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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 11:07

http://img.movieberry.com/static/photos/7532/poster.jpg

 

Retour de Bruce Labruce sur le blog, avec un film assez intéressant, qui mêle pour la première fois zombie et homosexualité (posant les bases de ce que sera L.A. Zombie), en s’autorisant de premiers excès complètement fous, et surtout en expérimentant pas mal de choses. Du noir et blanc à la couleur en passant par le cartoon, de nombreuses techniques y passent, alternant les registres du cinéma d’auteur et de la chronique sociale sur les homos. En bref, de l’original à gogo et un concentré d’idées qui font d’Otto (or up with dead people) une petite réussite.

L’histoire : Le parcours d’Otto, un jeune zombie anciennement homosexuel, qui se lance bientôt dans une carrière d’acteur.

 

http://s.excessif.com/mmdia/i/32/7/bruce-labruce-haut-3643327clazk_1731.jpg?v=1

 

Et on peut rajouter la thématique du film dans le film avec Otto, qui bouffe décidément à tous les râteliers. Ainsi, le film commence sobrement avec l’image classique du film de zombie, mais prise sous un angle « cinéma d’auteur ». Comprenez qu’on a une sorte de bande son mélancolique et une voix féminine qui parle pendant qu’on voit notre zombie sortir de terre et partir à l’assaut du monde. Pourtant, première modification : Otto ne mord pas instinctivement les passants, il se contente de prendre pour « victime » des garçons consentants qui l’abordent dans son parcours et qui le désirent clairement. Ce petit usage du gore permet de représenter métaphoriquement l’acte charnel, et donc d’atténuer le côté homosexuel de l’œuvre (enfin, l’atténuer n’est pas le mot, mais il le rend plus facilement « regardable » en l’ouvrant déjà un peu plus au grand public, alors que L.A. Zombie ne prendra pas ces gants). Si le désir masculin est toujours de la partie, le sexe pur et dur est assez rare (on retiendra une scène choc : la pénétration d’un zombie par une plaie dans le ventre d’un autre zombie), le film se focalisant plus sur ses messages. Ainsi, le zombie Otto devient une figure de marginal, toujours emprunt d’une certaine mélancolie, qui erre sans but précis, à la recherche d’un passé dont il ne se souvient que partiellement. En terme de design, le film n’hésite pas à filmer son personnage principal comme une icône de l’homosexualité, autant dans l’habit (un brin fantasmé, en mode gothique léger, connoté marginal qui s’assume sans provoquer) que dans le comportement. Notre zombie parle, il évolue en société, et il va être amené d’un côté à subir les foudres d’une bande d’homophobes redondants (Otto ne mourant pas, il pourra donc subir plusieurs tabassages) et une équipe de cinéma indépendant qui tente de politiser son personnage. Si certains passages permettent ainsi de préciser la mélancolie d’Otto et de nous en apprendre un peu plus sur son passé et ses émotions de zombie, cette approche très auterisante lasse parfois, la quête d’Otto semblant un brin plus intéressante que les divagations artistiques d’une réalisatrice un poil envahissante. Mais si cette partie est parfois lente, on sent tout de même une ambiance « cinéma d’auteur allemand » qui n’est pas pour me déplaire. Et même, le temps d’une digression, Bruce se laissera aller au plaisir de l’hommage au muet, en incluant pour la première fois (enfin, dans ce que j’ai vu de lui) le saphisme dans son univers (d’habitude focalisé sur une homosexualité masculine virile). Si la trame principale suit Otto et son parcours sentimental (qui le reconduira vers son ancien petit copain), le film continue sur la piste de sa métaphore gay-zombie, dont l’aboutissement sera une orgie gay de zombie (imaginez un groupe de zombie en mode attaque de masse, qui vire d’un coup sur l’orgie du Parfum). Parfois un peu redondant, le film conclut toutefois avec des airs de brûlots en mettant en scène l’immolation de son symbole gay (directement en rapport avec l’intro qui nous envoyait des stock shots de guerre) et sur sa résurrection cinématographique. Si le film est finalement loin d’être parfait, il possède en tout cas des idées assez amusantes (qui tranchent en tout cas avec les clichés) et si quelques séquences érotiques gay sont à prévoir, ce film est globalement assez sobre, donc parfait pour une initiation « en douceur » au style de Bruce Labruce. Il faut une première fois à tout…

 

4.5/6

 

2008
de Bruce LaBruce
avec Jey Crisfar, Marcel Schlutt

 

http://campblood.org/Newblog/wp-content/uploads/2010/05/otto4-480x270.jpg

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commentaires

alice in oliver 08/05/2012 15:01

mince alors, quelle affiche prometteuse ! Pourtant, un bon film au final: j'en prends bonne note d'autant plus que je n'ai jamais vu un film de B. Labruce.

voracinephile 08/05/2012 18:26



N'est-ce pas ? Un film qui s'assume pleinement et qui revandique jusqu'au bout sa marginalité. Je le préfère en tout cas à L.A. Zombie, le parcours émotionnel du personnage principal ayant ici un
développement intéressant (alors que dans L.A., on sera plutôt dans le sexe and gore, avec quelques allusions sociales). Imparfait, mais assez étrange et couillu pour interpeller le spectateur.
Hustler White de Labruce est maintenant en prévision (il m'a un peu rappelé les films de John Waters, celui-là). J'espère qu'Otto te plaira (je raffole de la mélancolie du film en tout cas...).



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