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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 13:27

http://www.rzmovies.ch/ressources/cover/fr/dvd/front/13084.jpg

 

Beaucoup de films ont été tournées sur l’Allemagne nazie, souvent avec un certain talent (l’excellent La chute), mais avec parfois plus d’approximation (Hitler, la naissance du mal). En tout cas, de petites productions ont pu s’exprimer aussi sur le sujet, comme ce méconnu Par delà le bien et le mal (traduction du titre original Good), sorti en 2008, s’appuyant beaucoup sur le talent de Viggo Mortensen. Ayant pour contexte l’émergence du parti nazi, et s’étendant jusqu’en 1942, on se focalise sur un homme, John Halder, dont une œuvre littéraire sur l’euthanasie sera remarquée par la chancellerie  et utilisée par le gouvernement. Peu à peu, le film montre comment un citoyen lambda, qui n’a jamais eu l’intention de faire le mal, se retrouve mêlé au gouvernement nazi avec un poste important et une réussite sociale fondée sur l’amoralité. Un très grand film dont le caractère intimiste a un peu limité le propos, mais qui s’attaque à décrire combien la collaboration est insidieuse.

L’histoire : en 1930, le professeur de littérature John Halder est convoqué par la chancellerie pour développer les arguments qu’il évoque dans son dernier roman, une fiction où un homme abrège les souffrances de sa femme malade. Il lui est proposé un poste à condition d’adhérer au parti nazi.

 

 


Œuvre troublante que ce Par delà le bien et le mal, qui a pour ambition de décrire combien il est facile de se retrouver dans le mauvais camp sans jamais avoir eu de mauvaises intentions. Le seul repère que nous pourrons avoir (du moins dans la première partie du film), c’est l’ami juif de John, un psychiatre qui va voir peu à peu son quotidien changer, et qui ne cessera de rabaisser moralement John pour son nouveau parcours social. Car c’est bien là que l’œuvre est insidieuse. Elle dépeint comment on pouvait acquérir un statut social enviable dans le troisième Reich. En faisant preuve de zèle, et avec quelques concessions, il devenait facile d’acquérir des avantages auxquels les populations civiles n’avaient pas droit. Le livre de Halder a plu au Führer. Il n’a qu’à écrire une thèse en développant l’idée de l’euthanasie, et il deviendra un consultant pour les décisions politiques et médicales qui seront prises sur le sujet. Il suffit juste d’adhérer au parti nazi pour cela. Qu’est-ce que c’est, au final ? Porter un pin’s sur une cravate, un ou deux petits saluts de ci de là, une bague à porter… Rien en comparaison d’un foyer agréable, d’une nouvelle femme fraîche et avenante, d’une situation financière stable. De minuscules concessions, et si je ne suis pas d’accord avec certaines décisions du parti, il suffit de me taire pour que tout continue. Et voilà John Halder qui se retrouve consultant pour diverses installations médicales, qui aide le gouvernement à prendre quelques décisions mineures, et qui vit une vie tout simplement idyllique dans un contexte de guerre mondiale. Le film va même plus loin en montrant combien il est facile de se rassurer et d’éluder toutes questions de morales pour un SS, en se murmurant de petites vérités pour en masquer des plus grosses. Suite à un attentat perpétré par des juifs, la fureur populaire force l’armée à appeler tous ses réservistes dans les rues pour maintenir l’ordre. Et là, Halder se retrouve sanglé dans un uniforme SS, totalement métamorphosé. Toutes ses appréhensions refont surface, et sa nouvelle compagne les calme en lui susurrant qu’il va maintenir la paix ce soir, qu’il va protéger la population, qu’il est admirable. Avant de partir sur le fétichisme induit par l’uniforme et de le satisfaire avant son départ. Par delà le bien et le mal décrit la facilité que l’individu (ayant un minimum d’importance) a à améliorer sa situation par une complicité passive. Et ce n’est qu’au cours d’un final traumatisant que John se rendra compte de son erreur, en inspectant un camp et en retrouvant son ami, complètement déshumanisé après seulement quelques jours dans son camp. Arrivant en un long plan séquence à capter le vide chez les prisonniers, et à contempler pendant quelques minutes un orchestre improvisé de détenus, le film parvient à mettre un allemand totalement honnête dans ses intentions en face de ce que sa contribution passive a contribué à mettre en place. Le film n’est cependant pas sans quelques défauts. La vie de famille de John ne sera pas assez développée pour que l’on ressente vraiment son abandon lorsqu’il s’installera avec son aryenne. De même, John s’occupera très souvent de sa mère, vieille femme atteinte de tuberculose et souffrant de la maladie d’Elsheimer. Certes, on comprend sa présence (elle permet de comprendre pourquoi John a médité sur l’euthanasie, et sert aussi d’antithèse, John luttant pendant tout le film pour la faire survivre le plus longtemps possible). Mais elle apparaît trop souvent, sa personnalité est un peu trop développé, ce qui a pour conséquence de rallonger le récit au lieu d’aller à l’essentiel. Enfin, la facture technique, un poil trop télévisuelle. Mais ces défauts mineurs ne doivent pas éclipser un contenu vraiment intéressant (abordé avec un tact qui atténue parfois les émotions, mais qui laisse clairement passer le message), en nous offrant son lot de scènes glaçantes (John, sans compétences médicales, se retrouvant dans le quartier des handicapés mentaux, en face d’un médecin lui demandant son avis sur leur euthanasie). Un film modeste, d’une excellente qualité et qui mérite le soutien de la communauté cinéphile.

 

4.5/6

 

2006
de Vicente Amorin
avec Viggo Mortensen, Jason Isaacs

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/68/63/24/19138388.jpg

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commentaires

2flicsamiami 08/10/2011 08:36


Un film plutôt intéressant, mais assez incomplet lorsqu'il tente de mettre en rapport le personnage à l’idéologie nazi dont il rédige les grandes lignes.
Sinon, Mortensen est excellent !


voracinephile 08/10/2011 10:25



Il est vrai qu'on se focalise plus sur la vie sociale de John plutôt que sur sa confrontation directe avec l'déologie (mais ne tenterait il pas de minimiser ses connaissances de l'idéologie pour
s'éviter d'avoir des blessures morales ?). Mortensen est en effet particulièrement juste dans ce rôle (c'était pour lui que j'ai pris le dvd, je n'ai pas été déçu).



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