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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 16:23

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Dans la grande famille des aventures fantastiques et du grand divertissement familial, le monument des années 80 est sans conteste Retour vers le futur (en termes d’aura, le seul pouvant rivaliser avec Indiana Jones). Monument cultissime qui fait office à la fois de portrait générationnel et de jeu avec la matière aussi jubilatoire que le voyage dans le temps, le premier opus, arrivant fièrement au beau milieu de la décennie, crée tout simplement l’évènement (contre toute attente, le script ayant poireauté 5 ans avant de voir le jour). Le succès est total, et la fin ouverte, réalisée initialement plus par goût de prolonger l'aventure que pour annoncer une suite officielle, permet de relancer la machine bien des années plus tard (en 89 pour le second, vu le temps de peaufinage de script) en ayant laissé le temps de peaufiner le scénario. Plus d’erreurs possibles, la formule a plu et le champ est libre pour Robert Zemeckis, qui signe là l’œuvre de sa carrière. La suite et conclusion est tournée dans la foulée, concluant sur la décennie à l’aube de 1990, et donnant une tournure nostalgique à l’ensemble de l’œuvre. Œuvre qui rend avant tout hommage à Jules Vernes et à ses explorateurs d’autres dimensions tout en y ajoutant la bienveillance et la chaleur humaine des blockbusters d’antan, et dont l’héritage culte a perduré jusqu’à nos jours (« deux virgule vingt-et-un gigowatts ? »).

 

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Episode 1 : Un modèle dans son genre. Tuner une voiture avec 3 tuyaux et un couvercle de marmite et vous avez l’engin d’exploration le plus classe qui soit dans l’histoire de la science fiction. Mais au-delà du plaisir du divertissement, Retour vers le futur est un portrait générationnel plutôt bien trempé pour sa carrure. L’introduction du présent de 1985 est en cela particulièrement mordante dans son portrait de famille beauf, où le père raté n’a jamais pris son envol et où la mère s’est engagée sans réfléchir et se retrouve coincée dans une vie de famille qui a ruinée son physique et sa motivation. Le quotidien frustrant d’un Marty très rock’n roll dont les aspirations musicales se voient découragées par tout son entourage à l’exception de sa petite amie. Beaucoup d’éléments initiaux (comme ce mépris tacite de Marty pour sa famille et ses parents, qui les a toujours imaginé raté). Arrive alors Doc, le cliché le plus jubilatoire de l’histoire du cinéma, qui n’a besoin que d’une coupe peinée à la dynamite et de deux minutes d’explication balancées à toute vitesse pour nous faire accepter l’improbable machine, ainsi que la source du plutonium nécessaire aux voyages dans le temps. L’accident arrive, et nous voici de retour dans la nostalgie des années 50, avec une reconstitution d’époque et l’amorçage d’une boucle temporelle frisant le paradoxe qu’il faut rétablir. C’est alors que le film se met à faire le choix d’éviter toute précipitation par le moyen bancal de la photographie qui s’efface petit à petit. Un choix étrange qui ne cadre pas vraiment avec la logique de causalité prônée par Doc, mais qui laisse ainsi le temps au spectateur de suivre l’histoire, et à Marty d’éviter de commettre l’inceste. Inceste heureusement évité par une scène de baiser dont l’effet est immédiat, faisant oublier d’un coup toutes les tracasseries qui nous accablaient jusque là. Car la gestion du temps de Retour vers le futur est l’illustration d’une idée, une logique imprègne la saga, dont l’aboutissant ne sera d’ailleurs révélé que dans le troisième opus.

L’autre capital sympathie, c’est l’illustration des parents, qui sont eux aussi opposés aux mêmes choix que Marty à son époque, et dont les destinées semblent vouées à l’échec (un adolescent bourré de complexes malgré son esprit créatif et une naïve s’attachant au plus vite au premier homme passant à sa portée). George McFly (incarné par le génial Crispin Glover) et tous les clichés qu’il traîne doit alors faire face à plus de bêtise que de méchanceté : l’incarnation jubilatoire de Beef Tanen, qui au fil des années incarnera toujours le rival stupide et costaud, lui aussi bien cliché, mais immédiatement attachant dans sa carrure d’épouvantail. Le père coatché par le fils pour séduire la mère, avec l’humour caustique sur le caractère empoté de ce dernier. Pour rendre le tout plus attachant, le film multiplie sans arrêt les clins d’œil et les parallèles entre 1985 et 1955, tout en ménageant le suspense du dernier soir avec un bal où l’action ne cesse de se diversifier, culminant dans la tendue dernière ligne droite, qui laisse le spectateur dans une jubilation tout simplement réjouissante. Fuck l’effet papillon, le futur peut s’améliorer, si on retourne dans le passé pour donner des leçons de ténacité au bon moment. La perfection de la formule est évidente (parfaitement calibrée pour un divertissement de qualité), et la chaleur humaine des protagonistes emporte le morceau pour ce qui restera le meilleur opus de la saga. Tout simplement inoubliable (et histoire de rire un peu, allez jeter un coup d'oeil aux critiques de l'époque sur Wikipedia).

 

5/6


1985
de Robert Zemeckis
avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd

 

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Episode 2 : C’est reparti pour un tour ! Après le manque de plutonium, c’est au tour du paradoxe temporel de venir poser problème à nos héros respectifs. Paradoxe qui se remarque déjà dans l’introduction puisque l’actrice qui incarnait la petite amie de Marty se voit remplacée par une autre (ce qui me fait dire qu’elle a profité de la perte de repère de Marty suite au changement de ses parents pour assassiner la précédente Jennifer et se faire passer pour elle). Commence alors le fantastique voyage vers le futur… et vers les problèmes. Car ce second opus est bel et bien l’épisode faible de la saga, alors qu’il est, ironiquement, celui qui est le plus souvent cité comme le meilleur. A l’image d’un Indiana Jones 2, mais si ce dernier avait le charme nanar de la générosité, ce nouvel opus se livre à un jeu de remplissage habilement dissimulé par ses partis pris. On commence donc avec sa vision d’un futur bancal mais marrant (le moche effet holographique, l’horloge toujours en panne, le cliché du futur coloré type « chantons sous la pluie »), et la mission imposée par Doc pour changer l’avenir de Marty, et plutôt de son fils. A lieu alors un quart d’heure complètement naze, où on nous ressort la séquence de skate du premier à grand renfort de over-board dont le concept marrant sert à camoufler la redite. Néanmoins, le film continue de soigner ses détails pour ne pas faire d’incohérences (aucune d’ailleurs, rajouter Zemeckis à la liste des réalisateurs consciencieux), et embraye assez vite sur son concept de paradoxe temporel, dont la limpidité des explications parvient à convaincre. Nous en chaînons sur un 1985 nanar qu’on ne s’attendait pas vraiment à voir, et à des visions d’horreur (la mère défigurée par la chirurgie et mariée à Tanen) qui font beaucoup dans l’attrait de ce second opus. Puis vient alors le gros morceau de l’épisode, sur lequel j’exprime mes doutes. Tout le parti pris du film consiste alors à reconstituer les éléments du premier film tout en développant une intrigue secondaire parallèle qui ne doit pas interférer. Et question respect, le travail a été vraiment fait aux petits oignons, restituant tous les temps forts tout en s’amusant à rapprocher dangereusement ses deux intrigues parallèles. Virtuosité ? J’en doute un peu pour ma part, le concept permettant surtout de ne pas trop se fouler à créer du suspense tout en faisant croire au spectateur qu’il est intelligent parce qu’il voit des détails soulignés en gras devant lui. Un peu fort, quand même. Certes, l’idée de faire s’entrechoquer deux boucles temporelles était stimulante et il fallait l’exploiter, mais pas dans des proportions aussi évidentes et étalées… La séquence ou Doc de 1985 parle à sa version 1955… Comment la voir autrement que comme une séquence de remplissage vaguement paradoxale ? Si l’épisode du concert parvient effectivement à bien jouer sur le suspense du choc des boucles (c’en est le climax), le dénouement mou (piteuse tentative de récupération de l’almanach) peine à hisser ce film au dessus du stade « épisode-transition », qui sert surtout de passage obligé vers la conclusion-revival de l’esprit Retour vers le futur.

 

3,8/6


1989
de Robert Zemeckis
avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd

 

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Episode 3 : Souvent montré comme le plus faible épisode de la saga, nous avons ici celui qui parvient presque à égaler le premier (plus de surprises, mais une nouvelle gestion bienvenue de l’intrigue). Après les années 50, le voyage historique se paye le luxe d’un retour aux sources en 1885, dans l’ouest des cowboys et des joueurs de country. Tanen revient lui aussi dans la partie (la malédiction de Hill Valley, toujours tenace), et parvient même à acquérir une carrure plus menaçante que la simple brute qu’il incarnait jusqu’ici. C’est aussi le retour au Doc Brown inventeur (hilarante séquence du réfrigérateur). Le film lui ménage d’ailleurs la place d’honneur, car si Marty reste toujours le vecteur d’intégration, le Doc reste l’idole charismatique la plus acclamée, celle qui a fait la légende de Retour vers le futur. C’est avec la tendresse cucul du scénariste qu’on suit l’idylle annoncée entre le scientifique lunatique et l’institutrice éblouie, formant le parfait couple rétro réuni malgré les quiproquos temporels. Le premier film plaçait déjà les sentiments au cœur de l’intrigue, ils sont ici nettement plus développés, plus palpables aussi, jouant à la fois en bien et en mal. A l’ultimatum de la mort du Doc s’ajoute le second (et dernier) défi technique pour faire fonctionner la machine récalcitrante : la panne d’essence. Une bonne idée pour prolonger la nostalgie du far west avec la fameuse attaque du train et un rush final à toute blinde, enfin apte à retrouver l’urgence qui concluait, 5 ans plus tôt, un simple divertissement sans prétentions. Mais c’est l’autre partie de l’intrigue qu’il convient de développer, nous éclairant maintenant sur la vision du temps de Retour vers le futur. Fonctionnant à nouveau sous l’angle de la photographie, l’heure devient peu à l’indécision quand le nom finit par disparaître de la pierre tombale, laissant toujours planer l’ombre de la mort sur nos personnages, et annonçant surtout les conséquences de leurs actes à partir du moment où ils les réalisent. Une vision qui illustre tout simplement tout simplement la pensée du film, magistralement délivrée par un doc Brown facétieux dans tempomotive steam punk : « l’avenir n’est pas écrit ». Une dernière invitation à l’action pour concrétiser ses envies et ses rêves, avant un adieu tonitruant qui conclut avec euphorie la saga jubilatoire. Une légende qui s’achève, continuant toujours de faire office de référence, et vieillissant comme la bonne pellicule, avec ce sourire toujours inévitable que nous colle le tandem Doc/Marty. Un monument inoubliable.

 

4,8/6


1990
de Robert Zemeckis
avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd

 

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commentaires

borat8 16/05/2014 23:25

Enfin un modèle, Bif et Montana sont deux belles crapules! Et puis on peut le voir à quelques détails comme le jacuzzi les tenues ou même l'accoutrement de Lea Thompson rappelant Michelle Pfeiffer.

voracinephile 28/05/2014 16:21



Et on ne va pas parler du bureau en bois massif et siège de cuir plaqué or...



borat8 13/05/2014 02:36

Bah disons que le coco semble lessiver par le voyage, ce qui est normal compte tenu de sa vieillesse. Le bouquin est l'élément déclencheur le MacGuffin quoi! Evidemment tout tourne autour de Marty
que ce soit ses ancêtres, ses amis ou même ce bon vieux Biff ("Biff, on me l'a fait pas! -Bien sûr monsieur McFly!" Ah Dieu que c'est bon!). Mais les films ne le prennent pas pour héros principal
et ce malgré les apparences. Il est néanmoins une excellente passerelle pour le spectateur puisqu'il découvre comme le spectateur ce qui arrive et comme le spectateur n'a pas forcément les cartes
en main, au détriment de Doc. Je trouve que le deuxième volet tout en recyclant des séquences joue à mort sur le contexte du paradoxe, ce qui le rend encore plus fascinant. Ensuite Thomas F Wilson
est vraiment merveilleux dans le rôle de Biff. La parodie de Scarface à tendance post nuke c'est que du bonheur.

voracinephile 16/05/2014 20:58



Amusant, cet hommage à Scarface, je ne l'avais absolument pas relevé (malgré un bureau massif, je m'en rend compte à présent). Mais cette fois ci, Bif n'est pas une icône, bel et bien une ordure
(pauvre De Palma qui voit sa dénonciation du rêve américain acclamée par une part de la population comme un modèle...).



Vince12 12/05/2014 10:54

Evidemment il me faudrait revoir ces films pour pouvoir porter un jugement car je les confond tous aujourd'hui.

voracinephile 12/05/2014 19:59



Leurs histoires s'imbriquant parfaitement les unes dans les autres, je comprends tout à fait qu'on s'emmêle les pinceaux. L'occasion de faire un retour vers la VHS si tu les as dans ce format
(sinon, la version petit joueur numérisée).



Xelloss 11/05/2014 21:47

Nom de Zeus !
Je crains ne pas pouvoir être objectif sur cette saga qui a marqué mon enfance...
Du bonheur à l'état pur, non distillé et prêt à consommer de suite...
(Avec "Arrête ou ma mère va tirer" et autre "Cité de la Peur"... X ^_^ )

voracinephile 12/05/2014 19:50



Complètement d'accord, on ne dit jamais non à un petit retour dans les années 80... Par exemple avec Cobra, qui a capté toute l'essence suave du policier en pleine fournaise qui ajuste le titre
pour dégommer l'immigré mexicain fou furieux prenant en otage la mère au foyer innocente...



princécranoir 11/05/2014 21:18

Alors évidemment, si tu commences à causer DeLorean, duckwalk de Johnny B Good ou Dark Vador de la planète Vulcain, je dis banco. Je suis surtout amateur du premier volet, les deux autres ne
skatant qu'opportunément sur une recette qui marche (j'aime assez quand même le coup du Clint Eastwood dans le troisième). Tout ça nous ramène aux plus belles années Amblin, quand j'étais gamin et
que je m'explosais la rétine devant les Goonies, le secret de la pyramide, les Gremlins et l'aventure intérieure. Merci Spielby !

voracinephile 12/05/2014 19:48



C'est bien légitime, le premier marque un grand coup, et les autres sont lancés pour surfer sur la vague temporelle. Nos avis sur Amblin sont les mêmes, j'ai passé moi aussi de merveilleux
moments devant leurs productions aussi diverses que réjouissantes (même si j'ai découvert les Goonies bien trop tardivement). Question voyages temporels, j'ai récemment découvert, suite à ta
mention dans la chronique de Looper, le fameux Timecop avec l'ami JCVD. J'avoue avoir aimé, à la fois pour les idées de SF solides et les bastons pêchues (hélas, les effets spéciaux et de gros
clichés ne font pas dans la subtilité).



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