Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 06:47

http://www.cinemagora.com/images/films/13/115013-b-paprika.jpg

 

Satoshi Kon m’a été révélé par le dessin animé Perfect Blue, un merveilleux thriller dont les projections psychologiques (le dédoublement de la personnalité semble être une constante dans son cinéma) représentées explicitement ont de quoi perturber pendant la vision du film. Paprika reprend en partie son travail sur le sujet, mais en prenant bien plus de liberté et d’ampleur que son prédécesseur. Plongée dans cette production onirique…

L’histoire : Le professeur Chiba et le scientifique Tokita développent un projet de machine révolutionnaire capable d’enregistrer les rêves des gens. Mais une personne malintentionnée s’empare de plusieurs machines et s’introduit dans le subconscient de plusieurs personnes afin de les rendre folles.

 

http://graphics8.nytimes.com/images/2007/05/24/movies/25paprika600.1.jpg


Vraiment ambitieux dans ses objectifs (la manipulation cérébrale, c’est quand même du lourd), Paprika est un dessin animé magnifique, aux graphismes très bien dessinés et à l’animation parfaite (l’équipe bénéficiant de plus de moyens qu’à l’époque de Perfect Blue). Ce qui est intéressant avec Paprika, c’est qui brouille peu à peu nos repères, et que vers la fin il n’est plus très facile de distinguer la réalité de l’hallucination onirique. C’est ce qui fait la force et l’envoutement du récit, mais qui risque aussi de diviser le public, tant la volonté de maîtriser l’histoire devient vaine dans les vingt dernières minutes. Totalement imprévisible, doté d’une ambiance sérieuse et flippante (l’exploration de l’appartement d’Himuro), le film se suit avec un rythme assez soutenu, réussissant aussi bien à nous épater graphiquement (pas tous les jours qu’on voit une héroïne surfer sur un nuage) et thématiquement (l’intrigue, loin d’être incompréhensible, est parfaitement logique). Si le film respecte l’adage du « quand on meurt en rêve, on meurt dans la réalité », il reprend aussi beaucoup de codes du monde onirique, ce qui explique en quelque sorte que le rêve d’une cohorte folle avançant peu à peu dans un lieu imaginaire puisse parler à beaucoup de monde. Les enjeux ne cessent d’évoluer, nous seulement sur le plan de l’enquête, mais aussi sur celui des personnages. Ainsi, Ciba va peu à peu laisser ses sentiments la dominer (jolie scène avec Tokita), Tokita va prendre conscience de ses responsabilités, et l’enquêteur lèvera enfin le voile sur son mystérieux rêve. Car c’est ce personnage aussi qui est intéressant. Détestant d’abord le cinéma, il se rend compte peu à peu pourquoi il a développé cette haine, et ce qu’il a toujours regretté. Un parcours un peu touchant, particulièrement pour ceux qui ont déjà vécu la douloureuse expérience du film inachevé. Au milieu de tout cela, Paprika évolue en faisant des merveilles, en étant montrée comme une thérapeute efficace autant qu’agréable. La schizophrénie est d’ailleurs au cœur du récit avec elle, puisqu’elle est un double du personnage de Chiba. D’ailleurs, la scène de révélation d’identité devant Osanaï est une des plus belles du film, ce dernier disséquant littéralement l’identité de Paprika pour mieux découvrir qui est derrière elle. Les personnages sont vraiment le point fort de cette production, qui n’hésite pas aussi à faire déplacer ses personnages dans tout ce qui peut représenter un bout de réalité (ils traversent des écrans, des miroirs, des affiches pour se rendre plus vite où ils le désirent). Dans un dernier acte qui peut sembler un peu brouillon (on retrouve des sortes de monstres gigantesques), on tient enfin un dénouement à la hauteur du projet. Paprika, c’est en quelque sorte un Ghibli pour adulte, un film à la narration particulière et aux thèmes sérieux, magnifiquement dessiné, et qui mérite une publicité du tonnerre pour ce qu’il ose faire. De la grande animation.

 

5.5/6

 

de Satoshi Kon
avec Megumi Hayashibara, Torû Furuya

 

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/18/63/09/32/18672201.jpg

 

http://www.otakute.fr/wp-content/uploads/2010/08/paprika.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

borat8 12/07/2012 15:39

Pour Inception, je m'attendais à quelque chose de complexe et Le prestige jouait aussi sur ça. Pour les séries, je comprends ton point de vue, il faut trouvé le temps de les regarder et dans ce cas
là les voir d'un coup. C'est ce que j'ai fais avec Fringe, Rome, Les Simpson ou Cowboy Bebop.

borat8 07/07/2012 01:50

Ah ok je disais ça au cas où car beaucoup de gens ont du mal à le comprendre. C'est le cas de mes parents dont il a fallu que je les aide un peu à la compréhenssion. Pour ce qui est de PA, autant
regarder tout d'une traite même si le reste n'est pas terrible. Par contre, j'ai vraiment du mal à trouver du temps pour les séries. Pour tout te dire j'ai encore les saisons 1 de Game of thrones
et Boardwalk empire qui trainent sur mon étagères.

voracinephile 12/07/2012 09:09



Pas de soucis, je connais aussi des personnes qui ont eu du mal (mais connaissant Nolan, je me suis mis direct à réfléchir dès le début du film, et donc j'ai compris pratiquement tous les enjeux
à la première vision...). Les séries, ça bouffe un temps fou, j'y suis moi aussi rebelle, mais certaines valent vraiment le coup (je compte bientôt commencer Twin Peak de David Lynch, ça
promet...)



borat8 05/07/2012 22:46

Et pourtant si peu en ont parlé. Les seuls qui lui ont fait réellement honneur c'est Mad. En sachant que Madhouse essaye de finir le film qu'il était en train de produire avant que le crabe ne
l'exécute.
Inception est assez complexe j'en conviens et peut être moins facile d'accès que Paprika. C'est le genre de film où il faut suivre de bout en bout sous peine de ne rien comprendre ou de perdre le
fil. Le genre de film à voir un grand nombre de fois avant le comprendre vraiment.
Je connais bien évidemment Paranoiac Agent mais jamais vu.

voracinephile 06/07/2012 22:55



Oh, pour inception, je te rassure : j'ai tout compris et j'ai trouvé ça bien. Mais ce n'est pas fou, même si certaines idées sont excellentes. Je l'ai acheté en dvd, donc j'aurai encore
l'occasion de le revoir. Content que tu connaisses paranoiac agent, j'espère que tu parviendras à trouver les premiers épisodes...



borat8 05/07/2012 18:10

Ah enfin une autre personne qui connaît Satoshi Kon. Ce cinéaste délaissé avant et après sa mort. Une honte parce que ses films sont parmi les derniers grands chefs d'oeuvres du film d'animation
japonais. Je n'ai pas vu Millenium actress mais j'ai vu ses trois autres films.
Perfect blue est un énorme thriller tortureux où son héroïne ne sait pas si elle est schyzophrène, si elle est folle ou si quelqu'un lui fait porter le chapeau. Probablement le plus violent du
cinéaste et le final est absolument époustouflant de sadisme.
Tokyo Godfathers est mon préféré de sa filmo. Une véritable comédie en puissance avec son lot de gags tordants (le SDF devenant une sorte d'Armstrong du pauvre ou la fille se barrant du métro parce
qu'elle a vu son père) et mélodramatique (l'enlèvement de l'enfant, le tabassage des SDF).
Quant à Paprika, c'est l'avant Inception. D'ailleurs Nolan reconnaîtra avoir chourrer quelques idées par ci par là. J'ai donc l'habitude de réhausser le niveau du Satoshi Kon. Au niveau des rêves,
c'est particulièrement génial et imaginatif, Kon faisant également hommage à sa profession (toutes les séquences évoquants le cinéma). Le dernier chef d'oeuvre d'un mec parti trop tôt à cause de ce
putain de crabe.

voracinephile 05/07/2012 22:13



Mais Kon est un génie ! Je l'ai découvert avec Perfect Blue, et il fait preuve d'une matûrité exemplaire pour un dessin animé ! Un des rares à faire des projets très sérieux sans donner dans la
SF futuriste (les Ghosts in the shell). Millenium actress poirotte quelque part sur mon disque dur, j'ai vu tous ses autres films. Très violent en effet pour Perfect blue, avec des passages gores
assez surprenants pour leur violence. Un excellent film, même si je lui préfère Paprika, que je considère lui comme un chef d'oeuvre (foisonnant, embrouillé, imprévisible et néanmoins flippant).
Je me souviens beaucoup de Paprika alors que j'ai retenu peu de choses d'Inception. Tokyo Godfathers m'a plu pour son côté social évidemment, mais surtout pour son approche comique de rebus de la
société, de marginaux avec lesquels on va rire plutôt que pleurer. Un film d'animation très touchant, même si je préfère ses autres travaux. Vu que tu as l'air d'aimer les travaux de Kon, tu
devrais chercher sa série : Paranoia agent. Un truc de fou où plusieurs personnes disent avoir été agressées par un même individu, alors qu'on ignore si c'est vrai ou pas (il se pourrait dans
chaque cas que la personne ait été victime d'une hallucination). Et le phénomène se répend comme une psychose, et c'est de plus en plus la panique en ville... Les premiers épisodes sont
démentiels, puis les scénaristes deviennent kikoo lol pendant quelques épisodes (c'était à gerber), mais vers la fin, ils tentent de remettre les choses en ordre. Une saga inégale, mais
passionnante.



Ze Ring 06/07/2011 17:26


J'ai lu ta critique.
Va vraiment falloir que je me grouille de voir ce film, ça va tout déchirer!!


voracinephile 07/07/2011 08:56



Oui. Effrayant de voir à quel point Satoshi Kon était doué, et combien il nous a quitté trop tôt... Ses films resteront des souvenirs mémorables.



Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche