Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 07:35

60213.jpg

 

Avec Le portier de nuit, la réalisatrice Liliana Cavani s’attaque à une histoire pour le moins scandaleuse, puisqu’elle décide de mettre en scène une relation trouble entre une ancienne victime des camps de concentration et un officier nazi ayant réchappé aux traques de Nuremberg, vivant caché dans un rôle de concierge d’hôtel, et côtoyant régulièrement d’anciens ex nazis bénéficiant encore d’appuis politiques pour effacer leurs traces. Autant dire que le concept est aussi riche que glissant, et que le résultat peine à aller au bout de ses thématiques.

L’histoire : Après le procès de Nuremberg, un groupe d’officiers nazis restés en contact se cachent dans un hôtel et effacent régulièrement tous les indices pouvant les trahir. Une juive survivante des camps de concentration, de passage dans Berlin, reconnaît alors son geôlier, portier de l’hôtel dans lequel elle a réservé une chambre.

 

Portier-De-Nuit-VOST_reference.png

 

Portier de nuit est, par essence, un film sulfureux. Il savait qu’il n’aurait pas droit à l’erreur sous peine d’être démoli de tous les côtés. Aussi, il s’attaque avec un sérieux total au développement de son histoire. Mais si Portier de Nuit ne manque pas d’idée, il manque de soufre. Clairement. Son aura provocante réside davantage dans son concept que dans son développement, puisqu’il reste au final assez peu développé. L’exemple le plus marquant est celui de ce général nazi homosexuel, reconverti dans l’art de la danse, qui se comporte de façon excessivement ambigue avec notre protagoniste portier, en lui demandant de l’assister dans ses entraînements au cours desquels il lui danse autour en tenue moulante. Un tel personnage, et les contradictions que son existence provoque, c’est de la dynamite sur le papier. Un personnage secondaire très riche dont on se réjouit à l’avance du développement (car cet axe dramatique était inattendu, et propice, dans le contexte où tout ce qui est bon pour faire disparaître sa croix gammée se doit d’être affiché au grand jour, ouvrait des horizons nouveaux). Mais rien de conséquent ne viendra développer ce personnage, qui finalement à sa place de personnage secondaire, dans le champ, sans que sa carrure soit élargie. Dans cette logique, la relation qui finit par se tisser entre la rescapée juive et son ancien bourreau, est développée à la fois par les attirances au présent (il est en position de faiblesse, à la merci de ses caprices), et via des flashs back muets mis en scène de façon un peu surréaliste, plantant une étrange ambiance de séquestration au milieu de nombreux prisonniers, les charmes de ce personnage étant à la fois la cause de sa survie et de ses « traitements particuliers », relation privilégiée avec l’officier responsable des expériences du camp. Mais dans le présent, les choses ne bougent pas beaucoup. L’attirance mutuelle semble vouloir nous amener vers quelque chose que nous n’atteindrons jamais, l’enjeu devenant rapidement de poursuivre la relation au nez et à la barbe des anciens nazis, qui voient évidemment d’un mauvais œil ce rapprochement contre-nature. Aussi ce qui nous était promis comme une relation sado-masochiste se révèle être une romance gentiment torturée, exposée avec une certaine pudeur, mais finalement sans grande portée. Les réactions radicalement contre condamnent davantage le concept que le film en lui-même, plutôt gentil à l’égard du sujet qu’il promettait de traiter. Il en résulte alors une jolie histoire, plutôt audacieuse dans son utilisation du contexte de traque d’anciens nazis, mais qui perd un peu de sa substance en cours de route. Pas de quoi s’offusquer, ni vraiment crier au génie. Un simple bon film atypique.

 

4,2/6


1974
de Liliana Cavani
avec Dirk Bogarde, Charlotte Rampling

 

film-portier-de-nuit4.jpeg

Partager cet article

Repost 0

commentaires

gerard 19/06/2014 03:10

Polemique a sa sortie en Israel , avait on le droit de tout montrer sur la Shoah au cinema ? C'etait bien avant la distribution des films "nazisploitation "! Bien avant , une autre oeuvre italienne
"Kapo ' de Pontecorvo avait fait couler beaucoup d'encre dans les critiques ... "Portier de Nuit " n'a tout de meme pas ete meprise par les survivants des camps de la mort et a Tel Aviv la salle
etait pleine a chaque seance ...

voracinephile 24/06/2014 13:03



Je note pour Kapo, merci de l'avoir cité. Portier de nuit garde plutôt une bonne réputation, sans doute parce qu'il arrive à prendre assez de distance pour illustrer une histoire de personnage,
qui ne cherche pas à faire de subversion avec son sujet.



Vince12 24/03/2014 14:49

Surtout qu'au vue de ce que tu dit dans ta chro de Nymphomaniac 2 sur le débat de la pédophilie (ah je savais bien que j'avais vu juste déjà avec ton admiration pour Polanski c'est fini je ne viens
plus sur ce blog !!!!!)
Le livre de Costes devrait t'intéresser. Il est à un moment question de pédophilie pimenté par de l'inceste, de la scato, de la nécro. La totale quoi ! Et le pire dans tout ça c'est qu'en plus
d'être ultra subversif, c'est à la fois drôle et émouvant (je te jure que c'est vrai !)

voracinephile 24/03/2014 22:23



Si Polanski a besoin de se mettre au vert pour une nouvelle affaire de moeurs, il sera le bienvenu, le temps que les quolibets des jaloux retombent (bon sang, on finirait par se croire dans South
park...).


Je te promet d'y jeter un oeil quand je le pourrai.



Vince12 23/03/2014 20:51

Ah beh oui mais mon pauvre je t'avais dit qu'il fallait lever le pied avec Screamerclauz et Cie maintenant voilà où en est. D'ailleurs je viens de finir Bunker de Banlieue de Costes et je te le
conseille je pense que tu vas vraiment l'adorer. Honnêtement j'évite de crier au génie à tort et à travers mais là c'est vraiment génial. C'est aussi drôle que ce que c'est émouvant. C'est
réaliste, une chronique de notre société et en même temps ça arrive aussi à être loufoque, bourré de clichés, mystique et fantastique (je t'assure). Comme le dit l'une des critiques, Costes
transforme l'horreur en beauté. Honnêtement je pense que tu vas le trouver génial.

voracinephile 23/03/2014 21:40



Banco ! Tu m'as convaincu, je le commanderai. Costes, tu es merveilleux, continue, il y aura toujours des dégénérés prêts à financer tes conneries et à s'en prendre plein la tronche !



Vince12 23/03/2014 18:11

Je voulais dire que tu trouveras que la critique encense trop le film.
Mais je reste tout de même persuadé que l'immense génie de ma critique divine sera encensé.

voracinephile 23/03/2014 19:53



Un autel sera érigé à la gloire de ta chronique et les louanges dithyrambiques de ma sensibilité éblouie résonneront jusqu'au firmament des célestes étendues cinéphiles.


Faudrait qu'on arrête la masturbation intellectuelle au bout d'un moment, quand même...



Vince12 23/03/2014 18:09

Moi au début je l'avais trouvé moyen mais la révision m'a conquise. Tu risquera donc de trouver ma future chro sur Naveton un peu trop encensée je pense mais j'assume ;)

Présentation

  • : Le blog de voracinephile
  • Le blog de voracinephile
  • : Le cinéma en grand, comme je l'aime. Points de vue, critiques, discussions...
  • Contact

Profil

  • voracinephile
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.
  • Je suis étudiant en Oenologie, j'ai 25 ans et je m'intéresse depuis quelques années au cinéma (sous toutes ses formes, y compris les plus tordues). Bienvenue sur le blog d'un cinéphage exotique.

Recherche