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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 11:55

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Georges Bataille est l’auteur de philo underground le plus cité par les artistes du milieu (toute discipline confondue, en littérature, cinéma, art performance…). Si tu n’as pas lu Georges Bataille, tu as la peste intellectuelle mainstream conformiste, et une bonne partie du genre ne t’est pas accessible, pauvre consumériste enclavé par les ornières que t’a posé la Société et l’Education. Je parodie avec cynisme, mais le consensus anticonformiste est là. Et il convient d’ajouter qu’il s’agit d’un des auteurs dont les adaptations sont difficiles, voire impossibles (essayez d’adapter un bouquin de philo, sans faire un cours). Mais certains s’y attaquent avec plus ou moins de talent. Me concernant, je me réfère à la performance de l’artiste Ron Athey, qui s’était peigné jusqu’au sang devant deux miroirs avant de se fister, dans une évocation aux écrits de Bataille dont je n’ai toujours pas saisi le contenu. Aujourd’hui, nous verrons deux adaptations ciné.

 

 

Story of the eye : Pour juger de la pertinence de l’adaptation, j’ai survolé rapidement le livre en question (une soixantaine de pages), qui me semble être un petit roman axé sur le voyeurisme et sur les connotations sexuelles qu’il implique, en faisant le parti pris de raconter l’histoire à la première personne histoire de mieux immerger le spectateur et lui faire partager les expériences/impressions de son personnage. J’en viens maintenant au film. Concrètement, que recèle-t-il ? Une introduction vantant les qualités de Georges Bataille pendant une scène d’accouchement sans rapport (enfin si, évidemment, puisqu'il s'agit ici d'accoucher d'une oeuvre), un spectacle des folies bergères, un porno gay de 20 minutes, un porno lesbien de 15 minutes, quelques scènes d’actrices déambulant dans un décor décrépis, un plan à 3 de 10 minutes, puis 10 minutes d’écrans noirs avec de la musique et des bruits. Analysons cela maintenant. Sans doute que le décalage entre le discours nonsensique sur George Bataille et l’accouchement filmé est la mise au monde d’une adaptation fidèle à l’esprit d’origine. Que la mise en scène de fantasmes sexuels homo est une mise en abîme de nos propres désirs refoulés, dont l’aspect onirique serait suggéré par les éclairages fantasmagoriques dignes d’un Dario Argento… Que le discours sur le voyeurisme est meilleur si il n’est pas analysé développé, mais simplement mis en scène comme un porno classique. Et même que l’absence d’image pendant la fin du film serait une destruction de l’œil, et que l’absence d’image viserait à nous faire ressentir la frustration d’être privé de ce sens si capital pour le plaisir du voyeurisme. En l’occurrence, la frustration, c’est surtout d’avoir regardé cette connerie jusqu’au bout. Sincèrement, rarement j’aurai vu un porno gay aussi mal camouflé derrière une étiquette pseudo intellectualisante (même Bruce Labruce fait mieux). Si techniquement, le résultat n’est pas dégueulasse et se révèle plutôt esthétique (comme bon nombre de porno disposant d’un minimum de moyens), le vide total de contenu se ressent à chaque minute. On espère que le spectateur s’attendait au moins à un porno, car en demander plus serait s’exposer à une cruelle déception. Ce n’est pas nouveau, cet usage de la pornographie, elle fait partie intégrante des thématiques de Georges Bataille (le second film traite d’ailleurs exclusivement de ce thème). Mais oser la filmer aussi platement en prétendant adapter un essai philosophique, c’est démontrer qu’on a une couille dans le cerveau, ou qu’on considère les amateurs d’undergrounds comme des bonimenteurs libidineux, qui ne peuvent assumer la médiocrité de leurs fantasmes sans une dose de crème intellectualisante. Tu la sens, mon épaisse semence artistique que je te gicle au visage ? Clairement, à moins d’avoir envie d’un porno homo, on peut clairement passer son chemin.

 

0,7/6


2004

de Andrew Repasky McElhinney

avec Melissa Elizabeth Forgione, Querelle Haynes, Kevin Mitchell Martin

 

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Théorie de la religion : Voilà un essai plus consistant qui a le mérite d’avoir au moins un concept. En s’ouvrant sur des images de pornographie devant laquelle un acteur musculeux se masturbe, le film enchaine sur les sévices ininterrompus subis par une poupée dans un sous sol, jusqu’à ce que l’homme s’effondre, épuisé, repu au milieu du chaos de sa cave. Eclairages à la guirlande formant une voûte étoilée, capharnaüm indescriptible encombrant la pièce, l’homme foule au pied ce qu’il possède pour satisfaire ses pulsions, à savoir profiter au maximum de la poupée. Le concept est simple. Le film n’est rien d’autre qu’une extrapolation radicale du concept de pornographie. Au lieu de prendre une actrice, la condition de l’objet soumis au désir est réduite au stade de la chose, avec cette poupée inanimée, conciliante malgré elle. Les préliminaires, puis la consommation, et enfin la dégradation par le démembrement et les attaques répétitives et variées de l’homme, qui emploie tous les outils de son kit de bricolage pour refaire la gueule à cette poupée. Intellectuellement, on peut comprendre la démarche. Mais impossible d’adhérer au film sur sa forme. Pourtant réduit au format d’une heure huit minutes (franchement, vu le nombre d’accélérés, le réal aurait pu faire durer beaucoup plus longtemps), le film apparaît tout simplement interminable. Les premiers gros plans de l’introduction, tout sauf maîtrisés, cèdent à des plans séquences en camescope tournant dans un décor vide, où l’absence de partis pris artistiques un peu évolués ou même de style tentent d’être maquillés en « dépouillement ». C’est laid, dégueulasse, indigne d’un film amateur, et ces tares visuelles sont sensées être un style underground… Sans doute pour coller à l’esthétique dégueu des pornos tournés à la va vite. Mais quand on torche autant ses partis pris esthétique sur la longueur totale du film, on se sent vite irrité par la suffisance méprisable de ce laissé aller. Ce n’est pas en filmant le vide qu’on peut prétendre faire une ambiance. Ni justifier une aussi indécente prolongation d’une idée facilement résumable en 5 minutes. Je comprends la démarche de pousser les rapports de force dominant pervers/chose soumise, mais si aucun élément ne vient justifier la durée d’une heure, je pense qu’on peut dire qu’on se prend un peu trop le chou dans les cercles de lecture de Bataille. Surtout que ce film a la réputation d’être une de ses meilleures adaptations. En l’état, le réalisateur est déjà conscient de la logique de sa démarche, et sa mention de l’organisation du tournage comme d’un jeu malsain (son acteur qui se défoule, se branle et démembre une poupée) ajoute une certaine honnêteté aux ambitions de base. Il n’empêche que le résultat n’a rien de sympathique, et qu’il est désagréable dans le mauvais sens du terme. Seul l’intelligence de son auteur et ses partis pris visibles (facilement accessibles au spectateur) empêchent de le traiter avec autant de facilité que son prédécesseur. Reste que ce bon vieux Georges Bataille doit bien se retourner dans sa tombe avec tous ces jeunots qui tentent d’intellectualiser leurs pulsions avec ses écrits.

 

 

1,2/6

 

2010

de Frederick Maheux

 

 

Avec ce lien, une critique partisante du film, bien rédigée et assez bien développée

 

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commentaires

Vince12 20/07/2014 14:55

Au final pour Théorie de la Religion, c'est un film qui joue sur un lien avec une théorie mais qui ne l'exploite jamais vraiment si je comprend bien.

Voracinéphile 20/07/2014 16:02

Disons que le film interprète intelligemment une théorie classique de Georges Bataille, mais que sa mise en scène aboutit sur un film insupportable à regarder, qui n'a rien de cinématographiquement intéressant. C'est un film si théorique qu'on ne peut pas appeler cela un film, c'est plutôt une vidéo artistique, une performance filmée qui ne m'a pas absorbé un seul instant. Quand tu analyses le film, c'est bon, quand tu le regardes, c'est nul.

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