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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 10:38

http://media.paperblog.fr/i/498/4989569/polisse-film-maiwenn-L-nxCdLi.jpeg

 

Aller au cinéma pathé voir un film français tendance auteur, c’est  8,10€. Je n’étais donc pas très enthousiaste à l’idée de m’aventurer en terrain inconnu, mais l’optimisme de ma sœur pour aller voir Polisse a achevé de me convaincre. Et vu la pluie de bonnes critiques qu’il a récolté, il y avait matière à alimenter un peu le débat par une chronique bien sentie. Maïwen s’étant vraiment lancée il y a peu, on ne va pas lui demander de nous faire un chef d’œuvre instantané. On sera plutôt satisfait du spectacle, même si quelques fautes viennent minorer la bonne opinion qu’on se fait du film. Disons qu’au moins, l’image de la police est enfin bien tracée (contrairement aux saloperies du style Beurre sur la ville ou Taxi 4 qui ridiculisent leur image).

L’histoire : le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs de Paris, vu par une photographe chargée de prendre des clichés de ce groupe de policiers.

 

http://www.lejsl.com/fr/images/FA2F64B8-C1A5-4DA9-BDD3-A3ABB7CED78F/LBP_03/polisse-film-choisi-pour-l-ouverture-du-festival-compte-le-quotidien-de-la-brigade-de-protection-de.jpg


Le film essaye immédiatement de créer un côté documenteur par une mise en scène réaliste, caméra à l’épaule, qui tendrait plus à nous faire croire qu’on assiste à un authentique reportage sur la BPM qu’une mise en scène avec des acteurs. Acteurs qui joueront d’ailleurs parfaitement leurs rôles, parfaits quelque soit leur grade ou leur rôle dans le groupe. Mention spéciale à Joey Starr qui doit interpréter le personnage le plus sympathique de la production. Car ce qui fait vraiment plaisir dans ce film, c’est que la police trouve enfin une image respectable, loin d’être vraiment idéale, mais humaine et animée de bonnes intentions, ce qui nous permet de ressentir pas mal de choses avec eux. On nous fera partager leurs joies comme leurs frustrations, toujours sans vraiment se laisser aller à la facilité. C’est un autre bon point du film : il brise les tabous sur certains cas où la brigade des mineurs intervient (le premier auquel nous assistons est un grand-père qui a abusé de sa fille) et nous laisse voir des affaires qu’on n’imaginait pas vraiment voir (on aura ainsi affaire à de nombreux cas, de la mère irresponsable à la mineure violée, en passant par le cas important du mineur accusant à tort son père des suites d’une méprise). Et la finesse d’écriture permet de faire varier souvent les registres sentimentaux, qui sont loin de donner uniquement dans la misère humaine. Ainsi, on aura la façade cynique que beaucoup développent pour supporter leur quotidien, les coups de gueules de certains enquêteurs qui craquent sur une affaire, et la scène assez incroyable qui parvient à nous faire rire d’une mineure consentant à faire une tournante pour récupérer un portable. Vraiment, le film est bien écrit et bien réalisé, parvenant à inclure une forte dose de sentiments dans ces portraits au final attachants (et parfois un peu trop pour sonner vrai, les enquêteurs refusant de rentrer chez eux le soir venu alors qu’ils n’ont pas retrouvé une mère dangereuse). Mais hélas, le film ne va pas sans défauts. Maïwen nous a prouvé qu’elle portait un grand intérêt à la psychologie de ses personnages. C’est un fait qui semble être récurrent dans sa filmographie. Mais ici, elle fait la cure psychanalytique de tous ses personnages. Chacun sera remis en face de ses contradictions dans des scènes plutôt violentes moralement, et chacun rectifiera le tir ou ne le fera pas (la fin, trop dramatique et en dehors du ton du film pour me convaincre d’avoir vu un drame époustouflant). De la psychologie faite pour renforcer le caractère des personnages, mais qui ne servira pas à grand-chose de plus. On regrettera aussi le montage du film, régulièrement abrupt, qui nous coupe en plein milieu d’une scène riche de sentiments pour nous propulser dans autre chose d’un coup de pied bien placé. Dommage qu’une transition ne vienne pas harmoniser tout ça, le procédé ayant furieusement tendance à nous couper dans nos sentiments. Enfin, je trouve que le film tente d’aborder de multiples sujets, mais qu’il le fait souvent tellement vite qu’au final, on n’apprend pas plus que ce que l’on sait déjà. La scène du repas où l’on parle de politique, de sexe, de vie privée, de l’image de la police… dure au final peu de temps, et chaque tentative de placer une idée pertinente est vite éludée par un coup de gueule ou un autre évènement. Même chose avec le cliché du père pédophile qui se fout ouvertement de la tête des inspecteurs (une scène qui m’a fait un peu peur pour le cliché qu’elle pouvait représenter) et qui a des relations politiques. Un inspecteur lui fout une petite claque, ils partent se calmer, et puis hop, on passe à autre chose. Dossier envoyé au juge. Mais le film parviendra toujours à contre-balancer ses défauts avec des scènes bien pensées (l’avortement du fœtus d’une violée) qui recherchent un sentiment différent de celui auquel on pourrait s’attendre. Polisse, c’est un faux documenteur plutôt bien joué, qui explore pas mal de sentiments sans aller jusqu’à les transcender (les larmes n’ont pas coulées pendant la projection), et qui donne enfin une image à la hauteur de ce qu’on attend de la police. Le risque qu’engendre le film, c’est que sa volonté de faire une thérapie psychologique est contagieuse. Ainsi, sur le chemin du retour, votre sœur essaye de vous analyser psychologiquement et de vous attaquer durement sur vos points faibles, ce qui vous fait grogner méchamment : « La prochaine fois, on ira pour transformers 4. »

 

4/6

2011
de Maïwenn
avec Karin Viard, Joey Starr

 

http://www.filmsfix.com/wp-content/uploads/2011/04/Polisse-film-1.jpg

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commentaires

2flicsamiami 06/11/2011 10:00


Le fait aussi qu'elle prend très mal son éviction de la BPM. Le fait qu'elle soit l'unique promu de cette brigade est, pour elle, un message comme quoi elle était l’élément perturbateur du groupe.


voracinephile 06/11/2011 13:19



Aaaah ! Ai compri ! Là, c'est clair ! Ok, je vois où ils veulent en venir, merci du tuyau. Je persiste à croire que ce n'est pas la meilleure conclusion qu'on aurait pu donner au film, mais au
moins maintenant, mes doutes sont dissipés. Merci pour cet éclaircissement (j'avais zappé le fait que ça la faisait partir de la BPM).



2flicsamiami 05/11/2011 11:35


Ba pour le final, c'est juste le truc tout simple du "un mort pour une naissance" (à prendre sur plan social pour ce dernier).
C'est ultra dramatique (voir peut-être racoleur) parce que cette séquence est au ralentit. C'est un moyen de mise en scène comme un autre, un peu comme la séquence du bus avec la musique disco.
Donc je ne vois pas cette fin comme une rupture avec le ton général du film.


voracinephile 05/11/2011 23:39



Aha... Une enquêtrice qui meurt et une victime qui se reconstruit (avec la coupe qu'il brandit...). Une explication intéressante, mais je trouve la scène toujours un peu en trop. Même avec cette
explication. Après, je me gourre peut être, car je considère qu'entre l'engueulade (qui a lieu avant les vacances) et la réunion finale, les vacances se sont écoulées. Et que donc notre
anorexique s'est bloqué là dessus pendant toutes ses vacances. Je ne vois que ça pour expliquer sa réaction quasi spontanée à l'annonce de sa promotion. Et je trouve ça ne colle pas trop. Après,
j'ai peut-être raté un détail important, mais j'ai toujours du mal à accepter ce dénouement. Quant au procédé du ralentit, je confirme, c'est bien racoleur (Lars Von Trier utilise le même dans
l'intro d'Antichrist). Mais le style de Maïwenn peut être personnel, et racoleur...



2flicsamiami 04/11/2011 18:13


C'est un drame qui est bien fichu et qui emporte vraiment le spectateur.
Mais se pose la question du racollage dans sa façon d'appréhender les cas et la fin, qui m'a vraiment scotché et bouleversé (elle reste vraiment gravé dans ma mémoire de cinéphile), mais qui en
fait vraiment beaucoup dans le drame.

Neanmoins, comme tu le dis, le film évite de nous livrer une vision pré-fabriqué de la police.


voracinephile 04/11/2011 21:54



Oui, un drame plutôt efficace. Maintenant, je ne pense pas trop à du racollage pour les interviews, le style étant cru, mais réaliste. On a vraiment la sensation de s'approcher du quotidien des
enquêteurs, et le fait de les voir traiter les dossiers avec cynisme (les dialogues du genre "nan, je me sens pas bien pour une affaire de famille, ça va me rappeler mes problèmes, je préfèrerais
un viol.") rend le film plus fonctionnel (ils ont clairement l'habitude d'être confrontés à ça). Après, pour le final, si tu as un avis défini dessus, je suis preneur !



Alice In Oliver 01/11/2011 17:36


c'est probablement ce que je ferai !


titi70 01/11/2011 15:42


Encore un film français qui m'interesse et qui ne passe pas chez moi, il ne me rèste plus qu'a attendre un peu pour le voir, sniff !!!


voracinephile 01/11/2011 16:35



^^ Vu le prix des places, tu peux attendre tranquillement que le dvd sorte. Et vu que c'est une production arte, je pense que la chaîne ne manquera pas de le diffuser un soir. Un drame que j'ai
trouvé assez honnête, mais qui ne m'a pas enthousiasmé comme beaucoup.



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