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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 18:26

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Pulsion arrive au début des années 80, soit après deux autres "thrillers" de la filmo de DePalma : Sisters (une bombe) et Obsession (une bombe aussi). Ayant déjà fait largement ses preuves derrières la caméra, le cinéaste se lance dans une vague de cinéma moins sage, sensualisant sa mise en scène, travaillant son esthétique et s'entourant d'un bon casting. Si Body Double sera l'accomplissement réussi de ce "renouveau sensuel", Pulsions est quant à lui une ébauche, possédant ses forces et ses faiblesses.

L'histoire : Kate Miller, une cinquantenaire frustrée sexuellement, décide de commencer une aventure après sa sortie d'une consultation psychiatrique. Mais alors qu'elle quitte le domicile de son amant d'une journée, elle est sauvagement assassinée par une mystérieuse femme avec un rasoir.

 

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On note immédiatement une grosse faiblesse du film dès ses 5 premières minutes. En effet, si la photographie très léchée du film et le très grand soin apporté aux ambiances lumineuses se notent tout de suite, le film racole. Comment ? En nous montrant une séquence douche avec une femme qui se frotte les zones érogènes pendant plusieurs minutes sous un filet d'eau vaporeuse... L'hommage au giallo est évident, mais l'intérêt de la scène est clairement situé sous la ceinture. Et le film s'engouffrera souvent dans cette brèche, quitte à avoir l'air pendant plusieurs séquences d'être un porno de luxe. Si avec Body Double, c'était justifié (le thème du voyeurisme étant vu sous cet angle), c'est ici complètement accessoire, une touche glam érotique assez racoleuse quand elle filme Kate céder aux avances d'un homme qu'elle ne connait pas sur la banquette arrière d'un taxi. Si la direction d'acteurs est toujours très exigeante et efficace (le jeu de cache cache au musée est très bien retranscrit), on tombe parfois dans le sommaire. C'est aussi valable pour les personnages. Si les charmes de Nancy Allen nous mettent un sourire en coin (Brian DePalma ne s'est pas trompé en lui refilant le rôle d'une pute de luxe, elle y excelle, sa beauté ayant quelque chose de provoquant...), que dire du geek de service, qui si il mène de façon intelligente son enquête, se révèle complètement inintéressant ? En fait, il n'y a que Michael Caine qui surnage dans son rôle de psychologue, que des révélations finales viendront quelque peu dramatiser (mais shhh, pas de spoilers !). Jouant sobrement son rôle d'analyste et ayant l'air d'agir sous le sceau du secret professionnel, il intrigue pendant la plupart du film. Le commissaire est en revanche moyen, le personnage est plausible mais vite agaçant pour sa vulgarité. Brian DePalma fait aussi dans les effets de style inutiles. On connaît tous ses fameuses séquences où deux images cohabitent à l'écran, chacune montrant une action différente... Et bien ici, cet effet est utilisé pour montrer deux personnes qui regardent la télé. On cherche vaguement à comprendre l'intérêt, et si un petit détail pourrait éventuellement être pris pour un indice (le regard d'un des deux personnages), toute la séquence aurait pu être balancée que ça ne nous aurait pas gêné. Toutefois, l'hommage aux Giallos fait plaisir, les effets sanguinolents du film étant tous traités avec classe. Enfin, vient le thème de l'identité du tueur. Il y a en effet un effort d'innovation dans l'envie d'illustrer une personnalité transsexuelle (on sent l'hommage à Psychose, mais la psychologie d'un tel personnage est à bâtir). Et c'est là que le film révèle ses limites. Plutôt que d'être prolixe de détails et de chercher à comprendre la personnalité du tueur, le film se contente de le faire agir par pulsions, sans grandes explications, tentant de ménager au maximum ses effets en misant tout sur la révélation finale. Sauf que ça ne prend que moyennement, le manque de pistes jouant finalement en la défaveur de ce choix original mais peu audacieux. Somme toute, Pulsions est un thriller à l'esthétique qui claque, à la direction d'acteurs plutôt réussie, mais qui racole et qui n'offre finalement qu'un thriller purement divertissant. Non pas qu'on s'attendait vraiment à autre chose, mais qu'on a été habitué à mieux avant. A part une séquence dans le métro vaguement effrayante et un dernier acte un peu tendu, le film n'offre pas tellement de temps forts, et son dénouement onirique échoue complètement à susciter quoi que ce soit chez le spectateur (qui comprend qu'il s'agit d'un rêve). Un bel objet, racoleur et divertissant, qui tapine avec classe, comme Nancy Allen.

 

3.3/6


1980
de Brian De Palma
avec Michael Caine, Angie Dickinson

 

 

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commentaires

Vince12 12/10/2012 21:31

Je sais pas ce que ça peut donner en effet. Pour le reste c'est vrai que le film reste très violent quand même.

Vince12 12/10/2012 15:49

Etrange film, très court, il ne pousse pas hyper loin le fond mais il est super bien mis en scène (en même,temps Brian). je te trouve un peu sévère le film reste efficace à mes yeux. une sorte
d'hommage à Hitchcock en fait. Sinon il paraît que ce film est coupé dans tous les sens et qu'à ce jour il n'existe pas la version DVD non censurée et moins de 18 en zone 2

voracinephile 12/10/2012 18:44



Je suis sans doute un peu sévère, en effet. C'est un film de De Palma où je n'ai jamais vraiment accroché. C'est beau et bien mis en scène, mais c'est nettement moins obsedant que ses concurrents
italiens. Probable en revanche que ce film ait été amputé de beaucoup de choses, mais le résultat reste quand même violent pour l'époque. La gorge tranchée de Nancy Allen, même si ça ne pisse pas
vraiment le sang, on la voit dans le final... Curieux de voir ce que donnerait une version strong (si ça donne plus dans l'exploitation, je serai peut être plus facilement séduit.



titi70 11/10/2012 07:42

J'aime beaucoup ce cru de De palma, très bien foutus. Oui, le film joue sur l'érotisme, mais, aborde aussi la transexualité et le refoulement. Les acteurs sont parfait et De Palma reprend la
formule d'Hitchcock initié sur Psychose, à savoir changer de personnage centrale en plein milieu pour mieux désarçonner le spectateur. Finalement, pour définir cette période de De Palma, Mad avait
eu une jolie formule :"le Metteur en scène applique les leçons apprises d'Alfred Hitchcock, sauf qu'il applique ce que Alfred a toujours voulu faire sans jamais oser, mettre une bonne dose de cul".

voracinephile 11/10/2012 19:27



Ah, enfin un défenseur de Pulsions ^^. D'accord pour dire que le film aborde la transsexualité et le refoulement. Mais de là à y voir un "traitement", il y a de la marge. Le film évoque, fait
comme si mais il ne traite pas. A une seconde vision, on ne voit pas d'indice supplémentaire, de détails comportemental révélateur... Le refoulement a bon dos. Quant au sexe, j'y vois surtout une
résurgence du phénomène de libération sexuelle (avec la blonde qui se laisse aller à ses fantasmes...). C'est sympathique, ça flatte un peu l'oeil du personnage masculin, mais j'ai tendance à
trouver ça racoleur (ça imite le porno des années 70, mais attention, là c'est Brian DePalma, donc c'est du grand art...). Du coup, je trouve ce projet un peu léger et plus porté vers
l'exploitation. L'hommage à Hitchcock est palpable (également dans la scène finale explicative), mais je lui préfère nettement psychose.



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