu'on ne t'a plus vu sur naveton petit filou.
Ps: qui est donc la demoiselle qui fait la couverture de ton blog (la première fois en survolant j'avais cru voir une jeune Jennifer Connelly mais en fait non)

voracinephile 22/01/2014 23:02



Je viens d'aller y faire un tour (et je comprends pourquoi tu voulais que je vienne, petit provocateur en uniforme cuir serré...).


 


Quant à ma belle et dérangeante tête de proue, il s'agit d'une protagoniste assez intéressante d'un des films de Karim Hussain. Je te laisse deviner lequel. Son sourire m'a particulièrement
marqué, ses dents très courtes le déforment en une sorte de grimace malsaine (quoiqu'ici, c'est largement tolérable).



Vince12 21/01/2014 00:25

James tu as le soutient de Jean Louis Costes qui a déclaré "Je suis grand fan de Lars Von Trier" !

voracinephile 21/01/2014 22:17



Joie et illumination ! Je marche sans crainte sur la voie de la provocation !



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